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Honni soit qui troll y pense

Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas nécessairement aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
Je pense : L'encyclopédie est trop bavarde

Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour mardi 5 août 2008 à 02:50)

21/08/2005

21/08/05 - 01:44

Rechute

Ce n'est pas une période faste. Nombrilomanie de retour. C'est aussi sans doute que les labyrinthes se resserrent.

Derrière chaque action à venir, la nécessité de la planifier, de s'y projeter dans toutes les possibilités d'échecs, de l'entourer de préventions de peur qu'elle ne dérape vers un possible désastre. Une succession de chemins dangereux vers des lieux qu'il est une obligation(1) d'atteindre : voila ce qu'est le monde, en ce moment. Derrière chaque mont, un autre mont encore, à l'infini, sans jamais le repos d'une plaine où toutes les directions se valent et ici serait aussi bon qu'ailleurs.

En même temps, bien sûr, c'est confortable : tous ces murs d'actes à accomplir, toutes ces angoisses dirigées contre les causes imaginaires de probables échecs - fantasmes ! - : ça donne une contenance, une structure même, une façon d'être. Un peu râleuse, certes, en apparence volontaire, et d'une exigence surjouée. Tss tss... Poudre aux yeux. Chamallow grillé, qu'un coup de dent éventre pour en révéler la pulpe ancienne, fragile et molle. Les murs du labyrinthe sont une contrainte aux minotaures, et tout autant : une protection contre la splendeur solaire et délétère de tous les Thésée.

Evidemment, c'est tout dans la tête. Le dire ne sert pas à grand chose. Ca s'appelle une névrose, mon bon Monsieur - à forte composante narcissique, encore -, et la koudpiéoculothérapie n'y apporte aucun remède - sinon ajouter une nouvelle contrainte au labyrinthe, bien sûr. Des années que je me bats contre ça, des années - oh, cette image : empilements sur empilements de tâches à accomplir ; chemins sans cesse renouvelés, qui me soustraient au danger que représente autrui plus qu'il ne me donnent à moi-même ; et, nécessairement, au-delà, mais pas avant d'avoir épuisé, démesurée, l'attente de l'oeil dans la tombe(2), le repos.

Aujourd'hui, les murs se font transparents. Parfois même, je passe au travers. Plus rarement, mais de plus en plus fréquemment, ils disparaissent pour un certain temps. C'est une sensation étrange, euphorique, très douce. Je me retrouve en connexion spontanée avec le monde et les autres, et sans plus la conscience trop aiguë du poids de moi-même. Dans ces conditions, retomber dans d'anciens dédales émotionnels est... frustrant, à tout le moins. Moins désagréable que par le passé, sans doute, - je sais où je me trouve et qu'on peut en sortir - mais accompagné de l'impression d'être amputé d'une partie de moi-même. Quelque part, sans doute, un enfant pleure, affolé de n'être pas à la hauteur. Rechute.




(1) Je ne sais pas très bien ce qui m'oblige, au fond. Un autre quelconque et tout puissant, vraisemblablement, dont le soutien, nécessaire, me serait retiré si je n'obéis pas à son injonction.

(2) Hugo donne à Caïn d'être le premier bâtisseur de labyrinthes :

