eXTReMe Tracker Zyé-la anfon tomb-lan, té la ka gadé zot.
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Le blogueur est dans l'escalier. Blog-rêveur, parti chasser derrière la lune la baleine aux yeux pers

Instase

Attention, je ne réponds pas nécessairement aux commentaires postés sur les articles, lorsque le contenu du post est personnel.

J'écoute :

This text will be replaced

Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
Je cite : S'il est un blog à lire en ce moment : Gay Uganda aka Gug
Je pense : L'encyclopédie est trop bavarde

Je rêve :
(mis à jour dimanche 2 octobre 2011 à 23:40)

19/12/2011

19/12/11 - 20:02

Bien bien bien

Je t'aime

(bien)

Et la courbe attentive de tes bras comme deux fils à balancer la lune joyeuse
au pis replet des vaches heureuses.

meuh
que je t'aimemeuh meuh meuh

Oh l’odyssée de toi dans mes Charybde sans Scylla - mais les chants du repos
dans les plessis miens où d'amour ta lèvre déclot
les fruits du verbe et du silence

Eh bien ! je t'aime ! comme on dit à la nuit vertueuse où s'emmêlent
les amants aux virées neuves des chats

comme la pluie sur les toits, comme le vent ana-wènta qui souffle
plus loin que le parfum du miel et des songes.

Je t'aime, voilà, c'est dit, il le fallait c'était écrit dans la courbe de ta persévérance
à marier les impossibles aux matins de plomb et de lumière

Je t'aime
.

Na !

14/12/2011

14/12/11 - 19:01

Tentation des forêts

Hic sunt sylvae magnae. Ce sont les taïgas dévorées de givre où jeûnent, blancs, les tigres. La terre dure se prépare à retenir l'hiver. Nulle ivresse sous la bure des humus enkystés par le gel.
Du Nord, un vent, qui m'a repris le cœur, gît désormais fixé sous les glaces factices des brumes indolentes, gros animaux huileux paissant les sous-bois désolés en grands bancs d'un blanc taché de feutre humide.
Une pourriture fongique fait aux troncs des escarres d'encre aux contours étranges, signes dont on aurait en vain marqué les détours d'un labyrinthe désormais vide. Là-bas, un cri brusque, un râle d'ailes perturbées. Une branche se détache, absorbée par la neige anéchoïde.
Un sang noir, soudain. Éclat de dent, bec, oiseau, l'œil précis de l'oiseau sur la carcasse désinvestie. Les tendons se contractent, les muscles rétrécissent. Silence sur les os qu'absorberont le printemps. Dans l'ancienne église des côtes n'œuvre plus que la vie digestive des biofilms extrêmophiles.
C'est une paralysie par défaut, une contracture subtile où toute chose s'emploie à se figer autour des autres - image que les anciens avaient d'un mouvement dans un corps plein : impossible.
Le terrier est une promesse à-jamais de chaleur et d'obscurité. - car le monde sera détruit, c'est inévitable, dans l'arrêt rigoureux de l'hiver ; césure qui s'annonce, au beau milieu de tout mouvement, d'un condensat transi des symétries magnétiques, tout devenir éteint, comme un grand noir d'être, une sanie brutale d'immobilité, une suspension sans nom, par même "mort" ; en attente d'un quelconque et invraisemblable printemps dont on ne saurait que rêver mais qui n'aura pas le bon goût d'être jamais réel.

13/10/2011

13/10/11 - 23:23

(Au petit babillard) Orées

Trop de mots, tu vois. Non, pas de toi. Toi, tu parles juste, dans l'emporté de tes jours. L'ouvert ne t'est pas étranger - fors celui installé dans le sans-pourquoi des roses, et le temps arrêté au mitan bleu du ciel. Trop de mots issus de moi - espérant un jeu qui s'y ferait sans le rude labeur du sens obligé, ou de la défense. D'où aussi que j'use de la volute et des résonances lointaines. Larvatus prodeo, maybe.

Rares sont ceux qui se parlent, plus rares ceux qui s'écoutent. Les besaces pleines des savoirs sont encore chambres d'échos, agitées des fatuités de ceux qui suivirent, sûrs de leur fait et prompts à condamner les erreurs anciennes. Ni la vérité sourde, ni la justice aveugle ; je cherche un son qui remplisse enfin l'espace. D'où que me fascinent les bizarreries inutiles, du symbolisme aux platoniciens tardifs - langues qui se heurtent à quelque chose d'impossible dans la réalité partagée, volutes que fait le sens aux abords de ce qui ne peut s'inscrire souplement dans le langage. Cela t'effraie. Mais tu parles pourtant juste, sur la crête qui relie la terre au ciel - dans l'inquiétude parfois des ascendantes sans limite.

Mes histoires sont lointaines - les infinis que je redoute sont logés dans le présent que je cherchais jadis à atteindre tout en les évitant : vain combat. Tu voudras des raisons, autre chose que ces traces que j'efface à demi, un brin d'explication, un récit plein de causes et de rimes. Une poésie simple plutôt que ces proses entortillées. Il faudra s'y faire : je n'avance encore bien qu'en crabe, oblique et obscur, dans une ombre, moins qu'une pose, une posture pas vraiment confortable, une encre, armure des bêtes liquides, nero di seppia. N'y puis mais : je ne crois aux raisons que locales, et ma cervelle est plissée comme un taffetas chu, vague enroulée, émotions, élans et l'insistance unie du dehors.

