23/06/2005Choses simplesLa vie spirituelle, nue, hors les artifices dont nous usons pour en parler, c'est un truc tout simple, si foutrement simple.
Tout le baragouin des discours de libération(transcendance, immanence, conscience, vide, pure expérience, énergie, voie, déité, tout, le Christ en l'âme, l'Un, l'être et sa garde, Satchitananda...) n'est que l'effet d'une rencontre entre la complication qu'induit notre besoin d'assigner des signification et cette "chose", brute, labile, fantasque, hors cadre ; rien de plus : un effet - onde de choc, lumineuse. S'accrocher à cet effet comme à la vérité peut devenir aussi néfaste que de s'accrocher à soi - me, myself and I.
La vie spirituelle est très éloignée de tous nos fantasmes de paradis. L'extase n'en est pas une manifestation privilégiée, c'est juste une autre possibilité offerte au corps. On s'imagine assez l'illumination, le nirvana, la naisance du Christ en soi, ... comme un accomplissement. Mais c'est tout juste le début de quelque chose. La vie matérielle n'en est pas rendue plus facile - ni miracle, ni magie. Simplement, on se déplace de façon plus fluide dans l'existence. On est réellement disponible. C'est tout. 15/06/2005dosChose sue : certains affects se concrétisent sur une place somatique - mécanisme inconscient de la projection hystérique, déjà. C'est pourtant toujours surprenant de s'en voir objet de l'efficace. Sans qu'il y aille d'une relation de réciprocité simpliste, certains des engrammes qu'ont déposés notre éducation dans notre propre corps sont bel et bien une base de travail possible pour une remise en mouvement de notre économie psychique.
Je me suis longtemps tenu sur mes deux pieds dans l'inconscience de mon dos. C'est sans doute pour cela que, délaissé au moins de mes attentions, il s'est courbé un peu dans tous les sens, que les muscles qui l'entourent comme une gaine au niveau du cou (sterno-cléido-mastoidien, semi-spinal, splénius, élévateur de l'épaule et autre trapèze) se sont peu à peu rétractés pour me laisser, peu visible à ceux que la silhouette indiffère, mais pourtant présente au point de m'en rendre désagréable le choix d'un pull, une bosse légère qui me porte les épaules et le cou en avant non s'en m'avoir par contrecoup influencé la cambrure. Est-ce un hasard ? J'ai toujours admiré les dos droits et les épaules larges, pas nécessairement musclées, mais déliées, oui.
Depuis quelques années, près de huit ans peut-être, j'ai décidé de tenter une remise d'aplomb. Passage chez un posturologue qui, à l'issue d'un check up complet, m'a fait rencontrer la kiné qui me suit jusqu'à ce jour. La méthode Mézière est exigente : ré-étirer l'ensemble des chaînes musculaire pour défaire ces rétractions qui ont rompu l'harmonie de la posture. On travaille tout, des orteils aux avant-bras, pour rendre au dos un peu de sa souplesse. Et l'on progresse, lentement parce que la bestiole est fort sédentaire et ne se laisse pas fléchir comme cela. De temps en temps, cliquet, quelque chose déhisce, et l'on gagne d'un coup quelques degrés en souplesse. Lent travail de sculpture de soi.
Je le connaissais de longue date, pourtant, mon dos. Il se donnait à sentir dans les picotements et la chaleur qui le parcouraient lorsqu'écrasé sur le tapis par le poids du corps, je me laissais aller à la relaxation. Pression des omoplates, rétraction du cou vers l'avant, douloureuse sans coussin pour soutenir la tête, arc autrefois si tendu des lombaires que je pouvais passer le bras entre dos et sol, fesses et coccyx en dernier appui avant l'extension des jambes. Oui, je le connaissais assez bien, déposé comme un grand sac dont on n'a pas trop l'usage. Très récemment, il y une semaine exactement, à l'occasion d'une séance avec mon psy, j'ai réalisé la place, toute différente, qu'il serait à même d'occuper dans mon économie psycho-sensorielle.
De ce dos qui se fait droit, je tire, on dirait, un nouveau tuteur. Les sensations qui s'y lovent me savent, mieux que d'autres et mieux que bien des représentations, me protéger des projections folles où mon imagination me précipite, vers l'avant toujours, dans les abîmes des labyrinthes d'impossibles actions que sont mes rêveries. L'assise, la grande assise du corps qui en fait une montagne - l'aïkidoka : montagne en mouvement - c'est dans le dos qu'on la trouve. Evidemment la formule est brusque, en fait à la hauteur de l'étonnement. Il faudra l'assouplir, une fois éventée l'ivresse de la découverte. Pour l'instant, juste ressentir l'effet de soutien généralisé que me procure l'affleurement conscient de cette sensation.
Tuteur : substitut au père. Mon dos, c'est là où vient se loger, pour la première fois sans doute dans le corps, quelque chose de la force paternelle : une limite, le sens de l'espace, la présence à soi. La force de résistance contre les chutes - morales et physiques, bien sûr. Dans le tissus d'associations du psychisme, prendre conscience du poids que mon dos supporte, du relais qu'il offre au contact des pieds au sol, non seulement renforce les sensations d'ancrage physique, mais défait les entrelacs obsessionnels qui font souvent mes sentiments partir en confusions. J'acquiers donc, provisoirement, un équilibre entre les forces d'illusions qui me projettent vers l'avant à l'extérieur de moi-même - la sensation non de sortie de soi, mais de déréalisation, est très nette - et cette force de rappel et de dégrisement serein que je sens dans le complexe des ligaments profonds qui entourent les côtes, les vertèbres et les disques.  |
| De quelques films
(notes de -3 : exécrable, à 4 : culte)
Valse avec Bachir- - Waltz with Bachir (3+ à 4) - … Le grand silence- - Die grosse Stille (3+) - Su-perbe. Mais n'y aller qu'à assumer des tendances contemplatives Le Labyrinthe de Pan (3) - Secouant
La science des rêves (2) - maladroit parfois, poétique souvent, très justement terrifiant par certains côtés, très bellement interprété
V pour Vendetta (2) - Je lui préfère la BD, néanmoins
L'iceberg (3) - Délicieux, burlesque, amer, tendre
Le malentendu colonial (2) - Lent à démarrer, puis essentiel.
Le goût du thé (3) - Halluciné, émouvant et requinquant
Le cauchemar de Darwin (2) - L'Afrique qui meurt, vision partiale, néanmoins
Mysterious skin (3) - Extrêmement troublant. Lire encore cela.
Autumn Me  |