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Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

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J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
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Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour mardi 5 août 2008 à 02:50)

12/10/2005

12/10/05 - 22:21

Mahâbhârata (V) - 3. Draupadî

Les voyageurs qui amènent aux Pândava des nouvelles de Draupadî leur en décrivent la beauté comme passant celle des apsara, ces danseuses célestes qui détournent de leur retraite austère le cœur des ascètes. On dit de la fille de Drupada qu’elle est née d’étrange façon, fille sans mère porté par le seul désir de son père.

Vaincu par Drona, Drupada se cherchait un fils qui saurait venger l'offense que le brâhmane lui avait faite. Ce fils, il le comprit rapidement, seule le feu sacrificiel serait capable de le lui donner. Il se mit alors au service de deux puissants brâhmanes, sans jamais leur cacher la nature de son engagement : obtenir leur aide pour trouver moyen de vaincre Drona, brâhmane plus fort qu’un kshatriya. L'un des deux frères, au bout d'un an, accepte d'officier aux rites souhaités par le roi, en dépit de la souillure qui s'attache au meurtre d’un brâhmane, fût-il à venir. L'emplacement est soigneusement choisi, le feu sacrificiel allumé et entretenu selon les règles, les incantation suivent le rythme et la psalmodie prescrite, on verse dans les flammes l’oblation consacrée. Le feu rugit et, radieux comme l’air embrasé dont il émerge, apparaît un jeune homme en armure, qui se précipite sur un char et le conduit vigoureusement autour de l’aire sacrificielle : voici Dhrishtadyumna, fils « à l’éclat insoutenable ». Du ciel, une voix descend, énonciatrice de son destin : apporter sa mort à Drona(1). Puis, de façon tout-à-fait inattendue, une forme nouvelle s'esquisse dans les flammes du sacrifice. Elle se matérialise rapidement et, sortant du feu brûlant, accompagnée d’une enivrante fragrance de lotus, s’avance sur l’aire sacrificielle. C'est une jeune femme d’une beauté digne des deva, Krishnâ, « la noire », que l’on connaîtra plus couramment sous le nom de Draupadî. Le ciel s’écrie encore : elle sera le fléau des kshatriya et accomplira le destin de cette époque. Oh, les Kaurava auront bien des raisons de craindre sa colère !


Le récit emballe les Pândava. Approuvés par Kuntî, ils décident de partir tenter leur chance - car l'époux n'est pas encocre choisi, le mariage de Draupadî sera précédé d'une somptueuse cérémonie, un swayamavara, au cours duquel il reviendra à la jeune femme de décider de son futur époux. Arrive alors Vyasa, qui leur raconte l'histoire suivante :
« Dans sa précédente incarnation, Draupadî était une jeune femme très pieuse qui suivait une discipline sévère sur les pentes du mont Kailas, où séjourne l’ascète divin à la gorge bleue, Shiva. Satisfait par sa ténacité, le dieu lui apparaît et lui demande quel vœu elle souhaiterait voir exhaussé. Prise d’émotion, elle bégaye alors, cinq fois de suite, « un mari fort et aimant ». Shiva lui accorde alors les cinq maris qu’elle désire. Effrayée, car cela est contraire aux mœurs du temps, la jeune fille demande à ce qu’un seul lui soit accordé. Mais qui pourrait retirer ce que a ainsi été donné : Shiva ne peut que repousser à une prochaine incarnation la réalisation de sa demande. »