Une fois encore, je me fais cette promesse de me taire. D'exposer moins de ce qui m'anime et qui, par étrange, effraie, ici ceux que je côtoie, là, ceux que j'apprécie. L'ami seul peut tout entendre ; ou bien m'est-il égal qu'il ne le puisse. Une fois encore, je me laisserai mentir. Ma tête loquace commente même le silence qui s'y fait. Ces trucs pourtant ne valent pas tripettes - nuages où l'on reconnaît des formes - et ne puis m'empêcher de me perdre dans le liseré qu'ils font à l'azur - formes et fond, persistance des milieux intérieurs, retour du mème, pattern recognition, automates savants, acouphènes, phosphènes.

Tu n'aimeras pas. Je ne prétends pas que tu aimes. Tu me laisseras vivre, comme tu le fais, depuis le début, telle une bête raide et craintive dont on respecte les trajets étroits sans les bien comprendre - craignant qu'un jour elle s'en retourne aux bosquets sauvages - pour de bonnes ou mauvaises raisons. Tu me reprendras même sur ces formules, qui ne reflètent pas tes trajets propres. Ou ne me reprendras pas, anticipant quelque sourire en coin, eh ! chasseur tombé dans la mare que l'animal joueur aura placé sur sa trace.

Tout ceci, l'entendras-tu ?, est à la fois très important, et tout à fait secondaire. Ce sont des mots, juste - et je m'y perds. Je ne sais pas me raconter différemment - such stuff as dreams are made on. Fantômes d'un passé qui peu à peu s'éloigne. J'y suis sensible encore, le temps de l'apprivoisement. Le temps (long) de la reprogrammation, et hop ! l'espace, de ma nuque aux omoplates, se dotera d'un soleil plein de mots anciens et d'un rire neuf - que l'on entend déjà, si l'on sait.

D'ici là, je m'émerveille que tu trouves à demeurer dans ces parages que j'aurais crus toxiques pour ceux de ton espèce vive. Et t'espère, chaque jour, un peu, plus.

03/10/2011

03/10/11 - 01:21

Bleu-rose

Rose et bleu. Ou bose ou rleu. Ce joli chien rleu dans la vitrine irait-il avec la robe osée, beh! , de ma poupée, avec ce ciel d'adieux pommelé plus qu'un blues ? Ouaf ! Ma peau se met au rose mal peigné. Morose nuit vernie et ton regard, bleu meurtri, qui me vrille d'une absence que je t'impose, oui - la mer esseulée ne connaît d'horizon que le rleu. Et le rose, sans pourquoi, et le bleu, le bleu, toutout.

Alors comment hein, comment ? dans la délivrade des bleu ou rose, choisir ? Homo-toi dérangé des couleurs qu'on ne lui assigne que du bout des doigts, masque et gants, histoire de... ne contaminer pas la colorée de son cœur à soi, si précieux si précieux, son caca doigt, son jaune sanie, son sang vieux. Homo-toi désolé des couleurs qui cherche l'unique à-plat délivreur de vérité des reins et des nombres. Alors ? Piocher un petit rond de gouache et dessiner humeurs de rose affamée et de Petits Princes rleus aux yeux dévirés, amoureux des aviateurs et des serpents dans la semée bleue des errantes. Dessiner à en perdre ses cônes et bâtonnets, à n'en garder que la sensation-peau, tracée des couleurs, présent d'une dorure dans le ventre des amours qui à nuls ne s'adressent, mais à tout.



(déc. 2009)
Toute ressemblance, etc.
Et, oui, au dodo !

25/09/2011

25/09/11 - 19:30

Akhmatovoj - M. Tsvetaeva

(ça devrait être facile de trouver une traduction française, dans les œuvres complètes ou autres, si elles existent)

Ce sont les paroles de la chanson (...) dans la playlist.

For Akhmatova (1921) By Marina Tsvetaeva
Whose lashes today
Do you weather?
My black-scarfed-lady!
Black-arts-master!

Your days are midnight,
Your century, a gypsy band...
Era of workers, all of it,
You take in your hand.

When it‘s an easy task,
Are you a comrade-worker?
My shirker of dirty work,
Black arts master!

Neither tears, nor fame
Can a grave, requite,
Life stays the same—
An astonishment.

Others stayed to look
Around the low wall,
(Arrogance, a hawk!)
And let time stall.

Your brothers are lofty!
Distance unmeasured!
My clear-eyed-lady,
Black arts master!

From pain (asked for—
Wonder of wonders!)
Hawklike, its arrow,
Dovecot, its terror...

(Kem polosynʹka tvoya
Nynche vyzhnet·sya?
Chernokosynʹka moya!
Chernoknizhnitsa!

Dni polnochnye tvoi,
Vek tvoĭ tabornyĭ . . .
Vse rabotnichki tvoi
Razom zabrany.

Gde spodruchniki tvoi,
Te spodvizhnichki?
Beloruchenʹka moya,
Chernoknizhnitsa!

Ne zagladitʹ teh mogil
Slezoĭ, slavoyu,
Odin zazhivo hodil—
Kak udavlennyĭ.

Drugoĭ k stenochke poshel
Iskatʹ pribyli,
I gordets zhe byl-sokol !)
Razom vybyli.

Visoko tvoi brat'ya !
Ne doklicheshʹsya!
Yasnookonʹka moya,
Chernoknizhnitsa!

A iz tuchi-to (hvala—
Divo divnoe!)
Sokolinaya strela,
Golubinaya...

Translittération Google)

09/11/2010

09/11/10 - 00:41

Again

(tu le sens s'imposer. Qu'y puis-tu ? Il faudra bien que ça passe, vers pubescent des recoins de l'épigastre lové dans l'arbre immense de la glotte - jusqu'au lit des sanglots. C'est ainsi depuis que tu as dix ans. N'y puis mais. Laisser passer. La nature ne supporte pas longtemps le vide.)

