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eXTReMe Tracker Zyé-la anfon tomb-lan, té la ka gadé zot.
Honni soit qui troll y pense

Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas souvent aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
Je pense : L'encyclopédie est trop bavarde

Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour lundi 30 juin 2008 à 00:24)

21/11/2006

21/11/06 - 22:30

Interlude

Interruption momentanée du texte et des publications. Un peu d'ailleurs.



Sauf rareté d'inspiration dans les trois jours à venir, je reprendrai (peut-être) mon activité épistolaire mi décembre, voire, à ne pouvoir aisément atterrir des lointains, en janvier.

Joyeuses fêtes à vous !

20/11/2006

20/11/06 - 22:28

Sommeils

Qui n'a pas connu la lente désagrégation issue des nuits mauvaises ne peut imaginer combien, à en vivre la répétition, l'on se sent loin de chez soi.

Je passe nombre de mes nuits, savoir récent, à fuir dans les couloirs du labyrinthe

Ce que je cache à mon corps au jour venu vit alors de sa vie de pulsion. Je me retourne quinze, vingts fois, en larges rotations du buste sur un coude, pour m'affaler de l'autre côté et soulager de leurs crispations mon dos, ma nuque et mes reins

Et je cours adan ma tête dans l'entrelacs des accomplissements impossibles et des devoirs absurdes comme ceux que l'on donne à un enfant tu comprendras quand tu seras grand - juste un ventre qui m'absorbe, me digère et me chie flasque et tremblant, courant encore comme une eau molle et usée.

Les réveils se font dans la hantise du monde confondu avec le cloaque dont je sors. L'eau vive d'une douche chasse cela, mais pas la lassitude, le désemparement ou l'inquiétude.

Nodules de la machine qui finiront bien par céder - je travaille la détente et l'observation juste des choses, en dehors des engagements retors qui se nouent au labyrinthe. Ce n'est pas facile, quand la tête impose son dire, si impérieusement.

17/11/2006

17/11/06 - 00:09

Dialogues - 1

Les mots que l'on s'adresse à soi-même ne sont pas ceux qui conviennent pour autrui.

Ici, je ne suis guère que mon propre interlocuteur, et vous utilise un peu comme miroir - ou comme motivation pour aller jusqu’au bout de la mise en forme.

Il est probable, j'ai dû l'écrire ailleurs, que ces textes et clausules, parfois bien obscurs, m'a-t-on dit, n'intéressent que peu de monde en dehors de moi-même. Qu'on n'aille pas croire, pourtant, que je ferais profession d'opacité. Après tout, il ne s'agit que d'un journal, public plus qu'un autre, et dont les lecteurs ne peuvent guère, à l'occasion, qu’influer sur telle ou telle orientation - ainsi de la présente note. Je laisse les choses s'écrire comme elles viennent, et le dialogue que j'entretiens est essentiellement avec mes démons et mes parcours, les détours du labyrinthe. Même si – cela en fait partie – j’ai toujours plaisir aux commentaires et aux quelques répliques qui s’y nouent parfois.

Les mots que l'on s'adresse à soi-même sont tressés de notre rapport aux choses - et le mien est diablement compliqué (complexe, dans mes bons jours). Catharsis, donc : mettre à l'extérieur les forme qui me hantent. Rien que de très banal : Cher Journal.... Une sorte de portrait conceptuel, en somme - et déformé, comme il se doit, l’héautontimorouménos (le bourreau de soi-même) est aussi victime de la flatterie qu’à lui-même il adresse.

15/11/2006

15/11/06 - 21:26

(Impoli)tiques

De façon générale, l'on manie bien mieux l'invective que la raison.
De façon générale, l'on mésuse de la liberté de parole.
De façon générale, l'on ne s'intéresse qu'au vivre-ensemble de son clocher - idéologique, affectif, géographique.
De façon générale, nous sommes des primates vivant en hordes organisées.
De façon générale, vous préférez répondre à la souffrance et à la peur par la haine - je n'ai pas dit la colère, il est de bons usages de la colère ; de la haine : aucun.

La démocratie est singulièrement faible, toujours à reconstruire, toujours à protéger contre vos détestations et la solution de facilité de l'embrigadement affectif - fût-il même démocratique. C'est ce qui fait sa terrible faiblesse et sa réelle grandeur.

Dans le singulier, là, oui, je nous aime.

