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Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas nécessairement aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
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Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour mardi 5 août 2008 à 02:50)

26/01/2005

26/01/05 - 13:39

Demande d'infos

Je suis assez désemparé sur le sujet suivant (entre autres) :

Le récit de la Genèse raconte comment le couple primordial fut chassé du Paradis Terrestre suite à un acte daont la signification exacte est encore et toujours objet de glose. La tradition, très rapidement, en est arrivé à se référer à cet épisode comme à une chute, au point que le terme, affublé d'une majuscule, devienne synonyme de la faute originelle, de son récit et de sa punition.

Le problème est que ce mot n'apparaît pas en ce sens dans l'Ancien Testament (les Juifs ne parlent pas de chute à ce sujet), que ce qui en est de plus proche se trouve sous la plume de Saint-Paul (seul à ma connaissance à employer le verbe tomber en un sens moral), ou dans l'emploi de skandalon, souvent traduit par occasion de chute et qui dérive d'un verbe grec signifiant trébucher - mais pour ce que j'en sais, ce terme n'est jamais employé pour parler de l'épisode de la Genèse.

Par ailleurs, il est vrai, les premiers Chrétiens furent très tôt pétris de néo-platonisme, où le concept est largement référencé - sans doute depuis le Phèdre de Platon (lui même l'héritant de l'orphisme ?). Au point que les gnosticismes - hérésies chrétiennes ayant fleuri du IIè au IVè siècle - en ont fait un élément central de leur dispositif conceptuel (chute des âmes dans le monde du mauvais créateur, etc.). Bon.

Mais je ne connais pas la cheville qui fait passer la chute néo-platonicienne des âmes à la Chute édénique de la Bible. Trouver des références précises là-dessus est très difficile. Si d'aventure vous aviez quelques idées, je serais preneur (Lysias ?). Eventuellement des sites (même anglais) où je pourrais poser la question ?

commentaires

26/01/05 - 14:35

1) Les récits bibliques posent problèmes car les livres de la Genèse sont des légendes mythologiques au même titre que l'Illiade ou les poèmes d'Hésiode. La perte du paradis est un mythe, celui des "âges de l'humanité" que l'on retrouve dans la plupart des légendes fondatrices : de la Mésopotamie à la Grèce, les hommes perdent leur paradis... et l'évolution de l'humanité n'est qu'une longue dégradation de leur condition. D'ailleurs le livre II de la Genèse a été écrit lors de la captivité à Babylone et l'influence de la mythologie mésopotamienne dans la Bible est incontestable. Le sens premier de ce mythe est donc bel et bien celui d'une punition divine... au même titre que le sera le déluge... Les Juifs interprètent bien la perte du Paradis comme une faute/chute. Le Messie est attendu comme sauveur des Hommes et se doit de racheter la faute originelle.

3) En ce qui concerne l'interpétation des textes par les premiers chrétiens, les apologistes ont dut lutter contre deux ennemis : les païens et les Juifs. Or, pour ce différencier des Juifs, les penseurs chrétiens (Origène, Irénée de Lyon...) possèdent tous une première formation "classique". La pensée néo-platonicienne est donc rajoutée à la doctrine chrétienne comme la preuve d'une supériorité sur les Juifs. Un même livre fondateur : la Bible ; mais une lecture chretienne supérieure car "philosophique".

26/01/05 - 14:59

http://...

et cherche du coté de Mircéa Eliade je pense

26/01/05 - 15:13

Merci petitprince3. Je n'ai jamais trouvé la référence à la chute chez les Juifs, si tu avais des référeces, cela m'intéresse. Il y a bien, oui, une mention de la faute. Mais ma question, si l'on veut, est : pourquoi une faute est, dans le christianisme, symbolisée par une chute alors que le terme n'apparaît pas dans la Bible. Merci pour les références à Origène et Irénée, je vais aller fouiller par là. Mais je voudrais savoir précisément comment le terme de chute s'est imiscé dans le récit de la Genèse : y a-t-il été appliqué par collage d'une image platonicienne classique, ou bien a-t-on commencé par parler de chute morale, pour l'associer ensuite au récit biblique, ou etc. ? Et par qui ? Par ailleurs, il manque ton point 2) :o)

Eliade, dolphito, j'y avais pas pensé. J'ai vu des trucs intéressants chez Durand (<i>Structures anthropologiques de l'imaginaire</i>) mais c'est vrai, faut que je vois Eliade.

Dans l'ensemble, il me semble bien que le récit biblique retraduit, mais inversée, l'histoire de l'âme après la mort : celle qui tombe vers son malheur et celle qui monte vers son bonheur. L'apparition de la mort dans le monde se traduit par une chute, nécessaire si l'on veut pouvoir penser un après la mort comme montée, ou chute plus basse Au niveau symbolique, la chute originelle traduit bien a nécessité pour l'homme de se trouver dans l'entre-deux entre le plus haut et le plus bas. Mais ce que je ne comprends pas bien, c'est la façon dont, historiquement, se mélangent les sources hébreux et les sources grecques sur cette question. J'apprècie l'idée de petitprince3 d'une supériorité allégué de la Bible du fait d'une lecture philosophique.

