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Honni soit qui troll y pense

Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas souvent aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
Je pense : L'encyclopédie est trop bavarde

Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour lundi 30 juin 2008 à 00:24)

23/09/2005

23/09/05 - 13:56

La Tarrasque à demi - de latélé de lamorkitu

Non, même moi, qui suit pourtant un affreux intello reviendu de tout, je ne pensais pas que c'était aussi terrifiant que ça. Je pouvais l'imaginer. Comme de la SF. Oui. Mais faut croire que je suis enore naïf. En tout cas, témoignage à lire. C'est rigolo-instructif-vivant.

Matoo et Dieg à la StarAc

22/09/2005

22/09/05 - 00:15

Mahâbhârata (V) - 2. Les exploits de Bhîma

Dans la première nuit de leur fuite, Bhîma déposa sa famille dans une clairière, étendis des palmes au-dessus de leur tête et commença à les veiller. Au matin ils repartirent. Et ainsi de suite, chaque nuit, Bhîma le sans sommeil assurait-il la garde tandis qu’il les portait dans la journée.

Il était inévitable qu’ils finissent par rencontrer des râkshasa. Ce sont des créatures maléfiques et repoussantes qui vivent dans les forêts, ont des pouvoirs magiques très puissants, une affinité certaine pour la nuit et un appétit féroce pour la chair humaine. Or, dans la forêt que parcourrait maintenant les Pândava vivait un tel râkshasa et sa sœur : Hidimba et Hidimbâ, ainsi qu’on les appelle. Voyant, endormis et gardés par le seul Bhîma, les Pândava et leur mère, Hidimba envoie sa sœur tuer le gardien. Mais voilà qu’elle tombe amoureuse de cet homme à l’extraordinaire stature. Son sentiment change son allégeance pour son frère en désir de traîtrise. Par magie, elle se présente à Bhîma sous la forme d’une très séduisante jeune fille et lui explique, sans mensonge, la situation, elle s’est éprise de Bhîma, Hidimba les tuera s’ils ne partent pas tout de suite, il arrive montez sur mon dos je vous emmène. Mais Bhîma se contente de sourire et va au devant du râkshasa qui, ayant constaté la tromperie de sa sœur, s’avance plein de rage dans la clairière. Un immense combat s’ensuit, au cours duquel Bhîma défait horriblement son monstrueux ennemi. Les Pândava et leur mère, qui ont assisté au duel, décident qu’il faut partir : la mort d’un râkshasa ne passe pas inaperçu et Duryodhana pourrait en avoir vent. Hidimbâ suit les Pândava, et Bhîma, quoique réticent, finit par l’accepter pour épouse (1).

Il part alors s’isoler avec la râkshasî. Grâce à ses pouvoirs, celle-ci l'emporte loin, sur les pentes fraîche des montagnes. Ils auront un fils, puissant et sombre, qui grandira sitôt né jusqu’à devenir un adolescent eu regard terrible, au corps musculeux, à la tête chauve : Ghatotkacha. Dès sa naissance, la mère et le fils redent Bhîma à sa propre famille et disparaissent : Ghatotkacha reviendra dès que son père aura besoin de lui.

Après une courte période d’errance, les Pândava se rendent à Ekachakrâ, paisible village où ils sont inconnus et peuvent s’installer chez un homme suffisamment fortuné pour leur offrir une partie de son toit. Ils vivent de mendicité, comme de simples brâhmanes. Mais le lieu est terrorisé par un autre râkshasa, plus terrifiant encore que Hidimba : Baka est son nom. Périodiquement, le village doit lui envoyer son tribut en nourriture sur un char conduit par un homme du village ; le monstre dévore le contenu du char, les animaux de bât et le conducteur. Et cette fois-ci, c’est au tour de l’hôte des Pândava. Kuntî insiste pour que Bhîma prenne sa place, mais le secret doit en être gardé – il ne s’agit pas que Duryodhana l’apprenne. Le bonhomme, dont la famille est désespérée, se laisse convaincre. Bhîma, de bon matin, part donc tuer Baka. Pour l’enrager, il mange toute la nourriture présente dans le chariot. Un terrible combat s’ensuit, les arbres alentours, utilisés comme massues et armes de jet, n’y résistent pas ; pas plus que le râkshasa, dont Bhîma laisse l’immense carcasse, brisée par le milieu, sur le champ de leur lutte et s’en retourne discrètement au village. Pour préserver son anonymat, on y fait croire que c’est une entité céleste qui a sauvé l’homme qui devait mourir ce jour-là.