14/11/2006

14/11/06 - 22:41

Lectures

Sortir de certains blogs – kolokani, Orpheus, ... – me mets dans un état où je ne puis plus écrire, tant ce qui me vient d'affect est plein, je ne sais pas, d'eux, peut-être, mais c'est mal dire, de ce que je ressens de présence plutôt, oui, d'attention et, je crois que c'est un point commun qu'ils ont, d'authentique jouissance à sa façon chacun. Et je me retrouve comme démis de mon assurance, dans la pauvre lutte entre mes textes et mon corps à tenter de se lier l'un à l'autre, parce que ce qui me fut donné à sentir outrepasse à ce point ce que je sais produire d'un accord qu'il m'est douloureux presque, oui, d'écrire.

On ne devrait pas comparer, non. Mais faire autrement, est-ce possible – quel lecteur serait-on, alors coupé de soi-même ? Sans doute ne doit-on pas évaluer (bien/mal, jour/nuit, les plaies du philosophe). Mais sentir de tout son corps cet ailleurs d'une simplicité confondante dont certains ont le pouvoir de vous donner, pour vous-même et cependant sans jamais s'adresser à vous, ... pas une image non, plutôt comme... la direction, ... le goût ? Alors, oui, j'ai de quoi être traversé et comme transi de reconnaissance, de me trouver à ce point-là, où confluent, soudainement libres, les lentes marées du coeur dans la conjonction heureuse entre un texte et les vies qu'il relie.

(cette dernière phrase est épouvantable, mais elle, et la présente notule, démontrent ce que je veux dire, je pense, lorsque je parle d'un désaccord entre moi et ce que je produis...)

13/11/2006

13/11/06 - 23:02

Tant...

Il y a tant de choses que je veux vous écrire. Comment la nuit est une parole donnée à la lassitude, à toute distance et au cœur asthmatique. L’affolement des heures découvre en son ressac l’estran tiède d’un repos. […]

Il y a tant de choses que je veux vous écrire. Comment l’horreur naquit au monde alors que Toute-Haine dévorait le cœur du Premier Homme pour n’en laisser qu’un morceau de charbon ; et comment le feu qui habitait Premier Homme alimenta le charbon ardent de son cœur et finit par le consumer tout entier ; et comment la pierre-silex qui roulait parmi ses cendres hurlait dans le vide ; et de ce cri s’ouvrit la Première Déchirure du Ciel – et il y en a onze en tout – qu’on appela Peine – et comment en ces temps là encore Peine ne pouvait pas pleurer ; et comment Toute-Haine se nourrissait de Peine au point que le cœur du Premier Homme, qu’elle n’avait jamais pu vraiment digérer, finit par exploser de douleurs accumulées la dissipant en nuées ; et comment des nuées de Toute-Haine, du cœur du Premier Homme et de Peine jaillirent les première larmes ; et de la glaise qu’elles firent avec les cendres de Premier Homme il y eut un monde, froid, limoneux et triste ; et tout ce qu’il en advint […]

Il y a tant de choses que je veux vous écrire. Comment m’éclaircit un baiser de vous ; et l’indispensable caresse ; et vos corps aux miens accorés ; ce que nous ne nous disons pas ; les jeux qui nous viennent, spontanés ; ce que nous nous murmurons, canailles, grossiers, tendres et pompiers ; ce qu’il en est du téton et du cou, de l’oreille, de l’aisselle, de l’aine, du cul et de l’arc insensé du dos ; des surfaces et des épaisseurs ; des profondeurs ; des forges où se fond le minerai de toutes belles heures à venir ; des laves coulées fécondant toutes prairies ; des regards et des attentes et des retraits ; et l’air de revenez-y que vous donnez à vos estocades […]

Il y a tant de choses que je veux vous écrire. La colère des trois ans au non souverain. La liberté d’alors, dont encore pourtant nous disposons, sous des ordures d’école ; et comment il n’est, à être homme, aucun pas que nous aurions déjà pu faire – et l’Ecclésiaste à tort, qui ne voit rien de neuf sous le soleil et cendres dans les réclamations tapageuses des hommes. Le un non que nous sommes, solairement dressé parmi les choses et qu’il convient d’apprivoiser du lent travail d’amour et de savoir […]