26/01/05 - 19:13

J'ai été amené à travailler sur les trois premiers livres de la Genèse dans le cadre de mon Master et il se trouve que je me suis plus particulièrement interressé au récit du "Jardin du Paradis". J'ai rédigé un tit mémo sur la question... si tu es interressé hésite pas à me contacter pour en parler.

26/01/05 - 21:06

Boitamel, donc, petitprince3 - je m'aperçois que j'ai oublié de mettre mon nom dans le message, mais qu'il contient mon adresse courriel. J'espère que tu y retrouveras tes petits.

31/01/05 - 14:06

Es-tu en train d'écrire une thèse sur le sujet, pour te poser la question en des termes si théoriques ? Ou bien est-ce le passage par la fac qui t'aura décidément imprimé une telle tournure d'esprit en toutes choses ?! (J'espère que tu me permettras de te taquiner de la sorte, cher Marc)

Je n'ai pas la réponse à ta question, et cette réponse m'emcombrerait un peu en vérité, puisqu'elle ne m'aiderait pas à vivre; en revanche, la question, reformulée, n'est pas sans éveiller mon intérêt, et je te livre les quelques réflexions naïves qui me sont venues.

Je me suis demandé si l'expérience de la perte de contact avec Soi-même, ou de la déconnexion d'avec son centre, ou encore de la sortie du Paradis, était la même à toute les époques, pour chacun des mystiques ou des prophètes qui se sont succédés. Il semblerait que non.

L'expérience d'Adam semble être une expérience accessible à toute personne ayant connue cette simple connexion intérieure: la perte de contact est en effet ressentie comme une sortie, une mise à l'extérieur de soi, avec la conséquence que toute chose devient lourde et pénible, quand elle allait de soi dans l'état de connexion. Pour l'âme de l'homme (=sa femme, dans le langage symbolique des textes sacrés), tout enfantement ne pourra alors se faire que dans la douleur (Gn 3:16)

Au fil du temps, l'expérience intérience du mystique se fait plus profonde. Il ne s'agit plus seulement de prévoir la météo (!) comme le fit Noé en son temps, il s'agit de pouvoir accueillir une révélation de plus en plus subtile, jusqu'à ce qu'elle soit pure et puisse être dite la Parole même de Dieu.

A cet état mystique, correspond une telle pureté (qui a nécessité une stabilisation de cette connexion, pour permettre une croissance intérieure, une "élévation" comme il est dit), qu'une déconnexion viendrait à avoir des conséquences beaucoup plus douloureuses et beaucoup plus graves que celles que décrit la Genèse pour Adam: l'image de la chute s'avère alors la plus appropriée pour désigner cette expérience malheureuse, et chaque auteur d'ajouter au récit biblique la conscience qui sourd en lui que la perte de Dieu signifierait pour lui quelque chose de plus terrible encore, une chute infernale aussi profonde que son élévation était élevée...

Réflexions naïves, mais qui ne sont peut-être pas dénuées de fondement, qui sait ? ;o)

31/01/05 - 21:04

Superbe ! Je n'avais pas été jusque là, même si ma lecture de ce livre est bel et bien orienté par ce type d'hypothèses exégétiques (comment que je cause, moi !) - néo-platoniciennes, si, si : la chute comme expérience malheureuse, c'est dans le Phèdre.

En fait, mon intérêt est bien aussi dans le mot "chute". C'est un terme que j'ai introduit, il y a bien des années, dans ma lecture des textes philosophiques, pour indiquer ce point où un philosophe parvient à toucher du doigt quelque chose, pour le perdre la ligne d'après. "Quelque chose" : de l'ordre de l'expérience d'un inconditionné (pour parler Kant).

il m'a vite semblé que toute la métaphysique - et toute philosophie qui en prend la structure - était soumise à cette structure du concept. Penser, c'est choir.

L'approche structuralisante qui s'en déduit - désolé, je _suis_ passé par la fac :o) - : chute comme système générale d'une gravitation du concept autour de pôles attracteurs, se double d'une mobilisation du couple chute/salut. Si la pensée philosophique est chute, comment faire son salut ?

Vu de l'extérieur, j'aurais alors pu abandonner la philosophie. Le problème est que cela m'est impossible. La structure de mon esprit -samskara, karama, si vous voulez, je peux aussi appeler ça comme ça - ne me le permet pas sans d'extrêmes difficultés. Il fallait donc, et il faut encore, que je puisse faire chemin, avec ce bagage, dans la philosophie, jusqu'à ce que tout ça s'éclaire.

Si donc la pensée philosophique est chute, comment faire son salut _dans_ la philosophie ou, peut-être un peu différemment, _avec_ la philosophie ? Et cela donnera peut-être à Msieur Lysias d'autres clefs pour lire certains de nos échanges ?

Allez, jvous embrasse ben fort. Je suis bien aise de vous avoir re-rencontré.

31/01/05 - 21:07

karma* entre autres.

31/01/05 - 21:09

Ah oui, mais je pense que cela est clair : vous comprendrez que e n'ai pas aujourd'hui la possibilité de cheminer autrement qu'avec cette cathéf=drale - dixit mon psy :o) - sur et dans la tête : c'est orné, flamboyant, lumineux et clair-obscur, certes, mais foutrement encombrant, d'autant plus que c'est inessentiel - bon , en même temps ça m'a bien aidé.

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