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Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas nécessairement aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
Je pense : L'encyclopédie est trop bavarde

Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour mardi 5 août 2008 à 02:50)

09/05/2005

09/05/05 - 23:46

Such stuff as dreams are made on

Il est difficile d'expliquer à qui ne l'a pas éprouvée cette sensation, assez désagréable, de ne pas toucher terre, d'avoir dans sa propre matière corporelle une installation un peu décalée. Advenir au corps : frôler la flamme. Peurs celées aux caveaux des ascendances : de mon père et de ma mère, je devine qui m'a légué ces nids vaporeux d'antiques bêtes froides, humides, et pâles, craintives du soleil et de l'aplomb de la lumière, qui ne se risquent pas là où stridulent les grillons dévoreurs d'été.

Le monde est la somme des récits qui me composent, voila ce que voudrait me faire accroire un tempérament trop enclin à l'auto-méditation. Mais tous les récits ne sont pas possibles, sans doute, non. Il faut bien qu'il y ait de la nécessité quelque part, sans quoi les sciences ne pourraient croire en leur vérité, sans quoi, sans doute, j'aurais dérivé jusqu'à quelque non-être dont il n'est plus rien à dire, dixit quelque Vieux Grec.

Il est vrai, cette vielle querelle du réalisme (selon lequel il y a du monde indépendamment de moi qui le contemple) et de l'idéalisme (selon lequel le monde est essentiellementle produit de l'activité de mon esprit) ne m'intéresse guère : que pourrait bien m'apporter le départage de ces deux options ? La question ne me semble pas tranchable, sinon sous une hypothèse d'égale force métaphysique, portant en elle la conclusion précise à laquelle on veut arriver. Mais là n'est pas la question. Je souhaiterais, en fait, mon indifférence abyssale ; elle le serait sans doute, si j'avais résolu la question de la nécessité dans un monde dans lequel l'objectivité relève elle aussi d'une posture gagnée de haute et fort belle lutte.

Le point d'ancrage ne peut être théorique. Passer de rêve à veille, ce n'est pas affaire de savoir et d'agilité mentale. Le philosophe est faiseur de labyrinthes : Dédale moderne, prompt aux expédients subtils, technicien parfois sublime, et toujours pris entre deux fuites, entre deux chutes. J'ai soupé de cette philosophie-là, tresseuse de mondes stériles où elle enferme ses monstres - tout système cèle un Minotaure, on dit aussi : un cadavre dans le placard. La philosophie dort et, dormant, rêve - Cthulhu ftaghn.

Ainsi eût-elle sur moi un pouvoir hypnotique. Car mes rêves sont des labyrinthes dont la veille ne me délivre que de façon sporadique. La philosophie en temps de veille reproduit les architectures impossibles des villes et des actions qui m'empêchent, en mon sommeil, d'atteindre jamais ce que je souhaite, sinon la grandeur enivrante des paysages urbains. Avant de s'engager là, il faudrait... ceci... et cela... et encore cela... impossibles, eux aussi, à atteindre. Tout ce que j'en ai appris m'est aujourd'hui obstacle. Elle ne me dit rien des voies du corps. Elle ne m'enseigne rien des chemins de la liberté. Savoir débile qui peine à faire connaissance, tout juste quelques béquilles pour faire illusion. Je souhaiterais cesser de m'imaginer l'ignorance du sage.

Sortir du rêve et des labyrinthes - ici, le Traité du désespoir et de la béatitude de Comte-Sponville trouve une étonnante résonnance : il n'est rien d'autre que l'image des labyrinthes de son auteur, réfléchie sur ceux de la philosophie, dans une quête hors des dédales. CS lui aussi évoque comme un choc biographique la simplicité droite de l'Orient - bien loin des fastes somptueux et alambiqués de certain christianisme. Lui aussi dit comprendre le danger des espoirs, sinon de l'espérance vide d'objet. Lui aussi, avec d'autres : d'antiques Grecs, Montaigne, Foucault, Hadot, croit percevoir dans la philosophie autre chose qu'une discipline universitaire : une discipline de vie. Je ne pense pas pour autant qu'il fasse de la bonne philosophie, pas plus que je n'en serais capable. Trop méticuleux et trop embourbé dans la tradition. Paradoxalement, la très grande philosophie est celle qui parvient à s'arracher aux méandres de son temps pour effectuer une sortie du labyrinthe, mais, ultimement, retomber, tel Dédale, pour fonder ailleurs, et autrement, une nouvelle manière d'errance. Ce mouvement : ascension et chute, c'est cela, le rêve du philosophe, pouvoir le réaliser en un seul geste, qui résume tous les autres. Ce n'est jamais une sortie que pour un futur retour : la caverne rappelle, irrésistiblement, qui s'en éloigne. La sagesse ne saurait s'imaginer - seul le philosophe, si tant est que le sujet l'intéresse encore, s'y projette avec la délectation régressive de toute rêverie océanique. Sortir du labyrinthe, ce n'est pas quitter la caverne. C'est dissiper jusqu'à l'illusion du soleil et de la lumière.

