31/05/2004Passage ?Il y a de ces périodes où, brusquement, les habitudes les plus éprouvées ne font plus aucun sens. On continue bien sûr à agir comme par le passé - ça a de l'inertie, une habitude - mais les gestes ne sont plus habités et les réflexes, inadéquats. Des pensées surgissent, qui ne remplissent plus rien, et laissent un goût de c'est pas ça.
J'ai l'impresion en ce moment d'habiter chez un autre. Trop de livres, dans mes m², et pas les bons. Comme si je campais chez un ami, dont je ne partage que certaines affinités. Je n'arrive plus à prendre un bouquin avec le même engouement qu'il y a ne serait-ce que quelques mois, simplement parce que c'est un bouquin. L'impressison est très nette, à l'ouvrir : ce n'est pas le geste que j'aurais dû faire. Pas désagréable, juste déroutant.
Le plus bizarre est : je ne sais pas du tout quel autre geste faire. Pas que je cherche, pour tout dire ; je pense que ça viendra tout seul. Mais pour l'instant, je ne sais pas trop quoi faire - nette impression de me trouver à l'orée ensoleillée de quelque chose que je ne sais pas encore voir. Et, même si c'est pas vraiment étonnant, ma sexualité suit le même chemin, et je suis infoutu de savoir ce qui va en sortir ; indécision plutôt amusante, d'ailleurs.
30/05/2004A tout patiBon ben c'est les vacances.
Je suis un légume
une jardinière
une julienne
une ratatouille
régression au stade vegetable.
yesssssssss 25/05/2004NoeudsJ'ai toujours aimé les choses complexes, toujours détesté n'y rien comprendre - je reste ainsi, depuis des années, frustré devant l'oeuvre mathématique de Grothendieck, coincé sans lumière, la marche à monter étant pour le moment bien trop élevée.
En réponse à mes rêves-labyrinthes : des dédales de concepts, et de mots, et d'images, qui s'entr'appellent de façon folle. Au centre, quelque chose de moins consistant qu'un "je", un nouvel entrelacs, peut-être, l'unité fluente d'une personnalité, quelque chose comme du vide - moins le néant dissolvant au bord duquel hurla Bataille qu'un souffle sans revendication.
Des contes et merveilles qui gravitent autour, sans doute rien qu'un système auquel je m'attache, trop souvent encore sans liberté réelle, peinant à me faire au jeu qu'il appelle - sens et cohérence dans autant de directions différentes.
Pas de sol, ici, des strates entremêlées, des vaisseaux anastomosés, vaste construction liquide, prison ou cathédrale, selon qu'on y empêche ou non la circulation de l'air - corps et affects. Je ne fais décidément que commencer à tisser le matériau du tapis sur lequel faire s'envoler l'ensemble [;o)]...
22/05/2004GrmmmmmphbfffBanalité insigne et récurrence désolante - en ce moment je ne m'aime pas. Trop, pas assez, rien.
L'impression d'être dans un costume mal taillé, équipé d'une boîte à affects qui déconne et d'une boîte à concepts aussi plate que pléthorique.
Sortir de ce putain de faux-moi.
Fissa. 11/05/2004paroles, paroles, paroles...Je tire d'un récent et fort remarquable bouquin de Pierre Lepape, Le pays de la littérature, cette confession de Pierre Rivière à Gide, que je pourrais faire mienne, pour bonne partie (je n'en souligne que les écarts) :
J'ai un grand désir de me donner. Mais je suis très maladroit à me donner. Je le fais brusquement et, comme je ne peux guère qu'écrire de telles choses, ne sachant pas parler, j'y mèle involontairement de l'apprêt et du bien écrire et de la littérature. J'ai toujours eu [...] le sentiment que la sincérité est l'opposé de ce qu'on entend d'habitude par ce mot. Elle constitue à ne pas s'exprimer franchement d'une seule fois, de façon définitive, elle est le respect de la complexité de l'âme, le refus de se donner totalement en une phrase. Je ne dis jamais ce que je pense, parce que je ne pense jamais une chose, une unité. Mais chaque pensée est en moi un mouvement en plusieurs sens, une combinaison et un équilibre de forces. [...] Je n'ai jamais pu aimer quelqu'un sans éprouver aussitôt le besoin irrésistible de chercher par où je me distinguais de lui, et de le lui signifier.