Il y a tant de choses que je veux vous écrire. L’agonie de certaines heures dans la glu du matin ; et ce qu’il est de faiblesse dans mes attentes chacune ; la faim dévorante que je ne sais assouvir sans remords ; la terreur des nuits dont les veilles effarées me viennent pour échapper au sommeil bardé de crocs ; les jours à n’oser pas, ceux à oser mal […]

Il y a tant de choses que je veux vous écrire. Comme il est bon de pouvoir le faire dans le soir rassuré ; et la joie en route d’un vin qui m’attend ; le plaisir de toute-nourriture ; et de vous savoir là, à l’autre bout du texte, agacé parfois sans doute de ces simagrées qui n’ont pas la fraîcheur encore d’une fleur offerte au Buddha – mais vous savez, je ne désespère pas ; un point entre les deux yeux, d’où sourd toute assurance ; mon corps dont je veux vous laisser un peu de la chaleur ; ce que ma fenêtre offre de prise au couchant ; et l’azur, l’azur, l’azur dans ma poitrine […]

12/11/2006

12/11/06 - 17:17

Le Labyrinthe de Pan

Cet article contient suffisamment d’élément sur le film dont il traite pour être considéré comme un spoiler. Donc :

Si vous n’avez pas vu mais avez l’intention de voir Le Labyrinthe de Pan, ne le lisez pas pour le moment – vous pouvez y revenir ultérieurement, à mesure de votre envie.


L’Espagne de 1944 donne le cadre, et le ton. Ofelia (Ivana Baquero), huit ans, entretien un amour passionné pour les contes de fées. Son père est décédé et sa mère (Adriana Gil), s’essaie à refaire sa vie avec l’homme dont elle est enceinte, Vidal, capitaine de l’armée franquiste (Sergi Lopez) dont l’énergie est consacrée toute à l’écrasement du maquis en bordure duquel il a pris garnison. A peine arrivée, Ofelia découvre derrière la maison, étrange terrain de rêve, un labyrinthe dont le portail s’orne d’une tête de faune, architecture présente en ces lieux d’antique mémoire comme elle l’apprendra rapidement. Très vite alors, les mondes et les violences s’entrelacent. Du cœur magique du labyrinthe, sourdent par la voix d’un vieux Faune les épreuves que la petite fille devra traverser, à mesure que s’intensifie avec la guerre la dureté de « ce que l’homme fait à l’homme » (pour reprendre son titre à un bel ouvrage de Myriam Revault d’Allones)

Je passe très vite sur les performances des acteurs, fort convaincantes dans l’ensemble – seule parfois Ivana Baquero paraît avoir du mal à trouver le chemin de son personnage, particulièrement d’ailleurs dans certaines des scènes où elle devait jouer devant écran bleu : il est clair alors qu’elle ne sait pas ce qu’elle voit et ne ressent pas ce qu’elle devrait ressentir. Je désire surtout dégager, à mon propre compte avant tout, une interprétation d’ensemble. Le scénario entretisse avec un éclat mat noirceur et violence. Les personnages y sont pris dans un étau se resserrant avec toujours plus de cruauté et arrachant peu à peu aux vivants toute possibilité de simplement continuer. Ce que ressentent les adultes est passé au crible de notre regard et au filtre résonnant de celui d’une fillette rêveuse de huit ans plongée dans ces événement – outre un fugace bébé, c’est le seul enfant du récit.

Tout comme par deux fois Alice – à laquelle on l’a beaucoup comparée –, Ofelia passe dans un monde miroir de la logique des adultes. Mais là où le pays des merveilles et l’autre côté du miroir donnent à la première les clefs de l’irrationnelle rationalité de la pensée, des règles de bienséance et de préséance, des occupations quotidiennes, etc., pour la seconde, le labyrinthe du grand faune est d’emblée contaminé par l’horreur qui détrempe le monde des hommes. Les rêveries d’Ofelia ne peuvent acquérir cette valeur apotropaïque et constructive qu’ont ses songes pour Alice. S’il y va bien dans les deux cas d’une initiation, c’est au monde des hommes pour l’héroïne de Carroll, à l’outre-monde chthonien du royaume dont elle serait princesse pour celle de Del Toro – rappelons que traditionnellement, le peuple qui vit sous terre, elfes ou nains, est étroitement apparenté aux morts.