12/10/2010

12/10/10 - 12:39

Vanités


La peau de mes mains se frippe comme mon humeur.
Mon visage hésite encore à s'accorder au coin des yeux les rides qu'on se doit après quarante ans de sourire - à mon front seul, persistante enfin, la trace de ces sable que l'anxiété assèche. Le jeune homme peine à disparaître, sentirais-je déjà ce que mon cou sera, dans la disponibilité plus souple, moins élastique où je le sens s'engager - imperceptible à tout autre qui n'aurait pas ce corps en dotation.
Mais la peau de mes mains, oui, dit ce qui s'en vient de l'éloignement du jeune homme. La peau s'y tavèle peu à peu, au hasard inévitable des printemps, dessèche doucement, un lait qui refroidit ne fait pas plus fines ridules.
Les ongles seuls, roses et réguliers, font mentir l'âge qui vient - mais je sais, pour les avoir vu aux mains de ma mère, de mes grands-mères, que j'aurai la griffe jaunâtre et peut-être cassante.
Je vieillis à mesure que mon âge me rattrape. 25 ans en ce moment. Ce sera vite passé, désormais le retard se comble vite. Je saurai ce qu'il en est des 40 d'ici 5 à 10 ans. Et avec un peu de chance, à 70 ans, j'en aurai 70, pour de bon.

Mais alors une seule chose resterait, une seule, j'aimerais, une enfance liquide au fond du regard. Puisqu'au fond, cette carcasse courant à la mort n'est rien, rien qu'un bout d'univers sis dans l'immanence de sa manifestation.
Je veux savoir qu'il n'est personne pour mourir. Le savoir au fond de mes tripes, d'une certitude qui ne soit une croyance de consolation.

11/10/2010

11/10/10 - 22:57

Cowardice

Expecting something to happen. 'Cause it cannot go on like that - this very mess of things, of thoughts, of beliefs, of mobile phones and commitments, of blow jobs and books and distresses, of ownerships and shops and chops of lamb, of splinters in the eye and the sad blue balloons of mornings, it cannot go on, muscles shrinking in their fascia around the bones they go a-sponging their own way towards the grave never minding the gravy the fleshy thinking nonsense here and there now and then.


Things don't have any sense.

But still things do not get united, be it in nonsense.
Why do the desire for sense, the reflexes around sense-seeking and searching scorchingly linger here?

I guess I am a coward, avoiding the thresholds, unwilling to let go of the flesh, the pleasure, the torrents of sperm and learning protecting the emptiness inside. And I go on living in the limbo the gentle life of the undead. Rushing thus to the grave, in the darkness to the darkness.

Pfew!

Pathetic (is it not?).

11/10/10 - 17:03

Notule

(Toujours pas trouvé ma façon d'être parmi les gens.


Ce qui est assez profondément déprimant.)

01/09/2010

01/09/10 - 01:50

Course

Dans mon lit se terre une chose que je ne connais pas et qui m'empêche d'aller le rejoindre.
L'âme en peine, le corps en sommeil, pris d'épuisement avec ce vent de lave au bide et la cotonnade des pensées affolées.
Quelque chose dont je ne me débarrasse pas. Inquiétude. Angoisse. Je vais devoir anticiper sur un rendez-vous thérapeutique. Rien n'y fait. Depuis l'enfance il y a ce sans-nom du soir qui m'accroche à la roue du tout-savoir. Pare-excitation de bas étage, et qui ne sert plus. Ou mal.
Ce n'est plus la peur du noir. Du sommeil sans doute. Ou, oui, de quitter la veille qui permettrait de réagir au danger qui guette : l'éveillé ne passe pas à côté du train des choses. Et il a le temps de fuir. Fuir le sommeil pour pouvoir fuir. Ce qui guette. Et n'attend que le repos pour emporter cette vie loin de là. Laisser passer l'occasion. Eviter le-train-la-mort. Dans tous les cas : survie.

Je ne sais pas trop d'où cela me vient. D'anciennetés, assurément, cachées dans la tout petite enfance. On ne se défait jamais, dit-on, d'une anxiété acquise à ce moment là. Alors je veille, pour chasser le croque-mitaine et l'homme de sable.
Et pendant ces périodes, où les 2 heures du mat sont un minimum, il me faut l'épuisement d'un corps qui lâche pour que l'humeur accepte. De me foutre la paix avec ses peurs sans papa ni maman. Qui ne renvoient à rien d'autre que cette possibilité, malencontreusement activée, de mon organisme, à veiller contre les dangers que ressentent les bestioles traquées. On aura beau me dire que rien ni personne ne me traque. Je le sais bien. Et je l'sais pas. Seule la caresse me calme, alors.
Et quand je n'en ai pas, le sesque. Ou les livres. Ou les longues veilles devant Internet. Alors même que des excès j'en sais les méfaits, sur mon organisme. Je n'y puis mais. L'affolement diffus - mais très perceptible, désormais - m'empêche de faire quoi que ce soit d'autre. Sauf volonté difficile. Âpre. Il y a de la jouissance à être affolé - question de survie, j'en tire un bénéfice intérieur, minime, bénéfice de drogué - à entretenir cet état. Comme si je courrais derrière un truc, qu'à l'attraper, ce serait enfin le repos. Difficile de se détacher d'une course pareille. Comme un lévrier après un leurre.

Mais au bout, ya rien.



Bon. Arrêter. Déconnecter.