C’est alors que parvient à Ekachakrâ la nouvelle du prochain mariage de la fille de Drupada.


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(1) selon un mode archaïque d’épousailles par consentement mutuel.


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Lexique
Personnages
Règles simplifiées de prononciation

21/09/2005

21/09/05 - 23:18

Mahâbhârata (V) - 1. Les Pândava en danger

Les Pândava n’étaient pas chez eux. Cela faisait un certain temps déjà. On les croyait mort, eux et leur mère, pour tout dire, transformés en statues de charbon dans le piège de la maison de laque, que la rumeur disait non sans raison avoir été mise à feu par leur cousin Duryodhana. Il faut dire que depuis leur plus jeune âge, avant même l’arrivée de Drona, l’aîné des Kaurava tentait de se débarrasser d’eux. De Bhîma surtout, dont la force, turbulente et irrésistible, était une cause de frustration à ces âges où les garçons aiment briller par la puissance de leur corps.

« Vous souvenez-vous, rappelait Yudhishthira à ses frères, de cet été si beau où nous étions allés jouer sur les bords du Gange ?»

Duryodhana avait alors donné à Bhîma des friandises empoisonnées, et lorsque qu’après une baignade joyeuse, le Pândava s’était senti pris de fatigue sous l’effet du poison, Duryodhana, alors que tous s’étaient éloignés, l’avait ligoté et jeté dans l’eau rapide où il avait rapidement sombré.

Heureusement, le poison fut neutralisé par les morsures des serpents qui vivent dans le royaume sous les eaux. Bhîma, réveillé enragé de se retrouver ligoté, déchire ses liens et tue les serpents, jusqu’à ce que leur roi s’approche et le calme : ils sont apparentés, puisque l’arrière-grand-père de Kuntî est l’un d’entre eux. Bhîma se calme et accepte l’hospitalité des serpents – appelons-les nâga, ils peuvent prendre apparence humaine. On propose à Bhîma alors une boisson qui, lui dit-on, donne la force de mille éléphant à qui peut en boire une jarre. Sous les yeux médusés de ses hôtes, Bhîma vide huit de ces jarres. Fort de la force de huit mille éléphants, il dort alors huit jour dans le royaume sous les eaux, à la suite de quoi, inquiet pour ses proches, il est raccompagné à la surface par les nâga.

« Et je vous ai demandé de n’en parler jamais, conclut Yudhishthira. La suite a montré la sagesse de cette décision. Car si Duryodhana l’avait su, il aurait plus tôt mis à exécution le plan de la maison de laque pour nous détruire tous. »

Des années plus tard, en effet, Duryodhana avait trouvé moyen d’envoyer les Pândava et leur mère passer du temps loin d’Hâstinapura dans une ville de festival. Une demeure les y attendait, faite toute entière de matériaux inflammables, la laque notamment. Comprenant les intention de leur cousin et se sentant espionnés, les cinq frères, bien conseillés avant leur départ, décidèrent d’une part de faire en grand secret creuser un tunnel sous la maison, et d’autre part de passer du temps à la chasse pour mieux connaître la région. Un soir, alors que cinq jeunes hommes et leur mère dormaient dans la maison après avoir ^ris part à un banquet donné par Kuntî où ils n’étaient pas invités, les Pândava anticipèrent l’action de l’espion de Duryodhana et mirent le feu à la maison avant de s’enfuirent par le souterrain qu’ils scellèrent de façon à ce que même dans les ruine on ne pût le découvrir. Tous crurent à leur mort : les six cadavres en témoignèrent (1). L’espion de Duryodhana avait lui aussi péri dans l’incendie, ce qui fut pauvre consolation.

Pendant ce temps, les Pândava fuyaient, portés par Bhîma à la force polyéléphantesque, juchés sur ses épaules, son dos et ses hanches, parce que tous, et Kuntî en particulier, étaient trop las pour faire face aux chemins de forêt, en pleine nuit. Ainsi de la distance fut mise entre les Pândava et la menace kaurava. Un long séjour dans la forêt devait s’en suivre, annonciateur d'un autre, plus lointain et plus long encore. Pour l'instant, sans ressource ni possibilité de rentrer au royaume, il ne leur restait plus rien de leur grandeur royale que leur éducation et le potentiel de leur naissance.


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(1) ce point ne sera jamais imputé à charge aux Pândava. Il n’est pas reluisant, selon nos critères. Ces six personnages sont des Nishâda, caste parmi les plus basses des basses et unanimement méprisée dans tout le Mahâbhârata. Ils sont issus de tribus dravidiennes, chassées vers le Sud par les Aryens, et tenus à l’écart de la vie politique et économique des états.