J'ai la sagesse en rêve. C'est une erreur, bien sûr.

Il faudrait, décidément, que je me secoue. Prendre appui sur la nécessité - soit encore sur la finitude de ce corps qui met des barrières à l'imagination. Mais toute nécessiét est trop aride et trop tranchante pour être perçue telle quelle. Ses accès sont difficiles et ses contours restent flous, vus depuis nos univers oniriques. Rien alors n'a d'évidence. Et le nécessaire nous est problématique, à être ainsi trop simple.

Mais de temps en temps, quelque voile se lève, et tout est simple, et l'on ne désire plus rien que ce qui est et cela ouvre un tel espace, une telle liberté, que je ne comprends pas que je puisse encore traîner sur les marges - Zirconum m'a aidé, jadis, mais, tout comme Arjuna la Bhagavad Gîtâ, j'ai vite oublié ce qui fut dit - ou plutôt, l'endroit d'où j'ai pu l'entendre, j'en ai perdu le chemin. En fait, je procrastine. Avant de s'engager là, il faudrait... ceci... et cela... Peurs antiques.

commentaires

10/05/05 - 08:33

L'image de la chute (d'ailleurs, c'est celle d'Icare et non de Dédale) obscurcit le regard de l'Occident, obnubilé par le destin qu'il se fabrique tel un oiseau fasciné par la gueule du serpent où il finira par se jeter, quand un coup d'aile aurait pu l'emporter ailleurs.

Ce serpent, le Serpent, métamorphosé par le christianisme, se rapproche plus de Quetzalcoatl que de celui de l'Eden originel ; tout en mettant l'homme face à sa condition humaine, il l'a transformé en dieu souffrant, et a ainsi finalement rendu impossible la transcendance.

N'est-ce pas là le sens de cette impossible recherche du sens ? Ce serpent se mord la queue, et ne peut plus avancer. Il n'a pas où aller.

10/05/05 - 11:23

Décidément, jamais je ne pourrai ne pas sentir mon poil se hérisser quand tu fustiges "La" philosophie (aussi belle soit ta critique) - avec cette substantialisation si douteuse - alors même que ce que tu fais relève pour moi de la philo (quoi d'autre ???), alors même que ce que tu souhaites t'est offert par des philosophes, que toi-même tu cites : d'antiques Grecs, Montaigne, Foucault, Hadot... Cela confirme ce qu'on voit à l'oeuvre chez Heidegger par exemple : le refus de la philo est lui-même, quand il est grand, philosophique. Pourquoi t'obstiner dans cette polémique ? On te sent un peu comme l'araignée qui s'emmêle dans sa toile.
Mais, franchement, peu importe !
Laisse ces arguties derrière toi, elles ne sont pas dignes de toi, et occupe toi de ce qui vaut la peine. Tu retombes exactement dans ce que tu dénonces (les labyrinthes !!!!!!!!) l'as-tu remarqué ???
Cesse ces méta-discours (que suis je en train de faire? est-ce de la philo ? que veux-je penser ?) et pense ou agit ! Je le répète, parce que c'est flagrant: C'est toi-même qui t'enferme dans de stériles labyrinthes, il ne tien qu'à toi de penser au présent, directement, sans voile.
Et, de grâce, une bonne fois pour toute, lit Epictète, le Protreptique d'Aristote ou les lettres à Elizabeth de Decsartes !