28/08/2010

28/08/10 - 01:10

Où l'auteur se laisse longuement et trop sérieusement aller à des divagations spiritualisantes mais néanmoins personnelles quoique peu originales

Tapé ce soir au km. Cela s'en ressentira sans doute, ne serait-ce que par les coquilles. J'ai suivi les idées comme ça venait à partir de la question jetée comme par hasard sur l'écran. Sans doute indigeste. Ca partait libre et puis ça a rebouclé sur des thématiques et des modes qui me sont plus familiers, sans doute trop balisés. Je le laisse sur GA, pour le moment, où il est né. [Quelques modifs de forme apportées le lendemain]

Au fond, qu'ai-je en propre ?

Je passe tant et tant dans l'idée que ce corps, ces mots qui ressassent et inventent, ces pensées sans trêves, ces émotions à nouer la gorge d'un hoquet ou d'un rire, toutes ces choses sont miennes.

Ca veut dire quoi, mien ? Comment quoi que ce soit de mien peut-il disparaître avec la mort de cet organisme. Comment peut-il y a voir un temps sans moi, puis avec moi puis sans moi, si moi est quelque chose ? Je veux dire : une chose solide, plus solide en tout cas que le point d'arrêt forcé dans le mouvement d'un doute (je pense donc je suis, disait l'autre) ou l'unité fugace (limitée dans le temps) d'une conscience, d'un flux de pensées, d'affects, etc.

Que se passe-t-il quand je meurs ? Toutes ces choses qui sont miennes, je les perdrais ? Elles ne seraient plus miennes ? Je comprends alors que la mort soit un truc terrible, si toutes ces choses miennes s'accrochent et refusent d'être dispersées dans la désappropriation qui survient.

Mais bon. Si je regarde bien, je ne trouve pas grand chose qui soit vraiment mien. Evidemment, il y a plein de choses que je revendique comme miennes. Mes yeux. Mon nez. Mes cheveux. Ma bitte. Mes fantasmes. Mes connaissances. Mes parents. Etc. A des degrés et avec des qualités diverses. Je dirais : c'est moi, ou c'est à moi. Il y a là une nuance et une identité (moi = à moi) assez troublante. Et si je la regarde un peu attentivement, elle me paraît idiote. Si ce qui est à moi est ce qui me constitue, qu'est-ce que ce moi qui est constitué ? Juste une collection de choses qui sont revendiquées comme "à moi" ? Mais qu'est-ce que cette revendication-là ? Un sentiment ? Un organe ? Une de ces choses, justement ? Qui ferait tenir l'ensemble ? Peut-être... En ce cas, moi, ce n'est pas grand chose. Juste l'illusion d'être quelque chose - mais un agrégat, au fond (l'idée est bouddhiste), de choses disparates qui tiennent ensemble et ont un semblant d'unité parce que le bricolage dont leur assemblage est issu requiert de l'unité - organique. "Moi", au fond, ce n'est plus qu'un organe transitoire, qui se prend transitoirement pour le possesseur des choses - qui porte le sentiment et les représentations de possession.

Sans doute est-ce plus facile avec mes pensées. Avec mon corps... j'ai du mal à me dire, à sentir, que mon corps n'est pas à moi - il est plus facile de sentir, parfois, qu'il n'est pas moi. Mais bon... c'est depuis ce corps que toute perception se fait, que le monde tel qu'il est vécu en première personne (et pas tel que je me représente que vous pourriez le vivre) est comme assigné à ce corps - c'est "mon" monde, le seul monde que je connaisse, primairement manifesté comme depuis ce point de vue singulier, générateur de la polarisation fondamentale qui fait que je ne pourrai jamais percevoir le monde d'emblée comme un espace homogène et isotrope (Nota : quand je dis "manifestation", ça se réfèrera toujours à ça : pas à l'univers comme un truc objectif, extérieur, mais à ce qui apparaît dans la seule conscience : ce qui n'apparaît pas à ma conscience, d'une façon ou d'une autre - perception, histoire, émotion, démonstration, etc -, ne fait pas partie de la manifestation). Du coup, j'ai du mal à ne pas me rapporter immédiatement à mon corps comme à moi. Aristotélicien en cela - l'âme, le moi (si l'on veut) est la forme du corps.

Mais il reste quand même cette ambiguïté, que mon corps n'est pas moi - puisque je peux perdre un bras, à papa-dieu ne plaise, sans me perdre moi. A moi, mais pas moi. Mais pourtant, je m'identifie à lui. Compliqué. Si je deviens fou. Ou si je choppe Alzheimer. Peu-être. Mais ce sont les autres qui disent que je ne suis plus moi. Peut-être alors que j'expérimenterais, comme avec la mort, les limites de la consistance de ce sentiment de "moi". Mais "je" risque de ne pas m'en rendre compte. Peut-être que de "moi", il est difficile d'expérimenter ainsi les limites de la consistance. Que moi est un truc qui ne consiste que de s'affirmer. Et que dès qu'il se délite, à s'affirmer encore, c'est la souffrance et la folie, à se laisser aller... c'est, je ne sais pas, le nirvana ou l'Eveil, ou bien le changement de personnalité ou le devenir-non-humain.

C'est très violent, l'Eveil, quand ça prend soudainement. C'est du moins ce que j'ai lu. Un établissement progressif n'a pas ces effets de devenir-fou. On s'installe progressivement dans une disponibilité toujours croissante aux choses telles qu'elles sont, avec de moins en moins d'accroche à "moi", un décapage progressif des identifications. C'est ce qu'on dit. Je ne sais pas trop. Je n'en ai ressenti que des bribes, de ces choses là - d'une douceur déjà presque incroyable. Et toujours, il y avait... comme un lâcher de moi. C'est à des instant comme ça qu'on commence à pouvoir sentir en quoi... en quoi il y a si peu de choses qu'on ait en propre. Et en quoi on en revendique tant et tant.