Les épreuves auxquelles Ofélia se voit soumise doublent symboliquement celles qu’elle doit affronter au quotidien - arrachement à sa ville pour une campagne reculée, à la mémoire de son père pour la tutelle d’un homme cruel à la paternité au mieux nominale, confrontation à la solitude et à l’égoïsme des adultes, à la hideur de leur univers sans magie – les fées, ça n’existe pas ! –, sans tendresse ni espoir, au sadisme (certaines scènes sont difficilement soutenables), à la souffrance et à la mort. Comme un crapaud assassine un arbre en étouffant ses racines, Vidal affame une région alors qu’il se gave en compagnie des notables – le parallèle entre les deux est renforcé par celui des clefs) ; et l’Eglise-croquemitaine – oh ce Christ-évèque au corps de momie trébuchante, sèche et putréfiée ! –laisse aux hommes faire aux corps de leurs prochains ce que bon leur semble, puisque Dieu s’est déjà occupé des âmes.

De même qu’Alice finit toujours par se réveiller, Ofelia trouve le chemin un jour perdu par son âme et rejoint le pays d’en-dessous, où elle retrouve père et mère. Dit de plus abrupte façon : elle meurt. Car c’est bien à cela que sont confrontés les personnages : la mort d’une petite fille de huit durant la guerre d’Espagne. A nous seul est donné un plus vaste contexte, à nous seuls, que le réalisateur voudrait faire croire aux contes de fées. Selon un procédé exactement symétrique du récit fantastique, qui fait de l’inhabituel un récit rapporté dans une situation très ordinaire – veillée, temps de loisir –, c’est ici l’histoire de notre monde qui est insérée dans un contexte d’emblée fantastique, récit-cadre mis en place par la voix off du narrateur. Et ces deux mondes s’opposent, je le disais plus haut, comme celui des vivants à celui des morts. Dès la séquence d’ouverture ; on entre chez les hommes après être passé dans un monde de catacombes, mais dans le temps inversé de l’agonie d’Ofelia. Le film ouvre sur sa fin en un temps rétrograde qui nous renvoie vers le temps des hommes et de l’histoire. Une princesse d’échappera… elle est déjà revenue. Le temps de dessous n’est pas celui du dessus. Et c’est pourquoi sans doute que le « passage » est signé de l’oubli, soit de la mort : il n’est pas de co-existence entre els deux mondes, sauf en ces nexus que sont les portails, et où parlent la voix des faunes : des labyrinthes, nécessairement.

Cela dit, pour nous spectateur, la vision qu’a Ofelia de son entrée au royaume est strictement limitée au temps de son agonie et s’achève en un nimbe de lumière qui marque sa mort. Ce point peut s’interpréter diversement : après tout, ceci n’était-il qu’un rêve, celui d’une fillette fragile emportée par l’histoire ? Ou bien la vision d’avant la mort n’est-elle qu’un avant-goût du royaume, le seuil ultime ? En ce dernier cas, le narrateur exprime la pensée de l’auteur : il faut croire aux contes de fées, certaines passent parmi nous et, pour qui sait lire, il est des fleurs pour témoigner de leur passage. Mais dans le cas contraire, si Ofelia ne fut jamais qu’une petite fille… Il n’y aurait pas eu de passage, pas de victoire sur la mort, juste les efforts d’une enfant pour échapper à un réel plus terrifiant que les terreurs trouvées aux contes de fées.

Je crois que ces deux interprétations ne sont pas contradictoires. Ofelia ne fut que cela : une fillette tuée par l’histoire. Mais aussi, dans un non-monde, séparé du nôtre par l’anéantissement de la mort et l’inversion du temps, une âme de princesse décédée connaîtra quelque avatar dans un espace horrible dont elle s’échappa jadis... Les logiques inversées auraient, du fait de l'impossibilité d'un réel passage d'un espace à l'autre, refermé le film sur une terrifiante désespérance, n’était cette fleur advenue à l’arbre libéré, indiquant qu’un contact avait bien été trouvé, au-delà de l’horreur et de la mort, et, peut-être, que le massacre de l’innocence en fixe le souvenir et la possibilité d’espérer. En vérité, quelque chose de christique s’attache à cette Alice-là – mais je sur-glose possiblement.

