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Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas nécessairement aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
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Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour mardi 5 août 2008 à 02:50)

15/06/2005

15/06/05 - 23:08

dos

Chose sue : certains affects se concrétisent sur une place somatique - mécanisme inconscient de la projection hystérique, déjà. C'est pourtant toujours surprenant de s'en voir objet de l'efficace. Sans qu'il y aille d'une relation de réciprocité simpliste, certains des engrammes qu'ont déposés notre éducation dans notre propre corps sont bel et bien une base de travail possible pour une remise en mouvement de notre économie psychique.

Je me suis longtemps tenu sur mes deux pieds dans l'inconscience de mon dos. C'est sans doute pour cela que, délaissé au moins de mes attentions, il s'est courbé un peu dans tous les sens, que les muscles qui l'entourent comme une gaine au niveau du cou (sterno-cléido-mastoidien, semi-spinal, splénius, élévateur de l'épaule et autre trapèze) se sont peu à peu rétractés pour me laisser, peu visible à ceux que la silhouette indiffère, mais pourtant présente au point de m'en rendre désagréable le choix d'un pull, une bosse légère qui me porte les épaules et le cou en avant non s'en m'avoir par contrecoup influencé la cambrure. Est-ce un hasard ? J'ai toujours admiré les dos droits et les épaules larges, pas nécessairement musclées, mais déliées, oui.

Depuis quelques années, près de huit ans peut-être, j'ai décidé de tenter une remise d'aplomb. Passage chez un posturologue qui, à l'issue d'un check up complet, m'a fait rencontrer la kiné qui me suit jusqu'à ce jour. La méthode Mézière est exigente : ré-étirer l'ensemble des chaînes musculaire pour défaire ces rétractions qui ont rompu l'harmonie de la posture. On travaille tout, des orteils aux avant-bras, pour rendre au dos un peu de sa souplesse. Et l'on progresse, lentement parce que la bestiole est fort sédentaire et ne se laisse pas fléchir comme cela. De temps en temps, cliquet, quelque chose déhisce, et l'on gagne d'un coup quelques degrés en souplesse. Lent travail de sculpture de soi.

Je le connaissais de longue date, pourtant, mon dos. Il se donnait à sentir dans les picotements et la chaleur qui le parcouraient lorsqu'écrasé sur le tapis par le poids du corps, je me laissais aller à la relaxation. Pression des omoplates, rétraction du cou vers l'avant, douloureuse sans coussin pour soutenir la tête, arc autrefois si tendu des lombaires que je pouvais passer le bras entre dos et sol, fesses et coccyx en dernier appui avant l'extension des jambes. Oui, je le connaissais assez bien, déposé comme un grand sac dont on n'a pas trop l'usage. Très récemment, il y une semaine exactement, à l'occasion d'une séance avec mon psy, j'ai réalisé la place, toute différente, qu'il serait à même d'occuper dans mon économie psycho-sensorielle.

De ce dos qui se fait droit, je tire, on dirait, un nouveau tuteur. Les sensations qui s'y lovent me savent, mieux que d'autres et mieux que bien des représentations, me protéger des projections folles où mon imagination me précipite, vers l'avant toujours, dans les abîmes des labyrinthes d'impossibles actions que sont mes rêveries. L'assise, la grande assise du corps qui en fait une montagne - l'aïkidoka : montagne en mouvement - c'est dans le dos qu'on la trouve. Evidemment la formule est brusque, en fait à la hauteur de l'étonnement. Il faudra l'assouplir, une fois éventée l'ivresse de la découverte. Pour l'instant, juste ressentir l'effet de soutien généralisé que me procure l'affleurement conscient de cette sensation.

Tuteur : substitut au père. Mon dos, c'est là où vient se loger, pour la première fois sans doute dans le corps, quelque chose de la force paternelle : une limite, le sens de l'espace, la présence à soi. La force de résistance contre les chutes - morales et physiques, bien sûr. Dans le tissus d'associations du psychisme, prendre conscience du poids que mon dos supporte, du relais qu'il offre au contact des pieds au sol, non seulement renforce les sensations d'ancrage physique, mais défait les entrelacs obsessionnels qui font souvent mes sentiments partir en confusions. J'acquiers donc, provisoirement, un équilibre entre les forces d'illusions qui me projettent vers l'avant à l'extérieur de moi-même - la sensation non de sortie de soi, mais de déréalisation, est très nette - et cette force de rappel et de dégrisement serein que je sens dans le complexe des ligaments profonds qui entourent les côtes, les vertèbres et les disques.

commentaires

15/06/05 - 23:28

Ah, le dos ... il y a beaucoup à dire, sur le dos, je crois !

16/06/05 - 00:30

C'est marrant, nous nous trouvons un nouveau point commun, mon cher. Un conseil: si vous pouvez dormir et nager sur le dos, c'est miraculeux.

16/06/05 - 22:31

ce texte vous vaut la dédicace de mon fond de journal, il était sans titre, si vous en convenez il prendra votre nom. Endossez vous cette soudaine paternité?

17/06/05 - 23:58

La sensation peut un temps jouer le rôle de rappel, face aux forces centrifuges et "déréalisantes" de l'illusion; mais la sensation n'est-elle pas elle-même une construction mentale ?

La sensation ne nous sort pas de l'imaginaire, si liée soit-elle à une réalité indéniable. Il faudra trouver un autre outil pour aller à la découverte de la réalité telle qu'elle est ! Enfin, du moins si tel est ton but, je ne sais...

18/06/05 - 14:30

C'est tout à fait juste, oui. Il ne s'agit pas encore ici de sortir de ce mode qui me fait parler de _mon_ dos

Par ocntre, il est pour moi bel et bien question de me débarasser des problèmes qui rendent difficiles le changement mode, en entraînant, par exemple, une confusion entre des progrès en matière de bien-être psychologique et des avancées plus réellement libératrices. je ne sais pas si je suis clair :o)

19/06/05 - 02:43

Un long chemin de réappropriation de son dos comme une découverte de "soi". Le dos maintien, le dos exprime. C'est tout l'équilibre de votre corps et de la répartition de son poids, que vous approchez par ce travail. Rééquilibrer pour mieux ressentir.

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