12/05/05 - 23:12

Je m'attendais bien, Lysias, à ces remarques de ta part :o) J'y suis d'autant plus sensible que tu prends la peine de les faire. Elles demanderaient réponses très circonstanciées, et plus vraisemblablement, face à face. Je vais tenter une ou deux remarques :

En parlant de "la" philosophie, je n'écris bien évidemment pas pour les philosophes. "La" philosophie est un objet contestable - à noter toutefois que Heidegger ne se lance pas dans une critique de la philosophie, mais bien de la métaphysique, objet suffisamment bien référencé pour qu'un analytique comme Frédéric Nef lui consacre un récent et des plus intéressants ouvrage. "La" philosophie, ce n'est pas grand chose, tout au plus un affect qui s'empare d'un paquet de philosophes quand on les attaque de l'extérieur. C'est très clairement un pseudo-concept. Cela dit, ni plus ni moins que "la" pensée.

En parlant de "la" philosophie je ne m'adresse qu'à moi-même et à mes propres blocages. Il ne s'agit pas de méta-discours, mais bel et bien de sortir d'une certaine toile d'araignée - ou labyrinthe, c'est bien la même chose. Je ne puis recevoir entièrement ton injonction à "penser sans voile" : si elle correspond précisément à ce que je voudrais faire, je n'en éprouve le désir que depuis un lieu où je m'en sens difficilement capable - et ce simple ressenti est déjà la marque d'un obstacle. L'injonction fonctionne à la manière d'un coup de pied au cul : ça marche bien pour ce qu'il en est de ma paresse, c'est mois efficace pour me dépétrer de ce qui, à l'évidence névrotique, me maintient dans cet état - on ne demande pas à une mouche prise dans la toile de s'envoler, Dédale ce faisant n'a fait que transporter plus loin ses propres labyrinthes. Il ne tient certes qu'à moi ; mais je suis très bien placé pour savoir que nulle volonté n'est toute-puissante, ni ne s'éduque en trois coups de cuiller à pot.

Il n'y a donc là aucune argutie, et pas de polémique : je n'entends dialoguer avec quiconque sur le sujet de la philosophie, ni en porter l'essence sur la table de dissection. Je ne fais que clarifier ce que je ressens de mon engagement présent dans la pensée. Il est vrai qu'à ce titre, j'utilise certaines béquilles, dont le langage et la structure de certaine philosophie - hyper-idéaliste, plus ou moins. Que je reproduise ainsi précisément ce que je crains, bien sûr ! Sinon il n'y aurait même rien à dire, le problème aurait été résolu de lui-même. Mais je ne reproduis ces errances qu'en partie, tout de même. Il y a bel et bien du concept, mais bancal, incomplet, brouillon : sans quoi j'aurais clos le labyrinthe.

Je suis à ce titre particulièrement sensible à ton appel à la lecture d'Epictète (et je retiens les références d'Aristote et de Descartes que tu me donnes). Je crois que les Grecs, mais aussi certains chrétiens néoplatonisants, ont une aide à apporter pour me sortir de mes sables mouvants - encore une fois : que je me sais entretenir. J'ai cela dit plus d'attrait pour la lignée Démocrite Epicure Lucrèce, que je découvre à peine à peine, que pour les austères stoïciens. Tout le problème, en fait, pour moi, est de ne pas aborder ces auteurs (et Hadot, et Foucault) à partir d'un arsennal qui m'en ferait défenseur sans autre consistence que la leur. L'enjeu est bien là : trouver ma propre consistence. Pour cela il faut partir de quelque part. Je pars de moi et de mon rapport, ambigu, à un "objet" fort subjectif : "la" philosophie, au pire, activité névrotique de parcours des textes en dehors de problématique personnelle, au mieux, chute qui empêche le labyrinthe de l'auto-justification - petit pacte avec les morts, soit encore : donner des limites à l'absolu. Toutes choses que j'ai expérimentées.

Je crois, profondément, que philosopher est affaire de style de vie - ce que n'est pas la philosophie universitaire - et que cela est à (re)découvrir. Pour être clair : il n'y a pas, pour ce qui me concerne, de diffférence entre les buts ultimes de la vie philosophique et de la vie spirituelle (au sens de mystique, si l'on veut). Au point que ce que tu appelles "pensée sans voile", je ne peux le comprendre que comme levée de l'ignorance métaphysique - que les advaïstes appelles avidyâ, contrepartie gnoséologique du voile ontologique de mâya - et accession à la connaissance droite, du troisième type, à la Spinoza.

Je ne développe pas plus, ça demanderait des pages encore. Merci, une fois de plus, et de ton entièreté, et de ta vigilance. Elles t'honorent, elles m'honorent.