Reproche de sa violence a été fait à ce film – pas assez de poésie, d’enchantement, d’apaisement, voire de fantastique – ; mais c’est reproche adressé au désir du spectateur, non au film lui-même. Après tout, c’est bien un film sur l’espoir ; mais qui le montre mince comme une fleur nouvelle après le plus implacable des ouragans et que détruirait toute autre tempête. L’espoir est douloureux, incertain quant à l’avènement des mondes qu’il promeut, tant est massive la brutalité des hommes ; qu'il soit presque insoutenable, c’est cela que tenterait de cacher tout récit lénifiant chantant jamais la gloire héroïque de l’innocence tombée.


El Laberinto del Fauno - Le Labyrinthe de Pan
Réalisé par Guillermo Del Toro
Avec Ivana Baquero, Sergi Lopez, Adriana Gil
Film mexicain, espagnol, américain
Sortie : 1er novembre 2006
Durée : 1h 52’


10/11/2006

10/11/06 - 21:38

Histoire de Ganesha - 5. Naissance d'un dieu

Oh, la joie des gana, des deva et de tous les dieux ! Oh ! ce rugissement qui assourdit l’éther et les trois mondes, lorsque le corps sans vie de l’enfant vint à la rencontre de la terre, et le tonnerre de sa rencontre avec le sol et l’avidité de la poussière ocre à se teinter de son sang ! Oh ! songeait Shiva, lui seul, la colère de Parvatî !

Plus de borne. De la Déesse en furie émergèrent des centaines, des milliers, des millions, et plus encore de shaktis, terreurs féminine détenant chacune une parcelle infinie de l’infinie puissance de Parvatî. Gueules aux crocs béants, guirlandes de crânes, langues largement pendantes en dehors des bouches, regards rougeoyants, mains griffues, membres souples et vifs de bêtes de proies, elles furent lancées sur les créatures célestes : Allez ! Moissonnez, dévorez, déchiquetez, engloutissez, engouffrez, consumez les tous, tous, tous ceux qui ont contribué à la perte de mon fils ! Allez ! Il n’y eut plus de borne à la destruction. Ce n’était pas la fin du monde et c’était la fin du monde. Ganas, devas et tous les autres disparaissaient de les bouches avides des shaktis. Nulle cachette n’en pouvait protéger, nulle arme ne savait les arrêter. Grignotti, grignotta, Les grandes dévoratrices allaient consommer le monde.

Brahmâ, Indra et Vishnu se rendirent en ambassade auprès de Parvatî. Que te faudrait-il, ô Déesse, pour que tu retienne ta colère et empêche la consumation des mondes avant leur terme ? Ils étaient prêts à tout entendre et tout donner. Parvatî ne connaît nulle rancune et ne souhaite que son droit : son fils lui soit rendu, et qu’il jouisse du statut de fils de Shiva, comme son frère, voila tout. Message fut fait au Dieu dont les serpents ornent le corps – qui sourit – évidemment, tout cela était prévu, un jeu entre lui et sa compagne, un de plus, qui soit celui aussi de son insondable amour pour le monde. La tête e l’enfant s’était perdue, on ne pourrait pas la retrouver, mais seulement que l’on tue la première créature rencontrée en partant dans telle direction, et que la lui ramène. Et ce fut ainsi que Ganesha hérita de la tête d’un éléphant ; ce fut ainsi encore que celui qui allait être parmi les plus populaires de tous les dieux indiens, présidant aux arts, au commerce et à toute entreprise, devint second fils de Shiva – et c’est sous sa plume, fidèle servante de la dictée sans faille de Vyâsa, que fut écrit le Mahâbhârata, ainsi qu’il est dit ailleurs.







Et voila.

C'est l'une des versions, la plus détaillée sans doute - dérivée du Shiva Purana, je crois, sans en être très sûr. On trouvera tout plein d’informations comples et mentaires tout à fait passionnantes sur Ganesha et le contexte hindou sur ce site, largement plus complet que Wikipedia sur le sujet.