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Lexique
Personnages
Règles simplifiées de prononciation

21/09/05 - 22:42

Mahâbhârata (V) - 0. Le désir de Drupada

« Drupada, tu vois, il avait pu admirer les prouesses des Pândava. Et il les admirait, beaucoup.
- Il est pas rancunier, dis !
- Ah, si, mais il savait bien que les Pândava ne l’avaient défait que parce qu’ils devaient quelque chose à Drona. C’est Drona qu’il haïssait.
- Et qu’est-ce qu’il a fait, alors ?
- Il a beaucoup cherché. Et il pensait que ce serait bien d’avoir les Pândava dans son camp. Mais il savait pas comment faire. Et il voulait aussi un moyen sûr à 100% de détruire Drona. Alors il s’est dit que seuls les dieux pourraient lui donner l’objet de son désir.
- Et il a trouvé ?
- Ben oui, sinon il n’y aurait pas d’histoire !
- Ben y aurait au moins l’histoire des Pândava et tous les autres cousins, non ?
- Non, justement, c’est ça qui est bizarre avec le fil des histoires. Ça s’emmêle dans tous les sens, parfois, on n’y comprend plus rien, mais il suffit, comme ça, d’un fil pour faire tenir le tout. Tu enlèves le fil, ya pas d'histoire. Et le désir de revanche de Drupada, c’est l’un de ces fils.
- Juste parce qu’il voulait tuer Drona ?
- Oui, juste ça. Mais ça a eu d’autres conséquences.
- Oui ?
- Ben oui. L’outil qu’il a obtenu pour tuer Drona, il était doublé d’un autre outil, bien plus dangereux !
- Ah ? C’est quoi ?
- Une femme.
- Une femme ?
- Draupadî. Ca veut dire "la fille de Drupada", mais on l'appelle presque toujours comme ça. C’est son nom. Enfin l’un de ses noms. Ils ont tous plein de noms, mais je vais pas te noyer avec ça.
- Et elle a fait quoi ?
- Elle a été l’objet d’un pari entre les Pândava et les Kaurava. Et ça ne lui a pas plu. Du tout.
- Et elle a détruit tout le monde avec ses super-pouvoirs ?
- Toi tu lis trop de comics.
- C’est pas des comics, c’est des manga.
- Peu importe, non, elle a pas de super-pouvoirs, c’est une femme, c’est tout, mais elle était mariée aux Pândava, au moment du pari, c’est ça qui change tout. Il faut faire attention quand on entre dans la sphère d’influence des Pândava. Les Kaurava ne l’ont jamais compris, tu vois.
- Attends, attends, attends… Tu dis qu’elle est mariée aux Pândava… Aux cinq ? C’est pas possible ça, je croyais qu’en Inde...
- Oh la laaa ! Du calme ! On va en parler. Tout de suite allez. »

21/09/05 - 13:03

Behind porn

Trouvé, déjà ancien, sur le blog de Matoo, cet article, essentiel.

Sortir du débat écran sur l'effet de la pornographie et reposer une ou deux questions éthiques. Rarement a-t-on exposé avec plus de justesse.