Mais bon. L'Eveil. C'est un gros mot des milieux spiritualistes. On cherche l'Eveil comme le Graal ou un méta-orgasme. On se gargarise de tas de mots. Trop de mots. Ca ne sert à rien (et c'est moi qui dit ça mwhahahaha !). Les mots justes, oui. C'est le plus dur. Dans tout ce fatras, trouver les mots qui nous sont justes, qui décapent ces réflexes de nous accrocher comme à des possessions à ces choses si proches qu'elles accompagnent en permanence la manifestation de toutes choses (mains, orbites, ailes du nez, jambes et pieds, sensation dans le ventre et dans la gorge, souffles, etc.).

D'un certain point de vue, tout est à moi. D'un autre, rien. Au fond, c'est indifférent. Je ne fais pas exception. C'est ça le truc sur lequel je tombe, petit à petit - chute très lente, rythme des secondes à la dizaine d'années. Je ne fais pas exception. Dans cette manifestation polarisée selon la quelle le monde apparaît toujours en corrélation avec les états d'un truc qui ne cesse d'accompagner la manifestation (ce corps là), "je" ne fais pas exception, "je" suis un objet de ce monde polarisé au même titre que les feuilles mortes, les protubérances solaires, les poils du cul d'un Président de la République.

C'est très particulier... difficile à expliquer. Il y a une polarisation - la manifestation, les choses qui apparaissent dans la conscience, est comme organisée autour d'un point de vue unique - et en même temps, ce qui dit "je" et tente de se placer au sommet ou au pôle de cet espace organisé en cercles de proximités toujours plus diffuses, ce qui dit "je"... ne fait pas exception, avec rien de ce qui se manifeste : est un élément comme un autre de ce qui se manifeste.

Il faut distinguer, peut-être, conceptuellement - mais ça a des effets dans les affects, aussi -, entre un espace polarisé, qui est ce qui apparaît, et qui a cette structure polaire là, et un "je" qui se superpose à cet espace polarisé et tente de s'approprier le centre, "je" comme truc qui dit sans cesse "ceci est à moi" - et il le dit, je crois bien, en évaluant en permanence ce qui se présente, à moi, pas à moi, me convenant, ne me convenant pas, bien, mal (le péché originel, quoi, mais je ne développe pas ça ici).

C'est un peu comme si "je" créait des relations entre les choses avec lui comme médium (et pôle interne) de ces relations. Une relation qui va d'une chose à une autre en passant par "je", de façon parfois subtile. Ce qui fait que ces machins (ces relations d'une chose à l'autre, mettons entre le verre et la table sur laquelle il est posée) peuvent être appropriées dans le système où "je" est organisateur. Heidegger a dû causer, comme en passant, d'un truc comme ça sous ce qu'il appelle la Jemeinigkeit (le mienneté), mais il ne s'appesantit pas du tout dessus.

Or je crois que ce truc là, ce fait que "je" fait sien tout ce qui lui tombe sous la main - le verre sur la table n'apparaît que très rarement pour lui-même, il est toujours pris dans un faisceau d'utilités et d'évaluations, et surtout, il est autre que le "je" qui le perçoit et se pose en exception à lui - ce truc là, donc, n'est pas un fait premier, simple, indécomposable, mais un machin complexe.

Bon. Mais du coup, c'est encore plus dur de se représenter la manifestation avec "je" comme un objet comme les autres. Je veux dire, pas s'imaginer la manifestation avec "je" comme un objet, ça c'est facile. Non. Vivre la manifestation avec "je" qui ne représente aucune exception par rapport à une lampe torche, un durillon, une tomate écrasée. Comme si toutes ces relations que je s'appropriait étaient sevré de leur pôle, de leur composant d'égoïté, comme si elles apparaissaient radicalement à plat, binaires strictes, pas ternaires (avec un pôle de "je" caché dedans) mais sur fond d'une polarité qui ne les détermine plus - sinon à se manifester. Quelque chose d'unilatéral, en fait. Il y a un pôle, mais... ce pôle n'est rien qui se manifeste, il est... à l'essence de la manifestation, pour reprendre le titre d'un livre d'Henry (Michel Henry) que je n'ai toujours pas lu. C'est comme s'il définissait... une direction... ou plutôt un champ... mais sans déterminer ce qu'il y a dedans... un champ qui n'est pas un espace (l'espace est porté/décrit/détouré par les choses qui se manifestent)... qui n'est pas un lieu (aussi mystérieux que la khôra du Timé, chez Platon, pour les ceusses qui voient ce que je veux dire - anecdote)... qui est comme un truc à un seul côté : d'un côté, ça se manifeste, et de l'autre "côté"... il n'y a stricto sensu rien... ou une "force", une demi-force, qui n'est pas de la nature de ce qui se manifeste, qui n'est pas le champs homogène à leur apparition mais qui... qui laisse les choses se manifester, les révèle comme manifestes, mais ne les détermine pas plus que comme se manifestant, en aucune façon.

Bon ça, c'est la façon conceptuelle de dire les choses. De s'amuser avec. De retomber en dehors. De faire de l'intellect. De se réapproprier ce qui a été expérimenté ;D et donc de le perdre.

En fait, ce qui reste très mystérieux, eu égard à cette théorisation complexe - c'est que ce machin, cette expérience, où il n'y a pas de je, juste la manifestation, est accompagné d'une douceur, d'une joie, d'une plénitude qu'aucun de ces concepts ne peut ni véhiculer, ni fournir. La théorisation est donc incomplète. Elle marche bien pour expliquer ce qu'il en advient de l'être, mais pas des affects fondamentaux. C'est bien un truc d'Occidental, en un sens, que de se concentrer sur les choses avant que d'explorer les modes (les façons) sur lesquels ces choses sont vécues.