(P.-S. : rien de tout cela n'est de la non-philosophie à la Laruelle, bien sûr.)

12/05/05 - 23:22

A Mi : le récit de Dédale est parsemé de chutes. Il y celle, célèbre, d'Icare. Mais il y a aussi celle de Talos, le neuveu de Dédale, précipité par l'artisan jaloux, du haut de l'Acropole. Il y a encore celle, plus lointaine, d'Egée, père de Thésée, tueur du Minotaure. Et plus sérieusement, les deux chutes d'Héphaïstos, le dieu auquel Dédale est très fortement apparenté. Dédale est celui qui dompte la chute - du coup son vol ne connaît pas d'ascension infinie et se pose, tôt ou tard, là d'où il lui faudra finir par repartir -, et qui en contrepartie, fait choir tout autour de lui. Héros atypique, sans descendance, quasiment sans mort - je crois qu'on ne connaît de son décès qu'un récit, rare - et sans rencontre directe avec les dieux.Très différent de cet autre rusé qu'est Ulysse.

J'aime assez ta lecture du serpent, Ourobouros qui donne à l'homme la complétude d'un moi-soi, qui est impossible accès à la transcendance - de l'homme d'avant chute.

13/05/05 - 10:00

à la lecture de ta réponse, j'allais répondre : "merci, sans ironie, pour ces réels éclaircissements", mias vu que tu termines aussi par des remerciements, on va éviter, fauter de donner dans la gluance et la sucrerie lol ! (bon ok gluance, ça existe pas). Je souhaite te répondre plus longuement, après, car cela mérite évidemment réponse. En guise de préambule, je tiens juste à dire deux choses : d'abord que les remarques que je les pense aussi pour moi-même.... Ensuite (ou donc) je note encore à quel point sous les différences qui nous relient, il y a un horizon commun. Celui de la philo comme style de vie,proche de l'expérience mystique.
Bon finalement je rajoute trois autres choses.
"Trouver sa propre consistance", opposé à la " lecture d'autres", me paraît une opposition stérile. J'en viens de plus en plus à croire que penser par soi-même, au sens où on l'entend couramment, est une expression vide de signification.
Trouver sa propre consistance ? .... Allons tu sais bien comme moi que nous ne sommes pas des substances, des Sous-la-main, tu n'auras donc jamais de consistance. Nous ek-sistons, alors pour sartriser : éclatons nous !
Enfin, Epicure et Lucrèce... mmmf franchement, bien en dessous des Stoïciens si tu veux mon avis (indépendamment de savoir si on adhère aux uns plus qu' aux 'autres... )
Voili !

13/05/05 - 21:08

Juste sur les deux points qu tu évoques, Lysias :

- Trouver sa consistance : ça signifie bien "penser par soi-même", mais non pas autarciquement. Le problème n'est pas de penser seul sans les autres - sauf rarissimes exceptions, ça ne mène nulle part que sur des chemins déjà fermés. Mais bien plutôt de trouver une consistance face aux textes des autres. Sans quoi, ces textes, ils vous bouffent. Tout le problème est, pour moi, de trouver chemin dans la diversité des textes philosophiques. Cela ne signifie pas un chemin que nul n'aurait déjà parcouru. Mais bien mon chemin : une trajectoire que je puisse dire mienne, sans arrière-pensée. Bien évident, dans ce devenir mien d'un chemin, il y a progression intérieure, et c'est là tout l'intérêt. Le seul hic, pour le moment, est que je ne trouve rien, mais reste perdu dans l'entrelacs, fascinant, des textes. C'est donc bien de consistance qu'il s'agit, au point où j'en suis - consistance d'une lecture et d'une posture.

- Les stoïciens sont sans doute de bien plus fins philosophes. Je me sens pourtant, en métière de sagesse, bien plus attiré par une forme de lacher-prise épicurienne que par la très grande tension stoïcienne du travail éthique - mais je suis sans doute, sur un sujet extrêmement neuf, encore fort influencé par les notions qu'en donne ici et là Comte-Sponville - saine lecture, mais fort lâchement philosophique.