17/09/2005

17/09/05 - 17:05

Mahâbhârata (IV) - 2. L'enseignement de Drona

Mais pourquoi Drona cherche-t-il à rentrer au service de la dynastie Kuru ? Une seule raison : pour se venger de l’humiliation que lui a fait Drupada. Et comment cela ? Simplement en réclamant de ses élèves, pour prix de son enseignement, une victoire sur le royaume de Drupada des armées Kuru conduites par les jeunes princes. Car tout élève doit à l’enseignant une dakshina pour prix du savoir acquis. Mais pour l’instant, tout cela, Drona le tait. Il est tout à sa tâche, qui est de faire de ces princes agités des guerriers disciplinés, à même de saisir toutes les subtilités de l’art de la guerre, celui-là qui sait remporter les royaumes par la force ou la simple menace. Conduite des chars, tir à l’arc, art de l’épée, art des disques aux cœurs adamantins et aux contours acérés et barbelés, formations des armées, stratégies, anticipation des mouvements de l’ennemi, utilisation des éléphants ivres de guerre, mais aussi certain savoir plus étrange : connaissance des armes magiques, qu’on n’obtient que par les plus sévères méditations, entraînement du corps, de l’esprit et des affects à même de préparer le guerrier à les contrôler – les lancer et les récupérer – le jour où il les recevra : tout ce que contenait le vaste savoir de Parashurâma.
Et les princes sont doués. Mais le plus doué d’entre tous, et le préféré de Drona, reste le fils d’Indra, le troisième Pândava, Arjuna. Au début, pourtant, Drona favorise nettement son fils, Ashvatthâmâ. Ayant remarqué les dons prodigieux d’Arjuna, il ordonne que jamais le fils de Pându ne se voit servi son repas dans le noir. Etrange précaution ! Elle est justifiée, bien sûr : un jour qu’Arjuna prend un repas tardif, un brusque courant d’air souffle la flamme de la bougie. Arjuna poursuit son repas, menant les aliments à sa bouche par automatisme. Se rendant compte de la force des habitudes, il lui prend alors de régulièrement s’entraîner au tir à l’arc dans le noir. Drona découvrant cela, conscient de ce que son fils même n’est pas à la mesure du talent d’archer d’Arjuna, lui promet de faire de lui le plus grand des archers ayant jamais existé – parole qu’il tiendra, parfois cruellement : il y a là d’autres histoires que l’on taira, de peur d’alourdir d’incises un récit qui n’en manque pas.
A l’heure venue, Pândava et Kaurava sont de jeunes adultes tout disposés à la guerre. Drona exige alors le prix de son enseignement : la capture de Drupada et la remise entre ses mains de son royaume. La guerre est déclarée. Les Kaurava s’élancent à la conquête de la ville, amis sont bientôt repoussés par Drupada, formidable guerrier. Les Pândava attendent à l’arrière, avec la seconde vague. Ils s’élancent lorsque reflue vers eux la cohorte en déroute de leurs cousins. Leur avancée est massive. Rien ne résiste à l’épée de Yudhishthira, à la massue de Bhîma devant laquelle s’écroulent les éléphants, à l’arc d’Arjuna – Nakula et Sahadeva sont, à leur habitude, les ombres de leurs frères. Drupada est rapidement fait prisonnier et ramené à Drona. La colère des brâhmanes n’est pas celle des rois : vive, elle retombe vite. Drona pardonne à Drupada, lui renouvelle son amitié, lui rend la moitié de son royaume et en garde pour lui-même la partie Nord. Le roi, vaincu, faisant malgré tout bonne figure à son « ami » retrouvé, comprend que face à un brâhmane, il n’est pas de victoire par des moyens traditionnels. Le cœur rongé du désir de la revanche, il se lance dans la quête de celui qui pourra défaire Drona sur le champ de bataille. Et de son désir de revanche, naîtra aussi l’outil qui précipitera la fin d’un monde.

17/09/05 - 17:03

Mahâbhârata (IV) - 1. Retour à Hâstinapura

À Hâstinapura, c’était temps de deuil. Les Pândava y étaient revenus, mais sans leur père et accompagnés de sa co-épouse la plus âgée, Kuntî. La malédiction qui poursuivait Pându avait fini par le rattraper un beau jour de printemps où, s’étant éloigné aux bords chantants d’une rivière avec sa seconde épouse, il n’avait pu réfréner la montée de Kâma, le sauvage dieu de l’amour et avait péri au moment même où, pris par l’ivresse du désir, il se rapprochait de son épouse. Mâdrî, en vain, avait tenté de l’en dissuader ; il expira entre ses bras. Les rites avaient été effectués au bord de la rivière, et Mâdrî avait tenu à l’accompagner dans le feu de la crémation – ses deux fils, Nakula et Sahadeva, elle les avait confiés à Kuntî, sachant qu’elle saurait s’en occuper comme s’ils étaient nés de son sein.
Très vite, il était apparu qu’il fallait canaliser l’agressivité des jeunes princes. Les cousins étaient turbulents et ne s’aimaient guère. Duryodhana en particulier haïssait Yudhishthira qu’il savait devoir un jour prendre le trône ; et plus encore Bhîma, son rival à la massue, cette arme dont le propre frère de Krishna, Balarama, leur enseignait le maniement – et Duryodhana y avait acquis un style que Bhîma, à la force brute n’aurait jamais. Il leur fallait un précepteur qui puisse discipliner leur jeune adolescence, voila ce à quoi songeait l’aïeul, le grand-oncle, Bhîshma.
Un jour que Pândava et Kaurava jouent dans un jardin près de la cité, leur balle tombe dans un puit. Les princes, fort ennuyés, sont incapables de l’en récupérer. C’est alors qu’un brâhmane au teint sombre, passant à proximité, leur demande la raison de leur désarroi. La réponse que lui font les jeunes garçons suscite son rire et ses moqueries : quoi, des kshatriya incapables de réaliser ce qu’un modeste brâhmane peut faire à l’aide simples brins d’herbes ! Et, investissant une poignée arrachée à côté du puits du pouvoir d’un mantra murmuré les yeux clos, il entreprend de ficher le premier brin d’herbe dans la balle flottant au loin dans l’eau du puits, puis le second brin dans le premier, le troisième dans le second, ..., jusqu’à ce qu’une chaîne se forme dont l’extrémité soit à portée de main, et qu’il suffise de tirer dessus pour remonter la balle ! Et lorsqu’il parvient, d’une seule flèche, lancée depuis a margelle jusque dans les profondeurs de l’eau à faire remonter, prise dans le pointe et par jeu de ricocher, une bague empruntée pour l’occasion à l’un des princes, les jeunes garçons, médusés et effrayés, demandent qui il est à cet homme à la guise d’un brâhmane mais dont la puissance semble celle d’un dieu, celui-ci se contente de le renvoyer vers Bhîshma, qui, entendant le récit de cet après-midi, devrait pouvoir le reconnaître. Et de fait, Bhîshma comprend dans l’instant que le précepteur qu’il cherchait est arrivé : Drona, héritier d’une science des armes qui a décimé plusieurs générations de kshatriya, est le seul qui puisse convenir à la grandeur des bhâratides, le seul qui aura assez d’autorité pour contenir les cousins sous la férule de son enseignement.

