Mahâbhârata (IV) - 0. Adolescences
La jeunesse... C’est toujours turbulent, la jeunesse. Ça se vit dans le sentiment que le monde est offert, vaste terrain de jeu et de pouvoir où peuvent s’actualiser tout ce que contient de possibles l’humanité vibrante que l’on sent vibrer en soi, intolérablement parfois.
Ils furent, dès leur jeunesse, ostensiblement plein des promesses de leur avenir. Et les liens qui se tissèrent alors entre les cousins ennemis avaient recueillis quelque chose des déplorables augures qui présidaient aux événement d’une ère en décrépitude ; mieux : ils les accomplissaient déjà. À l’admiration des rivalités joyeuses s’étaient substituée la jalousie, l’envie, et la haine. De sous la terre venait sourdre, putride et invisible aux yeux des hommes qui vivaient encore dans l’innocence de l’âge ancien, des désirs de domination, l’insatiable inquiétude de l’ogre Pouvoir qui n’aurait assez que des Trois Mondes, et encore. Mais, en ces temps de jeunesse, où se fourbissaient les armes pour un futur de violences, les outils dont devaient se servir ces appétits étaient trop jeunes et trop faibles encore pour que leur avidité pût même trouver un début de contentement. Il fallait attendre, et apprendre.
Temps d’enseignement, donc. Le temps des Maîtres, de la déférence qu’on leur doit et du prix qu’on paye en rétribution d’un enseignement hérité d’une lignée ininterrompue de maîtres et de disciples. Ceux-là furent Princes. Il leur fallait apprendre tout de l’art de gouverner (artha), depuis les subtilités de la diplomatie jusqu’à, suprême, l’art de la guerre. Le temps des amours (kama) viendrait plus tard, sans doute. Quant à la justesse dans les actions humaines et cosmiques (dharma) et plus encore le but ultime de l’homme (moksha), cette libération que l’on trouve évoquée, cryptique, dans les textes conclusifs des veda, bien peu d’entre eux sauraient qu’il y avait même là quelque chose à chercher.