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Échevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva
Au bas de la montagne en une grande plaine;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d'haleine
Lui dirent : "Couchons-nous sur la terre, et dormons."
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un oeil grand ouvert dans les ténèbres
Et qui le regardait dans l'ombre fixement.
"Je suis trop près", dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l'espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil ; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
"Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes."
Et, comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes
L'oeil à la même place au fond de l'horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
"Cachez-moi !" cria-t-il ; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l'aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond:
"Étends de ce côté la toile de la tente."
Et l'on développa la muraille flottante;
Et, quand on l'eut fixée avec des poids de plomb:
"Vous ne voyez plus rien ?" dit Tsilla, l'enfant blond,
La fille de ses fils, douce comme l'aurore;
Et caïn répondit : "Je vois cet oeil encore !"
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : "Je saurais bien construire une barrière."
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit : "Cet oeil me regarde toujours !"
Hénoch dit : "Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d'elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons."
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu'il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d'Énos et les enfants de Seth ;
Et l'on crevait les yeux de quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,
Et la ville semblait une ville d'enfer ;
L'ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l'épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : "Défense à Dieu d'entrer."
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l'aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. "Ô mon père !
L'oeil a-t-il disparu ?" dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : "Non, il est toujours là".
Alors il dit : "Je veux habiter sous terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien."
On fit donc une fosse, et Caïn dit : "C'est bien !"
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur une chaise dans l'ombre
Et que l'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.

commentaires

21/08/05 - 11:11

La condition humaine est fragile, hésitant entre le tragique et le futile,la jouissance et le plaisir, les fantasmes et la réalité : l'enfance s'en va avec ses certitudes absolues et ses espoirs fous, la maturité en a parfois la nostalgie comme palliatif à la crainte de la vieillesse et de ses regrets. Il n'y a finalement qu'un certain fatalisme qui permettre de vivre heureux, à tout âge adulte.

21/08/05 - 11:12

* permette

21/08/05 - 18:06

(mmmh, fatalisme ? ce n'est pas en cela que je crois. Il faut être attaché à soi et à ses idéaux, pour se montrer fataliste. C'est insuffisamment oriental comme attitude pour me parler longtemps.

On a dit l'Orient (extrême) fataliste. C'est une mésinterprétation. La reconnaissance que ce qui est, est, ne doit pas être confondue avec une forme d'apathie devant l'adversité et la malheur ; le non-agir n'est pas l'inaction, pour le dire de façon brève ; et il n'est nul besoin de colère ou d'excitation pour se mettre à faire les choses - au contraire, d'ailleurs : on y perd de l'énergie qui serait précieuse ailleurs.

Le bonheur est de l'ordre de l'ici-bas - cette croyance vaut pour moi celle en Dieu pour d'autres - mais il faut être singulièrement désencombré de soi pour y parvenir. )

21/08/05 - 21:41

Fatalisme est loin d'être apathie. Aucun rapport, en fait. C'est se débarasser de toutes sortes d'illusions et de fantasmes, de voir les faits et les gens comme ils sont, et à partir de là, agir. Quant à l'équivalence que tu affirmes dans le dernier paragraphe, je n'y souscris pas ; l'ici-bas est du faisable, parfois...

22/08/05 - 12:17

Ah oui, vu come ça, je souscrit. Nous sommes d'accord, donc, sur fatalisme, enfin, je crois. Je n'aime pas particulièrement le mot, mais on peut travailler de la même façon désespoir (Comte-Sponville).

Sur mon dernier paragraphe, je ne sais pas si on s'est compris. Il me semble que le bonheur ici-bas est bien de l'ordre du faisable. Lorsque que je dis que cette croyance vaut pour moi comme celle en Dieu pour d'autres, c'est simplement que c'est, pour moi, quelque chose qui est de l'ordre du principe : c'est de là que je pars, comme d'autres de "Dieu existe". Je ne suis pas en mesure de démontrer à ce jour que le bonheur (dans le sens assez radical en lequel j'entends ce terme) ici-bas est possible ; et je n'ai donc pas la moindre envie de discuter ce point, tout comme un croyant ne devrait pas avoir envie de discuter de l'existence de Dieu - car la discuter, c'est déjà commencer à la remettre en cause : ce qu'il peut avoir envie de discuter, c'est la façon dont Dieu existe, tout comme je veux bien parler de ce que j'entend par "bonheur.

22/08/05 - 18:49

Je ne vais pas discuter, rassure-toi. Je précise seulement mon point de vue personnel : ce n'est pas tant la croyance en un possible (ou impossible) qui m'occupe, mais plutôt l'action au quotidien.

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