17/09/05 - 17:02

Mahâbhârata (IV) - 0. Adolescences

La jeunesse... C’est toujours turbulent, la jeunesse. Ça se vit dans le sentiment que le monde est offert, vaste terrain de jeu et de pouvoir où peuvent s’actualiser tout ce que contient de possibles l’humanité vibrante que l’on sent vibrer en soi, intolérablement parfois.
Ils furent, dès leur jeunesse, ostensiblement plein des promesses de leur avenir. Et les liens qui se tissèrent alors entre les cousins ennemis avaient recueillis quelque chose des déplorables augures qui présidaient aux événement d’une ère en décrépitude ; mieux : ils les accomplissaient déjà. À l’admiration des rivalités joyeuses s’étaient substituée la jalousie, l’envie, et la haine. De sous la terre venait sourdre, putride et invisible aux yeux des hommes qui vivaient encore dans l’innocence de l’âge ancien, des désirs de domination, l’insatiable inquiétude de l’ogre Pouvoir qui n’aurait assez que des Trois Mondes, et encore. Mais, en ces temps de jeunesse, où se fourbissaient les armes pour un futur de violences, les outils dont devaient se servir ces appétits étaient trop jeunes et trop faibles encore pour que leur avidité pût même trouver un début de contentement. Il fallait attendre, et apprendre.
Temps d’enseignement, donc. Le temps des Maîtres, de la déférence qu’on leur doit et du prix qu’on paye en rétribution d’un enseignement hérité d’une lignée ininterrompue de maîtres et de disciples. Ceux-là furent Princes. Il leur fallait apprendre tout de l’art de gouverner (
artha), depuis les subtilités de la diplomatie jusqu’à, suprême, l’art de la guerre. Le temps des amours (kama) viendrait plus tard, sans doute. Quant à la justesse dans les actions humaines et cosmiques (dharma) et plus encore le but ultime de l’homme (moksha), cette libération que l’on trouve évoquée, cryptique, dans les textes conclusifs des veda, bien peu d’entre eux sauraient qu’il y avait même là quelque chose à chercher.

17/09/05 - 01:10

Spânda - le frémissement

Parfois, nous sommes cette vibration que réveille une musique.

Girija Devi chantait ce soir au Théâtre de la Ville. Le Bhajan de Mirabaï dont elle a cloturé son concert résonne encore de cette simplicité directe qui n'appartient qu'à dieu. Léger, présent, juste. Plein. Comme tous les instants qui ont suivi depuis que je suis rentré chez moi.

Un peu de tout cela rejaillisse ici, et là. Vous et moi sommes si proches.

03/09/2005

03/09/05 - 13:18

Personnages du Mahâbhârata

Petit lexique des noms dans le Mahâbhârata – très loin d’un Who’s who exhaustif !

Les ancêtres
Le Grand-oncle de Pândava et Kaurava, conseiller du royaume, qui a fait vœu de chasteté, tout en refusant de jamais s’asseoir sur le trône : c’est Bhîshma.

Dans l’ascendance de Bhîshma, on connaît les rois Kuru qui donne son nom, par déricvation, au roi règnant (on peut parler ddu Kuru règnant) ; et Bharâta, plus ancien encore, dont le nom est celui de la lignée tout entière.