14/05/05 - 12:28

MMMMFFFF non franchement je suis toujours dubitatif sur cette idée de consistance, sauf à en parler comme une métaphore psychologique ou éthique - je veux dire, comme d'une illusion qui a l'intérêt de nous permettre d'aller mieux. Dans ce cas on peut ou on doit conserver cette idée de consistance. Mais d'un point de vue descriptif, je me demande, pour continuer dans la métaphore, jusqu'à quel point "mien" et "je" ne sont pas seulement l'entrelacs du divers et de l'altérité qui nous traversent, le faisceau des rencontres et des événements (donc bien de l'altérité) seulement réunis fortuitement en un point dynamique sans consistance établie ni durable, soumis au devenir. Ou un truc comme ça. C'est peut-être fumeux ce que j'écris, je ne sais pas. Chuis pas trop habitué à livrer tout ça en dehors du carcan structurant des travaux scolaires, alors bon...
Pour terminer dans le peut-être fumeux,si ce que je dis a un sens et vaut quelque chose, peut-être même d'un point de vue éthique ne faudrait-il pas tant chercher ) être soi ou à trouver sa consistance qu'à accepter de se laisser traverser par les rencontres oi, plus précisément, les lectures, non ?

14/05/05 - 19:16

Pour te répondre correctement sur la qustion de la consistance, il faudrait une étude complète sur le rôle de la métaphore en philosophie - à la limite, tout n'est que métaphore, et seules les sciences et la logique ont accès au sens premier des termes. Substance, ou flux, agissant à des niveaux aussi abstraits, ne sont que des métaphores, si l'on veut.

Plus simplement peut-être, il me semble qu'il y a ambiguïté. Il ne faut pas entendre "consistance" en un sens substantialiste. Tu remarquera que je n'ai jamais dit "être moi-même". Jene pense pas que le neutre de la consistance soit homogène à "moi". Avoir une consistance, ce n'est pas nécessairement "être soi". Bien plus basique, en fait. A ce titre, j'ai failli écrire un paragraphe dans une de mes réponses sur la position "post-moderne", dont tu esquisses assez bien certains des traits : nous ne sommes que le passage des flux qui nous traversent. Mais tu ne le peux sans consistance, sauf à te trouver l'objet de fluctuations rhapsodiques (pour faire référence à la structuration kantienne de la sensibilité en dehors de l'organisation que lui apportent les concepts) d'où il n'est possible de tirer aucun sujet. S'il doit y avoirun minimum de stabilité, et il y en a un tant que tu es en vie, il doit y avoir une consistance, une polarité dynamique, à l'entrecroisement de l'ensemble de ces flux. Sans quoi, c'est résoudre bien trop vite le problèmes grec de l'incompatibilité de l'un et du multiple.

A mon sens, le seul point non métaphorique dans ce que tu évoques, c'est l'acceptation. Et c'est même, je pense, tout l'enjeu de ce style de dispositif (pour l'instant lâchement) conceptuel. Comment accepter ce qui vient sans raideur ? Pour cela, il faut que ce qui vient ne représente ni un danger, ni un outil pour acquerrir du pouvor, psychologique ou politique. Posséder une consistance, c'est être en mesure d'être autonome - le sens kantien du mot sonne ici clair, mais il faut sans doute le déplacer de sa place universelle pour le faire sonner dans le singulier.

(il me semble que nous visons la "même" chose, mais chacun depuis sa place propre : c'est sans doute ecla qui entraîne les interférences actuelles : j'ai besoin de me désolidariser deflux qui m'entraînent trop vite, et ont tendances à me dissoudre ; tu aurais, si l'interprète bien, besoin de t'arrimer de façon plus libre, aux flux qui te sollicitent. Bien sûr, tout cela est plutôt psychologique.)

(sinon, c'est très important, je crois, de bâtir des modèles sur bout de papier hors des écoles. Ca permet de faire apparaître des paysages ou de spoints de vue inédits. Quitte ensuite à leur donner la forme qu'exigent les universités.)

16/05/05 - 00:50

Le risque, celui d'être entrainé par l'illusion de l'enchainement des mots au delà du lieu que tu pressens être le tien...

16/05/05 - 02:24

Oui. Mais il n'y a pas de chemin sans son risque propre - même la relation maître-disciple n'est pas sans danger.