Mais ça montre bien comment ça fonctionne, cette fonction d'appropriation de "je" - parce que tout ça, là, c'est juste ma façon à moi (revendiquée, donc) de m'approprier ce domaine là, qui m'intrigue, m'émeut, me motive toujours plus avec le temps. Mais il faut que j'en fasse théorie qui me calme, qui apaise les pensées - mais les relance -, qui apaise mon inquiétude en allant penser et donc cacher, aussi, ce qui... ce qui luit de soi-même sans qu'on ait besoin d'aller lui trouver des explications - qui, lorsque la manifestation lui est rendu, au lieu d'être captée par "je", est... est la manifestation elle-même, et toute chose manifeste (trucs que je crois, et que je sens).

Je pourrais aussi raconter tout ça en le modélisant à la troisième personne - je veux dire comme un rationaliste pourrait en causer, en admettant qu'il prenne ce dont je parle pour un phénomène naturel - pour quelque chose dont on puisse rendre compte sous l'égide des sciences de la nature. Mais bon. A part réconforter l'esprit qui a peu de goût pour les ontologies pléthoriques pleines d'arrières mondes (genre moi, un peu, quand même) et d'expériences de conscience modifiée (là moins moi), ça n'a pas grand intérêt. Sinon de rassurer. Ou d'éloigner. L'essentiel n'est pas dans la modélisation - just a tool. L'essentiel est dans les affects. Et la désappropriation.

C'est aussi pour ça que philosopher, dans ce sens très précis de se diriger sur un chemin de sagesse - assez désuet, ce sens - c'est travailler à mourir - considération qu'on tartalacrème initialement dans le Phédon, antiquerie platonicienne. Mas pas mourir avec cette idée de truc qui résiste à la désappropriation - parce que là, c'est horrible, affreux, terrible, noir, dramatique, etc. Non. Mourir au sens de... dire oui à tout de la même façon. Au sens de... ne plus faire exception. Je ne suis pas sûr que la philosophie mène à ça, au final. Elle peut permettre, un temps, de s'orienter - Alexandre Jollien raconte de très belles choses à ce sujet, et à son sujet, là-dessus, dans l'interview qu'il donne à Philosophie Magazine de ce mois-ci (sept. 2010).

Mais la pensée... ça charrie trop de truc paranoïaques, de systèmes de défense. C'est un outil très dur à manipuler dans un cheminement spirituel. Ou alors il faut la lier à des concepts comme Dieu, par exemple. Et encore. On a tôt fait de s'y perdre. A regarder non avec défiance, mais avec... précautions. Moi, j'en ai encore besoin. Trop blindé, trop plein de peurs, trop plein de mots. Du coup, peut-être qu'elle restera, comme un réflexe attaché à cet organisme-là. Mais de façon générale, on n'a pas besoin de tout ce fatras, je pense. Je veux dire : il n'est pas nécessaire pour avancer et voir les choses. J'en ai juste besoin parce qu'il fait, depuis tout petit, des interférences avec les choses. Donc, là, je combats la pensée par la pensée (mauvais outil, mais n'y puis mais, qu'il me faudra bien un jour amender) - en fait : des opinions par d'autres opinions, dont le système finit par s'accorder et, parfois, à faire silence. Et c'est le silence qui m'intéresse.

On l'aurait pas dit :D

09/05/2010

09/05/10 - 12:39

Néandertal

Me plait immensément cette parenté renouvelée avec néandertal - ou ici pour un compte-rendu moins détaillé, en Français.


Avec le temps et l'extension du domaine gouverné par les modes scientifiques de réponses aux questions sur la matière - sa classification, son organisation -, homo sapiens sapiens parvient toujours moins bien à justifier rationnellement son désir d'exception dans (de) la biosphère.

Ce qui a entres autres conséquences de remettre certaines (mauvaises) théologies à leur place - il nous suffit d'un père et d'un pouvoir des hommes sur eux-mêmes sans qu'on aille s'embarrasser d'une potiche créatrice et juge. Il en est d'autres usages que ceux consistant à nous réconforter dans nos petits égocentrismes de créature exceptionnelle.

05/05/2010

05/05/10 - 07:50

Back

Nuit de mauvais sommeil. Les cercles de l'ego se dissipent avec lenteur toujours. Je dors sous stress.

Celle-là pourtant me laisse plus docile aux invraisemblances du jour ("gagner sa vie", "gérer son temps", "courir à la mort" - isomorphismes).

Implantées, les habitudes. Je n'y trouve pas grand chose d'autre qu'une vieille rassurance. Et beaucoup d'ennui. Mes lectures même ne me disent plus rien - ne charrient plus grand chose de cette émerveille ancienne à découvrir chaque fois le Nouveau Monde.

Toute vague se fatigue, à la longue. Je n'ai pas encore la consistance des solitons.

Les actions s'enchaînent, je colle à l'espoir d'un repos. Goulag auto-engendré.

Sporadiquement : quelque chose advient, qui me redonne une aire en m'en enlevant de toute spécifique. Puis je retombe. Ca a des vieux airs - en plus sourd - d'une redescente des monts drogués.

Vie oscillante, souvent inquiète, parfois pétillante d'un infini présent, jouissant sans reste de la finitude sublimement, merveilleusement, amoureusement indifférente.

02/05/2010

02/05/10 - 23:14

Déréliction ? Maniérisme habituel, je n'y puis mais

Ces choses durent repartir, qui vinrent à l'improviste, un soir de ciel sans dent ni viscères. On les laissa filer, sans doute, intransigeance des habitudes adventices. Le passé me traverse, crucifix en L9 calé aux bras ligneux. Il fallait que ma peau pâlissât encore, bleue-veine sous le ventre coulant. Le désir infini s'immisce dans l'enclos où l'on noie les chimères au front haut, hargneuses de la vérité des villes. Ni le sol ni la glaise ni la poussière adamique mais. la sanie impérieuse des usages et des oniries de gros-bourg qui me nouent les reins dans l'appât des orgasmiques à la délivrance rêche comme un vin suri. Goût infect - infect - de mes vingt ans.