10/11/06 - 21:37

Histoire de Ganesha - 4. La bataille du seuil

Trop loin, tu es allée trop loin, Parvatî. Ainsi songeait Shiva en appelant à lui la troupe de ses gana. Grotesques, terribles, hurlants et bégayants se rassemblaient les terribles assistants du destructeur des mondes. Hurlants, terribles, bégayants et grotesques, ils se mirent en route, dirigés par Nandi, vers les portes du palais de Parvatî. Mais le jeune homme, brillant devant leur multitude sombre se contente de sourire, fait tourner son bâton au-dessus de sa tête et se lance dans la mêlée. Têtes défoncés, membres rompus, corps brisés, nul n’en réchappe, les gana sont en déroute, et Shiva, déconfit, n’a d’autre ressource que d’en appeler aux autres dieux. Brahmâ tente la conciliation, déguisé en saint homme, mais subit le même traitement – outre qu’il y perd quelques poils de barbe. Indra, Kartikkeya et leurs armées sont pareillement défaits. C’est que Ganesha n’est plus seul : Parvatî, que l’on a tenu au courant des assauts sur son fils, a créé de sa fureur ses deux plus grands avatars : Kalî et Durgâ – les crée ou les recrée : ce ne sont jamais que les formes terrifiantes de sa colère – de femme, de mère, de reine, de déesse : non, il n’est pas d’autre colère que celle de Parvatî.


Ainsi, tandis que les deux déesses contiennent le gros des armées, Ganesha peut-il continuer à affronter la puissance des dieux lancés contre lui. Le voyant invincible, Vishnu suggère la traîtrise. Et c’est de derrière que Shiva parvient à lui couper la tête alors que Vishnu retient son attention en un combat passionné, où même le redoutable disque solaire qu’il sait manier avec tant d’efficace contre les asura ne le protège qu’à peine. Un coup de trident envoie bouler le chef de l’enfant à l’autre bout du monde, terrible à mesure de la crainte du dieu que sa force n’y suffît pas.

10/11/06 - 21:36

Histoire de Ganesha - 3. Ganesha

Ainsi Parvatî recueillit-elle de sa peau l’onguent qu’elle y avait déposé, curcuma soigneusement moulu mêlé de poussière. Elle en tira la forme d’un jeune garçon aux membres vigoureux, front resplendissant comme les étoiles qu’on trouve au ciel étrange bien au-delà de Lanka, yeux de faon dans le lotus parfait du visage, le cheveu dru, le torse large et la taille mince de ceux qui longtemps se sont entraînés au maniement de toutes armes. De son souffle, elle lui donne mouvement, intelligence et vie : son fils, son fils ! Né de ses seuls efforts ! Bien mieux que les servants de Shiva saura-t-il garder l’accès à l’intimité du bain. Lasse dès lors, la Déesse se retire et demande au garçon de bien vouloir interdire à quiconque, quiconque, l’entrée du lieu où elle se repose. Armé d’un lourd bâton, Ganesha – c’est bien lui – prend sa place devant les portes aux lourds battants.


Mais il fallait bien - c'est de bonne logique narrative - qu’arrivât promptement Shiva, le Dieu dont le Gange baigne la chevelure. Mais quel jeune homme étrange est en arme devant l’entrée qui mène à Parvatî, un garçon encore, ou presque ? Nandi est envoyé en reconnaissance ; l’homme buffle se fait éconduire, fermement quoique sans violence : nul n’entrera, lui est-il dit, dans les appartement de ma mère. "De ma mère", songe Shiva, hélas, Parvatî, qu’as-tu fait là ?. Le Dieu lui-même s’avance, demande le passage, l’exige, se voit opposer le même refus. Le regard du jeune homme est clair, rien ne saura l’effrayer. Je ne puis reculer, ô mon Epouse, songe le Dieu, ou il sera dit que de nous deux, c’est toi qui fais la loi. Que ne me forces-tu pas à faire là ? Ces actes aillent donc jusqu’à leurs fruits amers. Shiva tente alors de forcer le passage. Mais le dieu dont la lune retient les boucles n’est pas de taille et contre celui que Parvatî a chargé de sa propre puissance, sa lutte s’achève en fuite. Contre le trident, trois le bâton a prévalu, et c’est boitillant que le prince des ascètes se retire ruminer sa colère et rassembler ses forces.

10/11/06 - 21:21

Histoire de Ganesha - 2. Au bain

Or donc, c’était une belle journée de printemps, d’été ou bien d’automne, je ne saurais trop dire, mais une langueur s’étalait mollement sur l’herbe rase depuis les hauts monts avoisinants. Parvatî fut prise de l’envie d’un bains, un de ces bains où l’on muse, à l’aise avec le monde et soi-même et où la solitude est le premier compagnon, jalousement protégé. Se dirigeant vers ses appartements – son ascèse et celle de son consort pouvaient susciter toutes qualités de palais, aussi consistant que fumée, mais avec toutes les facilités modernes –, elle fit Nandi, le grand buffle, premier serviteur de Shiva – et donc premier de ses serviteurs à elle, par voie de conséquence – elle lui fit, donc, garder sa porte, exigeant de lui qu’il en interdise l’entrée à quiconque. Et s’en fut se délasser, nue, au milieu des bassins, lotus parmi les lotus.