A ne point partager cette recherche abrupte de la différence, je me reconnais toutefois cette même défiance - et cette même attraction - envers la parole définitoire, les appétits théorématiques, les récits trop-plein-de-sens, toute cette métaphysique des assignations quotidiennes qui se targue de vérité, alors même que son langage est bien trop grossier pour ce qui, dans la pénombre de mon corps, se joue d'imprévisibles turbulences, de micro-événements, d'indéchiffrables nuances - mais encore, au dela de Rivière, de ce silence que je ne sens qu'à peine, et qui peut-être passe la nature des discours. 09/05/2004Olivier's Ategina's GameJe l'ai piqué à Oliviermb qui lui-même le tenait de Ataegina. Rempli sans talent, pour me distraire, juste. C'est un article qui évoluera, tout comme mon profil. Toute ressemblance avec des réponses déjà données est purement fortuite.
Parce que vous préférez les alligators ou les poissons rouges ?
Je me méfie toujours des poissons rouges, quand je vais aux toilettes. On a vite fait une mauvaise rencontre.
Vous pensez plutôt que la Terre est ronde ?
Au saut du lit, la terre est une plaque en fonte circulaire et cannelée, qui oscille autour de ses deux axes horizontaux. Comment voulez-vous atteindre les toilettes dans des conditions pareilles !? ET ETEIGNEZ CE FOUTU REVEIL !
Vous croyez en une fin du monde imminente ?
Je vous réponds dès que j’en sais un peu plus sur l’imminence. Ca ne saurait tarder.
Et si il y a un jour en moins dans l’année ça vous perturbe ?
Un jour en moins, par an, et en moins de deux siècles, c’est Noël en été. Il faudra déshabiller le Père Noël. Ou, si l’on est Américain, Dieu. Et Dieu n’est pas tout nu ; Il porte un petit pagne, pour cacher ses genitals. Sinon il y aurait bien des pervers théophiles qui abuseraient de la situation, tiens !
C’est quoi votre plus vieux souvenir ?
Dans le corps. Au moment où, sournois, s’avance le sommeil. Une voix doucement cause, emplissant le tout immédiat de mon angoisse de nourrisson. Comment le timbre et la litanie des mots tendres pourraient se substituer à la chaleur d’un ventre, à la rassurance de ses mains, que je connais mêlée à cette mélodie-là ailleurs qu’aux abords de la nuit ? Alors s’emmêlent à ma douleur la voix qui ne touche pas, la terreur du sommeil qui s’en vient et la tétanie de mon corps, comme un aquarium où je me noie.
Vous avez parfois l’impression qu’il y a des asticots dans votre cerveau ?
Non, dans mon estomac, seulement. Dans mon cerveau, il y a
un paquet d’étoiles,
le vent,
des toiles d’araignées – c’est pour ça qu’il y a pas d’asticots, les mouches n’ont pas le temps de pondre,
des couchers de soleil,
la mer,
trop de gens,
moi, parfois.
Vous aimeriez être un hamster ?
Avec beaucoup de scotch, alors.
Vous pensez qu’il est plus logique d’accorder de l’individualité à une brosse à cheveux ou à un stylo ?
Il y a trop d’hommes à qui il est difficile d’accorder l’individualité. Alors les objets…
Vous espérez encore ?
« Vous espérez déjà ?» eût été plus intéressant. Oui et non, donc.
Vous pensez que l’on peut croire ?
Le plus souvent, on veut croire. Il est plus difficile d’y parvenir.
Vous préféreriez vivre en Alaska pour la survie des ours blancs, ou sur une île déserte au soleil avec seulement un tome en espagnol de Don Quichotte ?
Je préférerais n’entretenir aucune préférence. Je vis au dessus de mes moyens.
Vous avez déjà mangé des sardines avec de la compote de pommes ?
Non, mais du café avec de la bière, oui. C’est immonde.
En plus, vous préférez une collection de cinq mille timbre, ou un monde avec deux soleils ?
J’ai déjà un monde avec deux soleils. Une collection de timbre, ce serait bien, oui. Pour faire des collages, des scannages, des estampillages, des oblitérages en cascades et des voyages voyages.
Si Dieu vous demandait « Pourquoi ? », vous répondriez quoi ?
