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eXTReMe Tracker Zyé-la anfon tomb-lan, té la ka gadé zot.
Honni soit qui troll y pense

Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas souvent aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
Je pense : L'encyclopédie est trop bavarde

Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour lundi 30 juin 2008 à 00:24)

26/05/2005

26/05/05 - 03:07

Pas rrrroonnffffl

Revenu le temps des insomnies... Il aura suffit d'un changement de température. Un ventilateur n'y ferait pas grand chose, c'est la qualité de l'air qui me maintient éveillé. Je tourne en rond aux lisières d'un sommeil qui viendrait peut-être si je pouvais bénéficier de cette présence sans laquelle, depuis des lustres, mon lit m'est hostile - c'est une sensation physique très précise, quoique diffuse, qui me fait repousser chaque soir le moment d'éteindre la lumière et de m'allonger. Du coup, trop souvent, je ne peux m'endormir qu'épuisé, sans avoir profité des premières heures de la nuit, les meilleures, dit-on. Et, aux lendemains, l'humeur se dégrade vite, et reviennent harceler le corps tous les désagréments du stress.

Je refuse, bien sûr, d'enterrer ce symptôme sous une tonne de médicaments - les tisanes et autres plantes sont peu efficaces. Rien n'y fait : je m'endors crispé, je dors agité et me réveille, invariablement ou presque, fatigué. Certes, ces heures d'insomnie ont souvent été mises à profit - on lit et écrit bien, comme le savent tous les nocturnes, lorsque la ville se tait et nous rend disponibles à des chemins plus larges et moins droits que ceux qui canalisent nos jours. Mais aujourd'hui, mes rêveries nocturnes ne me suffisent plus, il me faut d'autres nourritures et plus de repos. Quoi faire ?

23/05/2005

23/05/05 - 01:16

Eugène Manuel

Ma famille, m’a-t-on dit, peut s’enorgueillir d’un illustre ancêtre, poète, républicain, Eugène Manuel (1823-1901). J’ai pu tomber sur une anthologie poétique un peu ancienne (G. Walsch, Anthologie des poètes français contemporains ; Le Parnasse et les écoles postérieures au Parnasse (1899-1915), Paris : Delagrave, 1920 - la Préface et l’Introduction sont datées de 1906 et 1905 respectivement). On y trouve l’introduction et le monument suivants, tous deux bien dignes de son siècle.

Eugène Manuel [..] fils d’un médecin israélite, [..] entra en 1842 à l’Ecole normale, et fut [..] professeur de seconde et de rhétorique [..]. Chef de cabinet de Jules Simon en 1870, inspecteur de l’académie de Paris en 1872, il fut nommé inspecteur général de l’instruction publique en 1873.
Eugène Manuel a chanté les douces affections de famille, l’amour de la patrie, la pitié envers les déshérités. « Une lumière idéale enveloppe sa poésie et jette son voile d’or sur les réalité de la vie ou de la nature. Il y a comme deux courants distincts dans la poésie de Manuel : l’un vient du fond d’une vie sincère, souvent troublée, mais plus forte que ses troubles, et d’une âme virilement attachée au devoir, défendue, par lui, contre les lâches défaillances ; l’autre vient, non plus de ces profondeurs émues de l’existence humaine, mais des hauteurs de la pensée pure, de ces sommets sacrés où l’esprit se sent plus voisin de l’infini. Bien que l’une de ces inspirations domine, elles se rencontrent, à plusieurs reprises, sans se confondre, dans l’émotion du poète : chacune a son contre-coup [sic] distinct dans l’âme du lecteur. » (E. Caro)



J'avais plus d'une fois fait l'aumône, le soir,
A certaine pauvresse errant sur un trottoir.
Comme un spectre dans l'ombre, et d'allure furtive,
On la voyait passer et repasser, craintive,
Maigre, déguenillée, et prenant dans ses bras
Un pauvre corps d'enfant que l'on ne voyait pas :
Cher fardeau qu'un haillon emmaillote et protège
Et qui dormait en paix, sous la pluie et la neige,
Trouvant, près de ce sein flétri par la douleur,
Son seul abri, sans doute, et sa seule chaleur !

Elle tendait la main. Suppliante et muette,
Sous les rayons blafards qu'au loin le gaz projette,
Elle glissait rapide, et, dans les coins obscurs,
Au détour des maisons ou le long des vieux murs,
S'approchait, d'un regard vous disait sa misère :
Et, comme à ces tableaux tout coeur ému se serre,
On lui donnait.
Parfois, j'ai longuement rêvé
A ces grands dénûments [sic] qui hantent le pavé !