Les Kaurava
Ce sont, au sens strict, les fils du roi régnant. Il sont dominés par leur frère aîné et suivent sa volonté mauvaise. Pour la commodité du lexique, j’y inclus l’ensemble de la famille royale régnante. On y distingue :

  • Le roi lui-même, aveugle de naissance, Dhritarâshtra. Il n’aurait jamais dû régner, mais son frère lui remet un pouvoir que ne pouvait prendre Bhîshma, du fait de son vœu. Il est entièrement sous la coupe affective de son fils aîné. ;

  • La reine, Gândhârî qui a rejoint son mari dans la cécité en se voilant définitivement les yeux. Elle a obtenu, par bénédiction, d’avoir cent fils.

  • Leur fils aîné, Duryodhana, dévoré par l’appétit du pouvoir, manifestation sur terre d’une volonté des asura – les démons.

Les alliés des Kaurava
  • Karna est un allié puisant des Kaurava. Fils de Kuntî et du soleil, il eût été l’aîné des Pândava si sa mère, qui l’a abandonné à sa naissance, avait plus tard pu avouer sa faute. Karna ne sera pas un Pândava, et rejoint le rang des Kaurava.

Les Pândava
Ce sont, au sens strict, les fils de Pându. Par commodité, j’y inclus l’ensemble de sa famille.

  • Pându, roi légitime, quoique fils cadet du roi précédent. La cécité de son frère aîné, lui a permis d’accéder au trône. Une malédiction l’empêche de pouvoir coucher avec ses femmes sans en mourir : il remet le trône à son frère et s’exile dans les Himâlaya. Il aura tout de même des enfants, grâce au mantra que possède sa première femme.

  • Kuntî est la première femme de Pându. Dans sa jeunesse, elle a obtenu un puissant mantra qui lui permet d’invoquer un dieu et d’en obtenir un fils. Trop tôt, ayant invoqué le soleil, Surya, elle en a eu un fils, abandonné dès sa naissance : Karna. Elle fera bénéficier Pându de ce mantra pour qu’en son nom, des dieux choisis par lui lui suscitent des fils. Il y en aura trois : Yudhishthira, Bhîma, Arjuna. Prêtant son mantra à sa co-épouse, Mâdrî, elle permet à Pându d’obtenir cinq fils divin, les cinq Pândava.

  • Mâdrî est la seconde épouse de Pându. Par gentillesse de Kuntî à son égard, elle donne à son mari les jumeaux, Nakula et Sahadeva.

Les cinq fils de Pându sont :
  • Yudhisthira est fils de Kuntî et de Dharma, dieu du dharma. Il est destiné à être le roi jute par excellence.

  • Bhîma est fils de Kuntî et de Vayu, le vent. C’est un guerrier à la force colossale.

  • Arjuna est fils de Kuntî et d’Indra, roi des deva. C’est le guerrier parfait, grand ami de Krishna, d’une amitié qui dépasse les réincarnations.

  • Nakula et Sahadeva sont les fils de Mâdrî et des jumeaux divins Asvin. Se contentent d’être beau. Il n’en est presque jamais question, et aucun ressort narratif ne leur est associé.

Les alliés des Pândava

  • Krishna, l’un des plus grands avatâr de Vishnu, est lié à Arjuna par une amitié indéfectible.

Les professeurs

  • Le plus grand des professeurs es armes qu’auront les jeunes cousins (Pândava et Kaurava) est sans conteste Drona. Brâhmane poussé dans la voie des armes par désir de vengeance de Drupada, qui l’a humilié, il obtient de Parashurâma le gigantesque – et périlleux – savoir de la guerre. Son fils, Ashvatthâmâ est son disciple préféré, et partage nombre de ses secrets. Mais Arjuna lui ravira très tôt cette place.

Les non-humains


    Les personnages secondaires

    • Parashurâma est un avatar de Vishnu. Il est venu au monde dans le corps d’un brâhmane. Je ne crois pas que Krishna et lui se soient jamais rencontré, et ne suis pas même sûr que Parashurâma était conscient de son statut. Parce qu’un roi (kshatriya), de façon injuste, a mis fin à la vie de son père, il voue son existence à décimer la terre de ses kshatriya, caste ignorante de son dharma, indigne de régner. Vingt-et–une générations passent au fil de sa hache (parashu). Une de trop. Comprenant qu’il doit s’arrêter, il se retire et distribue tous ses biens à des brâhmanes - c’est à cette occasion que Drona le rencontre et obtient de lui ses armes et la science de leur maniement. Il poursuit ensuite son existence en méditation et pénitences.