Nandi veillait. Nul n’entrerait. Enfin… Nul… Il n’y aurait pas d’histoire, si la déesse – c’en était une à présent qu’elle avait gagné le cœur de Shiva – avait pu aller jusqu’au bout de son désir de solitude, et si son corps drapé des eaux n’avait point été mis à nu plus encore par un regard tiers. Car elle fut bien surprise au bain : par Shiva lui-même. Comment en effet Nandi aurait pu contraindre son terrible maître ? Shiva donc, avait rejoint Parvatî, rompant le lien intime infiniment qu’elle avait tressé autour d’elle et suscitant déception, colère froide, ardente résolution. A la voir courroucée, Shiva se contenta de rire, non sans tendresse, d’ailleurs, mais sans réaliser encore ce qui venait d'advenir : sa consort venait de réaliser qu’elle n’avait aucun serviteur qu’elle pût appeler sien.

10/11/06 - 20:47

Histoire de Ganesha - 1. La famille

C’était un couple idéal. Leurs amours avaient duré quelques jours – plusieurs milliers en fait, ou dizaines de milliers, ou centaine peut-être… sans doute… il est difficile de le dire, les dieux en avaient perdu le compte et on n’avait pas que ça à faire, de mesurer le temps, alors que de leur étreinte devait naître le sauveur des mondes qu’on attendait depuis quelque temps déjà – pour tout dire, depuis que le démon Tarakasura issu des champs inférieurs avait pris le contrôle des trois mondes, ce qui n’est pas gênant en soit, sinon pour les dieux qui n’aiment guère être mis à la porte de leur paradis privé. De cette union qui eût pu s’inachever dans l’indéfinie renaissance des mondes devait naître, tout de même, un fils, tout-plein-de-noms, comme il est d’usage, le plus célèbre étant sans doute Skanda, mais aussi Karttikeya, Murukan ou encore Shanmukha, dont les prérogatives sur la guerre furent précoces, puisque c’est lui qui rétablit l’ordre des choses à un fort jeune âge en défaisant certain vilain démon de façon pas-du-tout non-violente pour replacer les dieux sur leur trônes.

Ce n’est pas vraiment de cela que je voulais vous parler, mais il faut bien planter le décor, donc la famille : c’est du petit dernier qu’il s’agit, le chouchou à sa maman, la prunelle de ses yeux, et qui n’a pas été très aimé de son papa quand il était petit – mais ce n’était pas son papa, comme on verra. Alors évidemment, ça n’a pas toujours été facile, et du coup, c’est le corps qui trinque. Mais commençons par le commencement.

Le papa n’est pas un garçon très rigolo. Il fut longtemps perdu dans une ascèse en laquelle il consuma l’amour lui-même – puis il fut comme fou et partit errer une calotte crânienne collée dans la paume de la main. Il fut marié, jadis, mais sa première femme, outré du manque de respect que les siens montraient à son époux, préféra s’immoler par le feu pour renaître dans une famille qui le respecterait à sa juste valeur. Longtemps, il est resté dans la détestation de l’amour inutile. Tout couvert des cendres que l’on trouve sur les champs crématoire, son corps émacié est le refuge du serpent. Sur ses hanches, la peau du tigre, en ses nattes s’est perdu un fleuve - l’eau en jaillit en permanence, éperdue de pureté – et dans ses lourdes nattes montées en chignon la lune s’est perdue. Qu’avait-il besoin d’une épouse ?! Semblable à un dieu, dieu lui-même, au-dessus de tous les autres non dans le commandement mais dans le détachement et la puissance, tout du monde excellent dans les transition et les achèvement : Shiva, inégalé.


Et puis : une femme, la seule qui sut gagner son cœur, à force de pénitence aussi sévères que les siennes, plus encore sans doute, une femme dont l’âme d’airain ne dévia pas d’un pouce de son image pendant plusieurs saisons – quelques milliers, peut-être. Fille de roi, Parvatî sut abandonner palais, soieries, serviteurs, confort, richesses pour les pentes arides des forêts himalayennes et le service de Celui à qui elle se dédiait, formes et noms. Mais l’histoire de la séduction de Shiva n’entre qu’incidemment dans cette histoire, et tout commence alors que le petit Kartikkeya a fait ses premières dents sur Tarakasura.