J'ai vu luire au loin, sous la couche résineuse des muscles, les lumières d'une Golconde spirituelle. senti les eaux de tous les Gange rugir du sol au ciel dans le mouvement inverse qui nous ramène au dieu des cendres et des bêtes. vécu dans la douceur, intermittente encore, d'un monde où je ne faisais nulle exception.

Sont revenus les heures glaireuses, la male beste sable et l'appétit cruel. En deçà de moi-même, dans le charnier du temps déclassé tout empesé de rêves d'hommes sans rime, rythme ni raison... je laisserai faire ! tout attiré serais-je, toujours, par les morts accortes et compréhensifs, leurs rites, leurs façons et leur amour des mondes, le goût, le goût insidieux des jouissances prostituées, le goût des volontés, des justifications et des individualités obligées.

Oui ! Je laisserai faire !

The dark thought, the shame, the malice,
meet them at the door laughing,
and invite them in.

Be grateful for whoever comes,
because each has been sent
as a guide from beyond.

Rumi

26/04/2010

26/04/10 - 22:58

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17/04/2010

17/04/10 - 15:38

Rhapsodie rageusement existentielle non moins que dérisoire

Je vis mal.
Non.
Je vis n'importe comment. Plutôt ça.
Il faut que je sois en vacances pour m'en apercevoir.
Au bout d'une semaine.
Putain de monde qui ne sait plus ce que vivre veut dire. Organise la survie en laissant croire que nous vivons au mieux de ce qu'être humain veut dire. Alors que nous ne valons rien d'autre que les vers occupés à bouffer de la terre-merde et à la rechier. Valons moins, même. Au moins une terre pleine de lombrics vit-elle bien.
Marre de ne donner mon temps qu'à des futilités pour résoudre le stress engendré par d'autres futilités qu'on classe sous les activités nécessaires à gagner une vie qu'on possède pourtant déjà.
Perdus que nous sommes dans le désir des autres. Autonomes ? Pfouah ! Asservis aux règles de la caverne - terrain de jeu des morts.
Et même asservis à cette colère qui nous prend lorsque nous le remarquons.
Laisser les morts enterrer les morts. Injonction puissante. Mais qui la comprend ? Pas vraiment moi, en tout cas - mais qui suivre, incarnant ici et maintenant cette parole là ?

Rien de tout cela n'est une vie bonne. Ni nos politiques. Ni nos engouements pour telle ou telle cause. Ni nos prétentions à l'art.
Je fais partie des inquiets. Il fallait bien que tôt ou tard je me heurte au mur des choses convenables, des statuts pré-digérés.
De toutes ces choses que nous ne somme plus en mesure d'accueillir, ni la poésie, ni la philosophie - nous enfermerions les prophètes, les saints, les aèdes et les penseurs dans les circuits des asiles et des subventions d'Etat. Un bourgeois qui comprend l'art ne peut pas avoir bonne conscience.
Vanité des vanités. Poussières. Je sais trop, et pas assez. Mal.

Mais que faire ? Comment oser sans peur ? - alors que la peur n'existe pas ?

16/04/2010

16/04/10 - 22:26

Croyance, foi - nawak panawak mé nawak kan m'aime

Être Chrétien, ce n'est pas, ne saurait être et ne sera jamais croire en le Christ.

Sans quoi, il reviendrait au même - exactement au même - de croire au Bananier Primordial sur lequel s'appuie le monde, et qui lui a donné sa Grande Banane Jaune pour le sauver ; et le monde l'a épluchée - désormais seuls les adorateurs de la GBJ, qui s'en sodomisent en groupe toutes les dix révolutions solaires - puisque la connaissance ne vient qu'en ramenant le sacré à son fondement - verront après leur mort les frondaisons du grand bananier - les autres iront pourrir à jamais sous les racines, pour nourrir le BP, louée soi - pourrir, c'est nourrir beaucoup.

Vraiment, être chrétien parce qu'on croit Dieu vouloir ceci, ou avoir fait cela, pour notre petit nombril et par gentillesse pour nous, parent laborieux œuvrant pour ses enfants pas gentil oh ! les vilains méchants ! c'est exactement du même tonneau. On a juste changé les noms.


La foi, c'est pas une question de ce en quoi l'on croit. A en rester là, tout sectateur du Christ - ou de Mahomet ou de qui ou quoi que ce soit d'autre - n'est rien d'autre que cela : un homme, une femme perdu/e dans la croyance et qui n'a pas la foi.

La foi est en dépit de tout. Et donc de la croyance.

Témoigner du Christ, ce n'est pas propager la mythologie de sa résurrection. Ca, c'est une affaire d'idolâtres.

Témoigner du Christ, c'est Le laisser agir en soit. C'est tout. Tout le reste - tout le reste, homélies, prêches, sermons, pastorales et cardinaleries comprises -, s'il n'est pas dirigé vers ce but là, s'il flatte encore nos conforts, nos résistances, nos croyances personnelles ou collectives, nos envies de détruire le mal dans le cœur des autres, et même nos appétits de justice universelle - dont les contours sont décidés à partir de ce que nous estimons juste - , tout cela, oui, ça n'est qu'un tribut payé au prince de ce monde (autre nom donné à ce qui divise, et détourne de ce qui se joue en dieu d'oubli de soi).
Et cela dessert fondamentalement la possibilité que se défassent les nœuds du cœur. Pour que fleurisse cette douceur infinie d'un acte qui ne se revendique de rien - pas même de lui-même - le seul étonnant alors est sans doute que cela s'accompagne d'un amour inconditionnel et sans objet - auquel on donnera, si on le souhaite, le nom de Christ - ou d'autre chose.