Faut-il poursuivre, hélas ! et ce que je vais dire,
La vulgaire pitié, l'accueillant pour maudire,
S'en fera-t-elle une arme ? Et dans chaque passant
Aurai-je fait germer un soupçon renaissant ?
Ah ! si par mon récit j'allais fermer une âme,
Rendre suspect le pauvre, et la misère infâme ;
Si je devais glacer un seul coeur révolté,
Si je devais tarir ta source, ô charité,
Et, rassurant tout bas l'égoïsme du sage,
Arrêter seulement un obole au passage,
Je me tairais ! - Mais non. Pourquoi cacher sans fin
Les conseils ténébreux qui naissent de la faim ?
Sondons pour mieux guérir ! Je hais le mal qu'on farde !
J'aperçois plus profond l'abîme où je regarde,
Mais non pas moins navrante et moins digne d'amour
L'affreuse vérité qui se dévoile au jour !


Et qu'importe, après tout ! Donnons dans chaque piège !
Devant la main qu'on tend, l'enquête est sacrilège.
Pour que le pauvre ait droit à notre charité,
Il suffit de sa honte et de sa pauvreté ;
Et tout ce qu'on découvre, et tout ce qu'on devine,
Ne doit rien retrancher de l'aumône divine !

Un soir, je vis la femme à vingt pas devant moi :
Elle précipitait sa course avec effroi :
On la suivait. Un homme, un agent, l'interpelle,
Et, traversant la rue, il marche droit sur elle ;
Il la saisit, du geste écarte brusquement
Le châle où reposait le pauvre être dormant,
Prend le bras qui résiste, et l'enfant tombe à terre !
L'enfant, non : pas un cri ne sortit de la mère.
Quelques haillons, noués d'un mauvais fichu blanc,
Jusqu'au bord du ruisseau vont en se déroulant ;
Et, comme j'approchais, l'homme au cruel office
De l'informe paquet me fit voir l'artifice.

Un éblouissement me passa sur les yeux ;
J'aurais voulu douter du spectacle odieux ;
Et, bien qu'on m'eût déjà confié ce stratagème,
J'éprouvais un dégoût à le toucher moi-même !
Ces enfants endormis que je rêvais si beaux,
N'étaient plus désormais que langes et lambeaux !
De quels noms vous nommer, prières, larmes feintes ?
Ô misère, qui joue avec ces choses saintes
Et peut si bien mentir que le coeur se défend
D'un désespoir de mère et d'un sommeil d'enfant !
J'allais m'enfuir, laissant la misérable aux prises
Avec l'agent, moins tendre à de telles surprises,
Quand j'entendis, tremblante et brisée, une voix
Qui m'implorait :
"Monsieur, c'est la première fois !
Si vous voulez me croire, et venir, et me suivre,
Vous verrez l'autre : il vit ! car le petit veut vivre !
C'est lui qu'hier encor je portais ; mais ce soir
Il fait si froid ! l'enfant est si chétif à voir !
Et, quand il tousse, on est si navré de l'entendre,
Que je n'ai pas voulu, pour cette fois, le prendre,
Car c'était le tuer, - vous comprenez cela ?...-
Et c'est pourquoi j'ai fait bien vite... celui-là !
Qu'on ne m'arrête point ! vous êtes charitable :
Venez, et vous verrez l'enfant, - le véritable."

Et la femme aux haillons devant moi sanglotait ;
Et j'ai cru, comme vous, ce qu'elle racontait.
(Poèmes populaires - 1870 ?)

09/05/2005

09/05/05 - 23:46

Such stuff as dreams are made on

Il est difficile d'expliquer à qui ne l'a pas éprouvée cette sensation, assez désagréable, de ne pas toucher terre, d'avoir dans sa propre matière corporelle une installation un peu décalée. Advenir au corps : frôler la flamme. Peurs celées aux caveaux des ascendances : de mon père et de ma mère, je devine qui m'a légué ces nids vaporeux d'antiques bêtes froides, humides, et pâles, craintives du soleil et de l'aplomb de la lumière, qui ne se risquent pas là où stridulent les grillons dévoreurs d'été.

Le monde est la somme des récits qui me composent, voila ce que voudrait me faire accroire un tempérament trop enclin à l'auto-méditation. Mais tous les récits ne sont pas possibles, sans doute, non. Il faut bien qu'il y ait de la nécessité quelque part, sans quoi les sciences ne pourraient croire en leur vérité, sans quoi, sans doute, j'aurais dérivé jusqu'à quelque non-être dont il n'est plus rien à dire, dixit quelque Vieux Grec.