    03/09/05 - 12:30

    Mini-lexique Sanskrit-Français

    Les noms de personnage figurent en roman, les concepts en italique.

    A
    adharma
    Contraire du dharma : désigne un discord d’avec le juste équilibre des choses, et donc la proximité de troubles plus ou moins graves – famines, tempêtes, catastrophes, guerres, etc.
    Arjuna
    Troisième fils de Pându et Kuntî. Issu d’Indra. Guerrier le plus accompli. Assurera la renommée du royaume sur toute la surface de la terre – et même dans les cieux d’Indra. Grand ennemi de Karna.
    asura
    Divinités démoniaque dont le royaume est le monde sub-terrestre. Aspirent sans cesse à la suprématie sur les trois mondes, ce qui est le comble de l’adharma – refus du juste ordonnancement des choses. Sont stoppées dans leurs tentatives par les deva.
    Ashvatthâmâ
    Fils de Drona, son disciple préféré avant qu’Arjune ne vienne lui prendre cette place.
    B
    Bhîshma
    Fils de Shantanu, grand-oncle à la fois des Pândava et des Kaurava. Il a fait vœu de chasteté et a abandonné le royaume aux fils de la seconde épouse de son père – ses neveux.
    Bhîma
    Second des Pândava, né de Vayu, le vent. Sa force, colossale, vaut celle de mille éléphants, dit-on. Il est impulsif et généreux, comme son père.
    C
    D
    dakshina
    Honoraire sacrificiel : prix que l’on remet pour sa charge à l’officiant d’un rite. C’est aussi le prix qu’un élève doit à son enseignant. Donné une fois que l’enseignement est achevé. Plus spécifiquement, c’est le don, quel qu’il soit, que l’on fait à son maître spirituel – en ce sens, ce n’est pas un paiement, mais un exercice spirituel en soi.
    deva
    Divinités dont le royaume est le ciel et le roi, Indra. Combattent sans relâche les tentatives des asura de s’emparer des trois mondes. Sont immortels le temps que dure le monde. Sont résorbés avec lui périodiquement. Inférieurs en puissance à Brahmâ et, surtout, Vishnu et Shiva.
    dharma
    Le juste équilibre des choses en tant. Appliqué à un individu, signifie son devoir, en tant qu’il est, pour lui/elle, de réaliser les fonction de la position qu’il occupe dans le monde ; D’une certaine façon, le dharma témoigne d’une vision fonctionnaliste des choses – ou d’une morale et d’une ontologie fonctionnalistes. C’est en lui – dans son déséquilibre – que le Mahâbhârata trouve son ressort narratif de fond.
    Dhritarâshtra
    Règne sur le royaume des descendants de Kuru. Aveugle de naissance. Père des Kaurava. Passe tout à son fils aîné, ce qui entraîne la ruine de sa lignée.
    Drona
    Brahmâne qui, pour se venger de l’offense que lui a faite le roi Drupada, prend le destin d’un Kshatriya en allant demander ses armes et le savoir de leur maniement à Parashurama.
    Drupada
    Roi, cousin très éloigné des Pândava et Kaurava – c’est néanmoins un bhâratide. Il promet dans son enfance son aide à un camarade de jeu Drona, lorsque plus tard il sera roi. Cette promesse est oubliée et Drona, brâhmane pauvre, humilié publiquement, fait secrètement vœu de se venger.
    Duryodhana
    Fils aîné de Dhritarâshtra et de Gândhârî. Grand ennemi des Pândava – du Bhîma plus particulièrement. C’est lui qui mène le royaume à sa perte et en provoquant la grande guerre que relate le Mahâbhârata.
    E
    G
    Gândhârî
    Épouse de Dhritarâshtra, mère de Duryodhana. Apprenant la cécité de son futur époux, elle s’était bandé les yeux, refusant définitivement la lumière du jour.
    H
    Hâstinapura
    Capitale du royaume des Kaurava.
    I
    Indra
    Divinité qui préside aux humeurs du ciel. Manie le foudre, arme redoutable. Roi des deva.
    K
    Karna
    Fils non reconnu de Kuntî et de Surya, le soleil. Possède une armure et boucles d’oreille naturellement unis à son corps. Abandonné à la naissance pr sa mère trop jeune, est recueilli et élevé par un cocher. Sera connu sous le nom méprisant de « fils du cocher ». Plus brillant que son grand ennemi, Arjuna, si c’est possible, mais voilé par la disgrâce de sa naissance.
    Kaurava
    Désigne les cent fils du roi régnant sur le royaume de Kuru à l’époque du Mahâbhârata – Dhritarâshtra.
    Kuntî
    Première épouse du roi Pându. Possède un puissant mantra qui lui permet d’invoquer un dieu pour en avoir un fils. Tous ses enfants seront engendrés de la sorte. Mère de Karna et des trois principaux Pândava, Yudhishthira, Bhîma et Arjuna. Prend en charge les fils de sa co-épouse Mâdrî à la mort de celle-ci : Nakula et Sahadeva.
    M
    Mahâbhârata
    Geste des descendants de Bhârata – un ancêtre de Kuru. Résumé du résumé : deux lignées de cousins se détestent, luttent pour le royaume, se font la guerre, s’entre-tuent presque totalement et finissent – pour un temps - au Paradis.
    Mâdrî
    Seconde épouse du roi Pându. Grâce au mantra que lui prête Kuntî, engendre Nakula et Sahadeva, fils des dieux jumeaux Ashvin.
    N
    Nakula
    Fils de Mâdrî et de l’un des dieux jumeaux Ashvin. Frère de Sahadeva. D’une beauté inégalée.
    P
    Parashurâma
    Avatar de Vishnu. Venu au monde dans le corps d’un brâhmane. Porteur depuis l’enfance d’une hache (parashu). Parce qu’un kshatriya, de façon injuste, a mis fin à la vie de son père, il voue son existence à décimer la terre de ses kshatriya. Après avoir fait passer vingt-et–une générations passent au fil de sa hache, il se retire et distribue tous ses biens à des brâhmanes. C’est à cette occasion que Drona le rencontre et obtient de lui ses armes et la science de leur maniement.
    R
    S
    Sahadeva
    Fils de Mâdrî et de l’un des dieux jumeaux Ashvin. Frère de Nakula. D’une beauté inégalée.
    V
    Veda
    Groupes de textes sacrés. Leur contenu est résorbé lors de toutes les fins de grand cycle cosmique avec le reste de la création et systématiquement ré-engendrés à chaque recréation. Leur révélation première se fait par audition par des très grands ascètes, puis est transmise par voix orale. Leur fixation par écrit en quatre grands groupes est, théoriquement, accessoire. Le plus célèbre est le Rig-Veda, contenant bon nombre d’hymnes et de récits cosmogoniques de l’Inde ancienne.
    Vyâsa
    Auteur et acteur du Mahâbhârata. Ascète, formidable propagateur des Veda.