La banadiction de Vyasa obtenue, les Pândava se mettent en chemin vers la capitale du royaume de Drupada. Déguisés en brâhmane depuis leur fuite de la maison de laque, ils se joignent à ceux qui affluent vers la ville. L'excitation est à son comble. On dit qu'avant de pouvoir prétendre à être choisi par la belle Draupadî, tout prétendant doit passer par une difficile épreuve préliminaire : il faut bander un arc d’une rigidité extrême, et, au travers d’une ouverture mobile fixée en haut d’un mat, toucher de cinq flèches envoyées simultanément la cible mouvante qui se trouve à son sommet. Le jour venu, après de nombreuses festivités, la foule est dense autour de l’arène où se déroulera l’épreuve. Draupadî est présente, ainsi que de nombreux rois. Les Kaurava, Karna – il faudra bien dire un jour pourquoi il est là, lui aussi -, Ashvatthâman, le fils de Drona, Krishna et bien d’autres. Tous ne tentent pas leur chance – Krishna, notamment. Aucun des premiers prétendants ne parvient à passer l'étape préliminaire de l’épreuve : l’arc leur résiste. Karna seul y parvient, mais Draupadî laisse entendre que jamais elle n’épousera quelqu’un de caste aussi basse. D'un rictus, Karna abandonne l’épreuve, un regard rageur vers le soleil.

C’est alors qu’Arjuna s’avance, allumant une controverse parmi les brâhmanes : les jeunes sont pour lui, ils trouvent juste qu’un brâhmane se confronte à tous ces guerriers, les vieux sont contre, mais ne l’emportent pas, et laissent Arjuna s'avancer. Krishna, qui a depuis longtemps reconnu les Pândava, se contente de sourire. Bien sûr, Arjuna bande l’arc sans difficulté, et parvient sans peine à faire passer simultanément cinq flèches au travers de l’ouverture jusque dans la cible qui tombe au sol, transpercée. Draupadî, séduite, entoure imédiatement son cou de la guirlande de fleurs réservée pour l'occasion : son choix est fait. Les Kaurava et leurs alliées enragent ; ils décident de châtier celui qu’ils prennent pour un brâhmane impudent. Sans toutefois les reconnaître, ils s’attaquent aux cinq frères. Les Pândava sont facilement vainqueurs. Les combattants finissent pas être calmés par Krishna, qui confirme la régularité de la procédure par laquelle Draupadî a été obtenue. Et tous, kshatriya au cœur gros et brahmanes ravis, quittent le lieu du swayamvara.

Les Pândava retournent avec Draupadî à l'humble maison qu'ils occupent avec leur mère. Sur le seuil , Arjuna anonce : « Mère, ô Kuntî, regarde ce que nous avons rapporté ». Kuntî, qui tourne le dos à l’entrée, lui répond : « Quoi que ce soit, vous devez le partager à parts égales toi et tes frères ». Se retournant, elle constate sa méprise, mais trop tard : ses mots ne peuvent être retirés, Kuntî, c'est la son voeu et peut-être son orgueil, ne pouvant jamais dire que la vérité. Il faudra que Draupadî les épouse tous les cinq – ainsi se réalise le vœu accordé par un dieu. Puis Kuntî enseigne à Draupadî les quelques devoirs du lieu – comment servir la nourriture et dans quelles proportions – puis tous s’allongent pour dormir.

Dhrishtadhyumna, inquiet pour sa sœur, a suivi les faux brâhmanes. Il les épie à l’extérieur de la maison désormais éteinte. Avant que le sommeil ne les prenne, il les entend discuter armes, projectiles célestes, éléphants de guerre. Comprenant qu’il s’agit bel et bien des Pândava, il court en avertir son père. Rassuré, et pour tout dire enchanté de s'être fait des alliés des plus vaillants élèves de son ennemi, Drupada fait venir les frères à sa cour dès le lendemain. Ceux-ci demandent alors à épouser Draupadî tous les cinq. Le roi, très fortement choqué, va pour refuser, mais Vyasa intervient à nouveau pour rappeler le don que sa fille a obtenu de Shiva dans une vie antérieure. Drupada se soumet alors sans difficulté. S’ensuit un quintuple mariage, qui fait de Draupadî l’épouse de chacun des Pândava.

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(1) Bien sûr, Drona est au fait de tous ces événements. Et comme il sait qu’au destin on n’échappe pas, il accepte Dhrishtadyumna pour disciple et lui apprend le métier des armes, afin que celui qui le tuera, un jour, tienne de lui le savoir nécessaire pour mettre fin à sa vie.


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