paroles, paroles, paroles...
Je tire d'un récent et fort remarquable bouquin de Pierre Lepape, Le pays de la littérature, cette confession de Pierre Rivière à Gide, que je pourrais faire mienne, pour bonne partie (je n'en souligne que les écarts) :
J'ai un grand désir de me donner. Mais je suis très maladroit à me donner. Je le fais brusquement et, comme je ne peux guère qu'écrire de telles choses, ne sachant pas parler, j'y mèle involontairement de l'apprêt et du bien écrire et de la littérature. J'ai toujours eu [...] le sentiment que la sincérité est l'opposé de ce qu'on entend d'habitude par ce mot. Elle constitue à ne pas s'exprimer franchement d'une seule fois, de façon définitive, elle est le respect de la complexité de l'âme, le refus de se donner totalement en une phrase. Je ne dis jamais ce que je pense, parce que je ne pense jamais une chose, une unité. Mais chaque pensée est en moi un mouvement en plusieurs sens, une combinaison et un équilibre de forces. [...] Je n'ai jamais pu aimer quelqu'un sans éprouver aussitôt le besoin irrésistible de chercher par où je me distinguais de lui, et de le lui signifier.
A ne point partager cette recherche abrupte de la différence, je me reconnais toutefois cette même défiance - et cette même attraction - envers la parole définitoire, les appétits théorématiques, les récits trop-plein-de-sens, toute cette métaphysique des assignations quotidiennes qui se targue de vérité, alors même que son langage est bien trop grossier pour ce qui, dans la pénombre de mon corps, se joue d'imprévisibles turbulences, de micro-événements, d'indéchiffrables nuances - mais encore, au dela de Rivière, de ce silence que je ne sens qu'à peine, et qui peut-être passe la nature des discours.
12/05/04 - 10:32
Euh, Lepape, non?
jeuneparisien1978