Il est vrai, cette vielle querelle du réalisme (selon lequel il y a du monde indépendamment de moi qui le contemple) et de l'idéalisme (selon lequel le monde est essentiellementle produit de l'activité de mon esprit) ne m'intéresse guère : que pourrait bien m'apporter le départage de ces deux options ? La question ne me semble pas tranchable, sinon sous une hypothèse d'égale force métaphysique, portant en elle la conclusion précise à laquelle on veut arriver. Mais là n'est pas la question. Je souhaiterais, en fait, mon indifférence abyssale ; elle le serait sans doute, si j'avais résolu la question de la nécessité dans un monde dans lequel l'objectivité relève elle aussi d'une posture gagnée de haute et fort belle lutte.

Le point d'ancrage ne peut être théorique. Passer de rêve à veille, ce n'est pas affaire de savoir et d'agilité mentale. Le philosophe est faiseur de labyrinthes : Dédale moderne, prompt aux expédients subtils, technicien parfois sublime, et toujours pris entre deux fuites, entre deux chutes. J'ai soupé de cette philosophie-là, tresseuse de mondes stériles où elle enferme ses monstres - tout système cèle un Minotaure, on dit aussi : un cadavre dans le placard. La philosophie dort et, dormant, rêve - Cthulhu ftaghn.

Ainsi eût-elle sur moi un pouvoir hypnotique. Car mes rêves sont des labyrinthes dont la veille ne me délivre que de façon sporadique. La philosophie en temps de veille reproduit les architectures impossibles des villes et des actions qui m'empêchent, en mon sommeil, d'atteindre jamais ce que je souhaite, sinon la grandeur enivrante des paysages urbains. Avant de s'engager là, il faudrait... ceci... et cela... et encore cela... impossibles, eux aussi, à atteindre. Tout ce que j'en ai appris m'est aujourd'hui obstacle. Elle ne me dit rien des voies du corps. Elle ne m'enseigne rien des chemins de la liberté. Savoir débile qui peine à faire connaissance, tout juste quelques béquilles pour faire illusion. Je souhaiterais cesser de m'imaginer l'ignorance du sage.

Sortir du rêve et des labyrinthes - ici, le Traité du désespoir et de la béatitude de Comte-Sponville trouve une étonnante résonnance : il n'est rien d'autre que l'image des labyrinthes de son auteur, réfléchie sur ceux de la philosophie, dans une quête hors des dédales. CS lui aussi évoque comme un choc biographique la simplicité droite de l'Orient - bien loin des fastes somptueux et alambiqués de certain christianisme. Lui aussi dit comprendre le danger des espoirs, sinon de l'espérance vide d'objet. Lui aussi, avec d'autres : d'antiques Grecs, Montaigne, Foucault, Hadot, croit percevoir dans la philosophie autre chose qu'une discipline universitaire : une discipline de vie. Je ne pense pas pour autant qu'il fasse de la bonne philosophie, pas plus que je n'en serais capable. Trop méticuleux et trop embourbé dans la tradition. Paradoxalement, la très grande philosophie est celle qui parvient à s'arracher aux méandres de son temps pour effectuer une sortie du labyrinthe, mais, ultimement, retomber, tel Dédale, pour fonder ailleurs, et autrement, une nouvelle manière d'errance. Ce mouvement : ascension et chute, c'est cela, le rêve du philosophe, pouvoir le réaliser en un seul geste, qui résume tous les autres. Ce n'est jamais une sortie que pour un futur retour : la caverne rappelle, irrésistiblement, qui s'en éloigne. La sagesse ne saurait s'imaginer - seul le philosophe, si tant est que le sujet l'intéresse encore, s'y projette avec la délectation régressive de toute rêverie océanique. Sortir du labyrinthe, ce n'est pas quitter la caverne. C'est dissiper jusqu'à l'illusion du soleil et de la lumière.

J'ai la sagesse en rêve. C'est une erreur, bien sûr.

Il faudrait, décidément, que je me secoue. Prendre appui sur la nécessité - soit encore sur la finitude de ce corps qui met des barrières à l'imagination. Mais toute nécessiét est trop aride et trop tranchante pour être perçue telle quelle. Ses accès sont difficiles et ses contours restent flous, vus depuis nos univers oniriques. Rien alors n'a d'évidence. Et le nécessaire nous est problématique, à être ainsi trop simple.

Mais de temps en temps, quelque voile se lève, et tout est simple, et l'on ne désire plus rien que ce qui est et cela ouvre un tel espace, une telle liberté, que je ne comprends pas que je puisse encore traîner sur les marges - Zirconum m'a aidé, jadis, mais, tout comme Arjuna la Bhagavad Gîtâ, j'ai vite oublié ce qui fut dit - ou plutôt, l'endroit d'où j'ai pu l'entendre, j'en ai perdu le chemin. En fait, je procrastine. Avant de s'engager là, il faudrait... ceci... et cela... Peurs antiques.

 

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