17/05/05 - 09:07

Au fait : mon MMMFF ne valait pas pour le caractère métaphorique - je suis le 1er à noter l'usage de la métaphore en philo (dont parle déjà Aristote, en bien - contre ce qui "fait voir" et "met sous les yeux" - et en mal - contre Platon ). Mais j'avoue avoirclairement du mal à ne pas entendre de la substance dans consistance !!! Si la substance c'est ce qui persiste, se tient de manière permanente en dessous les changements et les attributs.... Ou alors justement tu distinguerais entre consistance et persistance ? La distinction est mince pour ne pas frôler l'argutie !
Tu dis "sauf à te trouver l'objet de fluctuations rhapsodiques d'où il n'est possible de tirer aucun sujet." Mais je suis bien d'accord ! Si critique de la substance il y a (et il doit y avoir en tant qu'abstraction métaphysiqte !) alors c'est également le concept de sujet qui tombe !!!! D'abord historiquement sujet est un des sens de la substance (dans les mauvaises traductions latines d'Aristote) et même étymologiquement subjectum et substantia, la différence, là encore, est mince ! Toujours l'idéede ce "jacent au fond" !
En outre la "polarité dynamique" n'implique pas la substantialisation, ni le jacent au fond ! pas nécessairement la "stabilité" due à la vie,ou alors une stabilité matérielle, biologique, dont on n'a que peu à faire quand on parle de l' "identité" !
Enfin "autonome" dans le singulier, je pense pouvoir voir ce que tu veux dire,mais dit comme cela on frôle le non sens...

17/05/05 - 12:00

Je suis dubitatif ou, àtout le moins, circonspect quant à ta critique extrême de la notion de substance. Qu'il n'y ait pas de sous-jacent indissoluble à l'individualité, nous sommes d'accord. Qu'il n'y ait pas de persistance, cela n'est pas juste. Il y a a minima, dans les flux de matière-énnergie, persistance locale de formes : aggrégation et dissolution. La stabilité biologique est une condition nécessaire matérielle de l'identité. Ce n'en est pas une condition suffisante, au sens où il n'est pas possible d'en déduire a priori les formes spécifiques de l'identité. C'est là ce qui permet une certaine autonomie de la notion par rapport à la notion de matière. "Autonomie", en ce contexte : possibilité de faire jouer la notion d'identité dans des récits conceptuels et/ou psychologiques qui la dissocient d'une certaine conception de la matérialité.

Dans la citation que tu fais de ma réponse :

"sauf à te trouver l'objet de fluctuations rhapsodiques d'où il n'est possible de tirer aucun sujet.",

le mot important est "rhapsodique". Je soutiens en effet que nous sommes l'objet de fluctuations d'où on ne peut tirter de sujet qu'illusoire. Mais ces fluctuations ne sont pas rhapsodiques. Elles manifestent une certaine persistance de forme, biologique, psychologique, etc. Si ce n'était pas le cas, d'une part on n'aurait jamais pu soutenir la notion d'âme ou de sujet - et il faut bien rendre compte de le persistance de cette illusion - et d'autre part, à l'extrême, il n'y aurait rien pour dire "je" ou tape sur un clavier. Or il y a quelque chose et non pas rien - on y revient toujours.

Il va de soi que je suis matérialiste. Mais comme je soutiens un relativisme faible - la vérité existe en tant que forme, également en tant que contenu, mais relativement à un certain engagement dans tel ou tel type de discours qui lui donne son contenu, précisément - il m'est possible de m'accomoder sans trop de difficulté du discours mystique, religieux, idéalistes. L'important pour moi reste non pas qui a raison, mais d'une part la cohérence interne des discours produits, d'autre part ce qui est en fait, ou ce qu'on pourrait en faire, pour progresser en soi.

Je laisse de côté l'autonomie dans la singularité, c'est effectivement une notion limite, que je ne cerne pas nécessairement très bien.

21/05/05 - 11:47

je veux juste te passer un petit coucou , et que bouddha veille sur toi :)

22/05/05 - 22:08

Ca c'est gentil. Merci :o)

31/05/05 - 21:49

Rhétorique est l'anagramme de théorique

31/05/05 - 21:54

Presque!

Consistance et existence...y a-t-il un lien?

Casser le miroir dans lequel les narcisses se regardent et on ne se voit plus. Tooute consistance/existence est donc éphémère!

Lisez Jung pour d'autres interprétations du serpent. surtout celui qui se mord la queue.

31/05/05 - 23:06

Aucun yaka ne vaut ici, sinon celui qui nous vient de la bonne place = celui qui sait se faire entendre de nous. Pas de règle général. D'aucuns disent qu'en la matière, il faut suivre son coeur. Mais de ce qu'est le coeur, ils ne donnent ni définition, ni façon de le trouver :o)

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