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(mis à jour mardi 5 août 2008 à 02:50)

21/09/2005

21/09/05 - 23:18

Mahâbhârata (V) - 1. Les Pândava en danger

Les Pândava n’étaient pas chez eux. Cela faisait un certain temps déjà. On les croyait mort, eux et leur mère, pour tout dire, transformés en statues de charbon dans le piège de la maison de laque, que la rumeur disait non sans raison avoir été mise à feu par leur cousin Duryodhana. Il faut dire que depuis leur plus jeune âge, avant même l’arrivée de Drona, l’aîné des Kaurava tentait de se débarrasser d’eux. De Bhîma surtout, dont la force, turbulente et irrésistible, était une cause de frustration à ces âges où les garçons aiment briller par la puissance de leur corps.

« Vous souvenez-vous, rappelait Yudhishthira à ses frères, de cet été si beau où nous étions allés jouer sur les bords du Gange ?»

Duryodhana avait alors donné à Bhîma des friandises empoisonnées, et lorsque qu’après une baignade joyeuse, le Pândava s’était senti pris de fatigue sous l’effet du poison, Duryodhana, alors que tous s’étaient éloignés, l’avait ligoté et jeté dans l’eau rapide où il avait rapidement sombré.

Heureusement, le poison fut neutralisé par les morsures des serpents qui vivent dans le royaume sous les eaux. Bhîma, réveillé enragé de se retrouver ligoté, déchire ses liens et tue les serpents, jusqu’à ce que leur roi s’approche et le calme : ils sont apparentés, puisque l’arrière-grand-père de Kuntî est l’un d’entre eux. Bhîma se calme et accepte l’hospitalité des serpents – appelons-les nâga, ils peuvent prendre apparence humaine. On propose à Bhîma alors une boisson qui, lui dit-on, donne la force de mille éléphant à qui peut en boire une jarre. Sous les yeux médusés de ses hôtes, Bhîma vide huit de ces jarres. Fort de la force de huit mille éléphants, il dort alors huit jour dans le royaume sous les eaux, à la suite de quoi, inquiet pour ses proches, il est raccompagné à la surface par les nâga.

« Et je vous ai demandé de n’en parler jamais, conclut Yudhishthira. La suite a montré la sagesse de cette décision. Car si Duryodhana l’avait su, il aurait plus tôt mis à exécution le plan de la maison de laque pour nous détruire tous. »

Des années plus tard, en effet, Duryodhana avait trouvé moyen d’envoyer les Pândava et leur mère passer du temps loin d’Hâstinapura dans une ville de festival. Une demeure les y attendait, faite toute entière de matériaux inflammables, la laque notamment. Comprenant les intention de leur cousin et se sentant espionnés, les cinq frères, bien conseillés avant leur départ, décidèrent d’une part de faire en grand secret creuser un tunnel sous la maison, et d’autre part de passer du temps à la chasse pour mieux connaître la région. Un soir, alors que cinq jeunes hommes et leur mère dormaient dans la maison après avoir ^ris part à un banquet donné par Kuntî où ils n’étaient pas invités, les Pândava anticipèrent l’action de l’espion de Duryodhana et mirent le feu à la maison avant de s’enfuirent par le souterrain qu’ils scellèrent de façon à ce que même dans les ruine on ne pût le découvrir. Tous crurent à leur mort : les six cadavres en témoignèrent (1). L’espion de Duryodhana avait lui aussi péri dans l’incendie, ce qui fut pauvre consolation.

Pendant ce temps, les Pândava fuyaient, portés par Bhîma à la force polyéléphantesque, juchés sur ses épaules, son dos et ses hanches, parce que tous, et Kuntî en particulier, étaient trop las pour faire face aux chemins de forêt, en pleine nuit. Ainsi de la distance fut mise entre les Pândava et la menace kaurava. Un long séjour dans la forêt devait s’en suivre, annonciateur d'un autre, plus lointain et plus long encore. Pour l'instant, sans ressource ni possibilité de rentrer au royaume, il ne leur restait plus rien de leur grandeur royale que leur éducation et le potentiel de leur naissance.


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(1) ce point ne sera jamais imputé à charge aux Pândava. Il n’est pas reluisant, selon nos critères. Ces six personnages sont des Nishâda, caste parmi les plus basses des basses et unanimement méprisée dans tout le Mahâbhârata. Ils sont issus de tribus dravidiennes, chassées vers le Sud par les Aryens, et tenus à l’écart de la vie politique et économique des états.


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