(bon tout ça c'est un acte de foi - une croyance - faut ben dire. Ca sent le rance. Donc.)


La rose est sans pourquoi : fleurit parce qu'elle fleurit
Ne se soucie de soi, ne s'inquiète d'être vue.

Angélus Silesius - Le pèlerin chérubinique.

(Die Ros ist ohn Warum. sie blühet, weil sie blühet.
Sie acht nicht ihrer selbst. fragt nicht, ob man sie siehet.)

16/04/10 - 01:28

Auto-contrariés

Le désir des autres est décidément toujours aussi invasif.
Sans doute que je ne sais pas le différencier de l'appel de la mer.
Dont me roulent les vagues, galet trop poli pour avoir jamais été honnête.
Pas ma faute si ta peau, ton sperme et tes larmes ont probablement goût de l'océan que j'ai créé dans mon adolescence sous les cieux sans mesure.
Je te désire. Et ça me réveille la peur de l'infini - si j'allais me dissoudre dans l'insatiable des encore - ou dans les matins dégrisés à faire tous les rois nus. Et ça me réveille la peur enfantine du "non" - refus dont je me déglace à peine à grand coup de rires et d'espace, et qui jadis me figea à l'orée de tout bordel, lisière infernale des bibliothèques, labyrinthes des culs et des métaphysiques - c'est tout un.

Je te désire à rebours.

Et puis merde. J'exposerai mes années explosives, moins par impudeur que par ignorance - croyez-en ce que vous voudrez, fiche, contrefiche, à l'index de mes indifférences.
Percer le cocon de son propre désir et des réticences dont il s'est entiché, vous croyez que c'est simple vous ? Apprendre à oser quand l'anéantissement fantasme dans la perspective de l'échec ?

Sans dérespecter quiconque, ni moi-même, et toi moins encore.

Toi aux yeux souples de l'enfance, à l'appétit joueur des loutres.

14/04/2010

14/04/10 - 00:02

Désespoir

Parfois, devant l'horreur de ce que c'est qu'un homme, il me prend envie que jamais multicellulaire soit advenu à cette planète.

Comment continuer à côtoyer les faiseurs de mort sans en être soi-même pourri, sans se repaître de l'exemple, sans que la joie ne cultive des chemins de duplicité ?

Quelqu'un peut-il me dire ? à la hauteur de cet incompréhensible nous, accroché au sens de tout ça, dans le non-sens avéré du monde ?

Quelle folie. Quelle folie ! A tourner sur nos sexes et nos complaisances politiques. Folie. Si je regarde tout cela de trop prêt, comment ne sombrerai-je pas sous le poids des souffrants et des morts qui me demandent ce qui est au-delà de mon courage ? d'araser les causes injustes, de dénouer les certitudes rances des tyranneaux de quartier, d'immeuble ou de nations aux pattes grêles, de remettre de l'amour là où il n'y en a pas assez ?

Parfois - j'ai juste envie de reprendre un chemin d'amibe, chimique et brutal, dénoué des mots, des raisons invincibles et des faux dieux qu'elles servent.

Parfois.
L'homme tombe.

10/04/2010

10/04/10 - 02:36

Certains insupportables sont - assurément - bourrés de charme.
Je m'en étonne.

 

Blogs à ravir

(quelques uns, ici ou là.)

De quelques films
(notes de -3 : exécrable, à 4 : culte)

Alice au pays des merveilles - (T. Burton) (1) - Des trouvailles. Mais une Disneyrie.
Dragons (2) - Bien plaisant (en 3D)
Amer Béton (3) - Un choc !
L'arbre de Palme (3) - Dans mon souvenir, graphiquement éblouissant.
Mari Iyagi (3+) - Seuils d'adolescence.
Mon voisin Totoro (3+) - Totoooro ! Totoro ! Totooooro !.
Le voyage de Chihiro (4) - Juste après Mononoke - ou avant - selon l'humeur.
Princesse Mononoke (4) - Mon Miyazaki préféré. Ou pas.
The hours (3) - Inoubliable
Watchmen (1) - Tellement semblable à la BD - au plan près - ennui !
Mary and Max (3) - Sensible, mordant, improbable.
Océan (0) - Au troisième passage de dauphin, on se pend.
Avatar (1) - Beau moment qui ne laisse que ce souvenir là.
2012 (-2) - Inconsistant - le tombeau de toutes les Afrique
Les plages d'Agnès (3+) - Autobiographie ou tombeau (anticipé) - Si lumineusement frais
Valse avec Bachir - Waltz with Bachir (3+) - …
Le grand silence- - Die grosse Stille (3+) - Su-perbe. Mais ne s'y frotter qu'à assumer des tendances contemplatives
Le Labyrinthe de Pan (3) - Secouant
La science des rêves (2) - maladroit parfois, poétique souvent, très justement terrifiant par certains côtés, très bellement interprété
V pour Vendetta (2) - Je lui préfère la BD, néanmoins
L'iceberg (3) - Délicieux, burlesque, amer, tendre
Le malentendu colonial (2) - Lent à démarrer, puis essentiel.
Le goût du thé (3) - Halluciné, émouvant et requinquant
Le cauchemar de Darwin (2) - L'Afrique qui meurt, vision partiale, néanmoins
Mysterious skin (3) - Extrêmement troublant. Lire encore cela.

Autumn Me