Je ne répondrais pas. Dieu ne demande pas « pourquoi ? » Il est trop faible pour ça. Seul le Diable demande « pourquoi ». Et l’église répond.
Vous avez déjà eu envie de manger une limace ?
La limace n’est bonne qu’en érection.
Vous préférez les chiens ?
En tant que de besoin. Mais de façon générale, mon truc, c’est plutôt les mecs. Quand même.
Parce que qu’est-ce que vous pensez des salles de cinéma vides ?
Ca me donne une complicité presqu’intime avec le projectionniste.
Et puis c’est quoi votre mot préféré ?
Aujourd’hui ? Biboquet.
Seriez-vous pour la peine de mort des Yorkshire ?
Uniquement des Cheshire Cat – mais allez tuer un Cheshire Cat…
Est-ce que vous admirez les bananes plus que vous n’aimez Eschyle ?
Largement. Surtout au travers d’un glory hole.
Vous avez déjà douté de l’existence des vaches ?
Oui. Tous les jours. Ca me taraude. Dans le ciel nocturne, l’œil humide des jeunes veaux fait aux nébuleuses des tâches brillantes ; voie lactée, long éjaculat du Grand Pis Cosmique ; à quels flancs lisses se tissent les crins ardents des files galactiques ?
Vous pensez souvent aux autres ?
Beaucoup trop.
Pourriez-vous faire de l’anecdote la plus insignifiante de votre vie votre souvenir le plus précieux ?
A quel degré de malheur faudrait-il se trouver poussé ? Je ne tiens pas à faire l’épreuve des camps (terme générique pour toute situation où l’on peut devenir ce que furent alors les Muselmänner – cf. Antelme, Primo levi, Kertesz).
Vous avez déjà pensé que si la Terre était plate, on n’en tomberait pas, parce qu’il y aurait l’apesanteur ?
Si la terre était plate, on n’en tomberait pas parce qu’elle aurait un rebord. Comme les poêle à frire. Vous avez déjà vu une omelette essayer de passer le rebord de la poêle ? Bon, si on la pousse un peu, d’accord.
Et ces viscères qui se transforment en fleurs, ça vous évoque quoi ?
Outre un abhorré surréalisme, c’est un peu l’histoire de ma vie depuis une dizaine d’années :o)
Vous préférez le carrelage ou la moquette ?
La tomette. Je n’aime le poil que sur le torse, n’ai rien contre son envahissement des épaules et ai même pu trouver agrément à sa disposition régulière en quelques dos.
Les sonneries d’horloges, ça vous agace ?
Uniquement lorsque la terre n’est pas ronde.
Vous avez déjà essayé de démonter un rubicub ?
un vélo
un piano
un ronéo
un roméo
un saut d’eau
mais un rubico
no !
Qu’est-ce que vous pensez de l’existence des extraterrestres ?
Grand bien leur fasse.
Vous avez déjà rêvé d’un champ d’asperges géantes ?
Si asperge est un légume
oblong
épointé
fin
divin de goût
la réponse est oui
Qu’est-ce que vous pensez des escaliers ?
Qu’ils valent parfois mieux que certains toboggans.
Vous aimez mieux les ampoules ou vous préféreriez être américain ?
Une ampoule, c’est quand même plus varié que les américains. Ca peut éclairer de travers, ça contient des substances intéressantes, ça clignote, ça tombe en panne, ça ne sais pas raconter d’histoire, ça n’a pas besoin qu’on lui en raconte.
Vous préféreriez vivre sous l’eau ou sous la terre ?
Je vis déjà sous l’eau.
Parce que vous croyez que si on était dans un nuage qui fait de la pluie, on serait mouillé ?
Oui. Dans un nuage qui fait pas de pluie non plus. Et en dehors d’un nuage aussi. Je suis un animal aquatique. Comme la vache. Comme le vent. Comme les étoiles. Et les choses cosmiques.
Vous avez déjà imaginé que vous étiez le seul être humain sur Terre, entouré d’extraterrestres déguisés pour mieux vous étudier ?
Nan, je n’ai la consistance que du Poisson : friable avec des écailles. Pourquoi voudriez-vous que je me prenne jamais pour un homme – cette chose dure, volontaire et grisâtre ?
Vous aimeriez mieux boire trois litres d’eau d’un trait ou être une toupie ?
Les deux en même temps ?
Est-ce que ça vous dérange la pluie ou est-ce que vous voudriez être une tulipe ?