10/11/06 - 16:33

Hombres

Rapide, l'homme de la rue. L'élan de son indépendance condense pour moi la potentialité sexuelle d'une rencontre

- ventre bas ventre cuisse projection souple du buste ballant des membres raideur de nuque mobilité du regard nudité stamina -

jusqu'à la floraison mate d'une révélation - de ce qu'en lui gise un possible abandon à toute-beauté, me sourd le sentiment
   amoureux
   érotique
   identiquement.

Son passage, alors, s'éternise
   éclair
   Inde

09/11/2006

09/11/06 - 20:50

National Gallery - Spleen

Trop pour moi de carrés de couleur accrochée. Les noms se mélangent. Il est tard pour un estomac vide – tard alors qu’il s’agit de se couler dans un flot de culture, où d’autres ont déjà tracé. En plus de toutes ces taches trop vives, me traversent les noms, qu’il faudrait reconnaître, les avis, qu’il faudrait soutenir. Savoirs périphériques, coincés entre ce qui devrait être fait et ce qui ne le devrait pas. Je me fourvoie, croyant jamais pouvoir me nourrir d’une culture dont ne m’apparaissent que certains des chemins les mieux balisés – outre vide, affolée de vent, grand souffle contraint qui ne sait.

08/11/2006

08/11/06 - 15:41

Continuité des villes

Corps ivre libre des villes – l’os du talon articulé au macadam fait lien imperméable, hypermobile de toi à moi – sexe tendu en contiguïté de toute marche – mains, membres, verbes – tout soutient le toit fantasmé du ciel – mais, seul dans la lumière oblique, l’arbre sait la douceur du soir et la rareté de l’azur.

08/11/06 - 15:40

Vers Tarbes

Bois tendu au-dessus de l’ombre portée
Ischions fichés en terre, mes os irriguent le ciel.

08/11/06 - 15:39

Une vanité

Le corps étale : merde longuement transmutée en machine à désosser le monde.

La pierre, véloce dévalée de son silence métamorphique jusqu’au tumulte des biocénoses, suivrait le trajet des déglutitions, digestions, digressions, arrachées multiples, tôt plongée qu’elle est aux estomacs des chouettes et dans l’humus bénéfique de toute forêt, athanor des monde où cuit chaque putréfaction,
si l’esprit
l’esprit
ah l’esprit, si l’esprit, oui,
n’ensablait son errance sonnaire son rance derrière la craie l'accraie des tempes, des tempes détrempe abritant d’un crâne les corps les coruscantes béances.

Mais cela n’a qu’un temps.
qu'un tant.

08/11/06 - 13:17

Grammaire de la solitude (extrait)

A ne s'effacer pas de tout dialogue même, on reste seul. Projeté dans la parole par le désir d’autrui – qu’autrui a de moi, que j’ai de lui – objectif et subjectif, ce génitif à têtes de gonades, troublant tel le double ballast masculin, à droite lourd un peu plus, solaire ballot contre la cuisse extériorisé, à gauche, tout encore épris des chaleurs de l’aine adolescente dont il découvrit, il y a peu, les libertés. Seul avec son insatiable appétit de plénitude, que le sexe affole.

 

Blogs à ravir

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De quelques films
(notes de -3 : exécrable, à 4 : culte)

Valse avec Bachir- - Waltz with Bachir (3+ à 4) - …
Le grand silence- - Die grosse Stille (3+) - Su-perbe. Mais n'y aller qu'à assumer des tendances contemplatives
Le Labyrinthe de Pan (3) - Secouant
La science des rêves (2) - maladroit parfois, poétique souvent, très justement terrifiant par certains côtés, très bellement interprété
V pour Vendetta (2) - Je lui préfère la BD, néanmoins
L'iceberg (3) - Délicieux, burlesque, amer, tendre
Le malentendu colonial (2) - Lent à démarrer, puis essentiel.
Le goût du thé (3) - Halluciné, émouvant et requinquant
Le cauchemar de Darwin (2) - L'Afrique qui meurt, vision partiale, néanmoins
Mysterious skin (3) - Extrêmement troublant. Lire encore cela.

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