    03/09/05 - 12:25

    Lexiques - Présentation et translittération

    Les choses mahâbhâratines allant s’étoffant, je pense proposer en trois posts – celui-ci compris - un modeste lexique, présentant, au fur et à mesure de leur apparition, les termes sanscrits, concepts ou noms de personnage, dont je ferai usage. Il comprendra essentiellement deux parties.

    La première propose les mots dans l’ordre alphabétique.

    La seconde présente les seuls personnages, selon une classification thématique, de façon à ce qu’il soit facilement aisé de retrouver, par exemple, le nom du roi aveugle père des Kauravas.

    Pour ce qui concerne l’écriture dans notre alphabet des termes sanskrits, nos polices usuelles ne possédant pas assez de lettres pour transcrire la translittération précise de l’alphabet sanskrit (devanâgarî), j’utilise une transcription standard approchée, dont la prononciation rend approximativement l’original – pour ceux qui s’interrogeraient, non, je ne parle, ni ne lis, le sanskrit, à quelque degré que ce soit. Juste quelques règles phonétiques minimales :

    Voyelles

    • Une voyelle accentuée – toujours par un circonflexe – est longue : comme si on la redoublait

    • Il y a des diphtongues en sanskrit – mais je ne les connais pas

    • e se prononce é : veda > véda

    • u se prononce ou : Arjuna > Ardjouna

    • Les autres voyelles se prononcent comme en français

    Consonnes

    • ch se prononce tch

    • g est toujours guttural – comme dans guttural ou gouttière - quelle que soit la voyelle qui le suit : Bhagavad Gîtâ > bagavade guita

    • h est toujours légèrement aspiré – expiré, en fait : comme un souffle. Le locuteur français se porte fort bien de ne pas le marquer.

    • m peut être nasalisé entre une voyelle et une consonne, dans cet ordre – mais il faudrait un signe diacritique pour le noter, la règle n’étant pas systématique. On s’en passera en première approximation.

    • n idem que m.

    • r est légèrement roulé, comme les anciens speakers de radio ou chanteurs populaires de la même période – Piaf.

    • s est toujours sonore, jamais voisé (un sifflement, non un zézaiement) : asura > assoura

    • sh se prononce ch

     

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