Je voudrais être un poisson-tulipe, qu’on mettrait dans un vase et que l’on nourrirait d’un peu d’asticots (pour l’estomac), d’une douche permanente, d’une lumière « surface de mangrove » et de pas mal de sentiments.
Parce que pour vous, la vie, c’est plutôt du funambulisme, ou du théâtre ?
Parlez de survie, vous y serez presque. La vie, qui suis-je pour dire que je connais ? C’est un geste-bambou, la lumière du vent dans les feuilles.
Vous pensez qu’il est plus probable de trouver une chevache ou un vacheval ?
Une chèvrache – mêêêêmeeeeuh que.
Vous avez déjà écrit des lettres à Dieu ?
Juste pour lui demander « pourquoi ? ». Je les ai toutes déchirées, bien sûr.
Est-ce que vous savez ce que signifie « croire en soi » ?
Oui : ne pas être Dieu.
Vous pensez que vous pensez bien ?
Non.
Vous aimeriez mieux être une baleine ou considérer que l’escargot est le seul être qui mérite de vivre ?
Une baleine. Pour entendre la pluie faire clic flac ploc sur le parapluie, au-dessus.
Vous croyez en l’objectivité ?
Oui – cette réponse est bien évidemment contradictoire.
Vous aimeriez bien que j’arrête de poser des questions ?
Non, ça m’apprend plein de choses sur vous – vos isomorphismes intimes.
Demain, c’est un autre jour, pour vous, ou c’est une continuation de Maintenant ?
Maintenant n’a pas de continuation. Ou alors enlevez-lui sa majuscule. C’est toujours déjà un autre jour. Ou jamais. Ou peut-être, si sur la tartine du temps, on ajoute assez de confiture pour que ça tienne – mais c’est artificiel.
Est-ce que le temps et l’espace sont la même chose ?
Oui – quaerendo invenietis.
Vous préférez les blondes ou alors vous aimez mieux les yorkshires ?
Les Cheshire Cats, les Cheshire Cats.
Parce que vous pensez que vous préférez les nénuphars ou la vieille dame dans Babar ?
Les lotus des cimes et les pieux éléphants.
Vous avez déjà pensé que Dieu et le père Noël étaient peut-être la même personne ?
C’est une question pour Américain, ça. Je ne suis pas Américain. Je préfère les ampoules.
05/05/2004Veau d'OrJ'ai encore sujet de râlerie contre l'église(*). Je ne développerai pas. Idolâtre haineuse.
Peu de choses qui me désolent autant que la tartufferie spirituelle. Rien de plus triste, de plus nuisible au salut réel -et l'on bétonnera un paysage en prétendant le faire par amour de la nature.
L'église, humaine, a droit à l'erreur. Soit. Mais que vaut sa persévérance ? Elle qui canonise trop souvent le meurtre évangélique. Elle qui, désormais habillée de "sciences sociales", se complait comme jadis à la "politique" et "l'éthique" à en oublier ce qui fait des âmes le salut. La putain de Babylone avait plus de tenue et moins de faux-semblants. Sous son fard, on trouvait au moins une peau à caresser. Je ne vois trop souvent que sanie sous l'institution vaticane, et Dieu, nulle part.
(*) L'institution mondaine n'aura ici jamais droit qu'à la minuscule ; ne pas venir dire que cela reflète adéquatement son humilité.  |
| De quelques films
(notes de -3 : exécrable, à 4 : culte)
Valse avec Bachir- - Waltz with Bachir (3+ à 4) - … Le grand silence- - Die grosse Stille (3+) - Su-perbe. Mais n'y aller qu'à assumer des tendances contemplatives Le Labyrinthe de Pan (3) - Secouant
La science des rêves (2) - maladroit parfois, poétique souvent, très justement terrifiant par certains côtés, très bellement interprété
V pour Vendetta (2) - Je lui préfère la BD, néanmoins
L'iceberg (3) - Délicieux, burlesque, amer, tendre
Le malentendu colonial (2) - Lent à démarrer, puis essentiel.
Le goût du thé (3) - Halluciné, émouvant et requinquant
Le cauchemar de Darwin (2) - L'Afrique qui meurt, vision partiale, néanmoins
Mysterious skin (3) - Extrêmement troublant. Lire encore cela.
Autumn Me  |