Histoire de Ganesha - 4. La bataille du seuil
Trop loin, tu es allée trop loin, Parvatî. Ainsi songeait Shiva en appelant à lui la troupe de ses gana. Grotesques, terribles, hurlants et bégayants se rassemblaient les terribles assistants du destructeur des mondes. Hurlants, terribles, bégayants et grotesques, ils se mirent en route, dirigés par Nandi, vers les portes du palais de Parvatî. Mais le jeune homme, brillant devant leur multitude sombre se contente de sourire, fait tourner son bâton au-dessus de sa tête et se lance dans la mêlée. Têtes défoncés, membres rompus, corps brisés, nul n’en réchappe, les gana sont en déroute, et Shiva, déconfit, n’a d’autre ressource que d’en appeler aux autres dieux. Brahmâ tente la conciliation, déguisé en saint homme, mais subit le même traitement – outre qu’il y perd quelques poils de barbe. Indra, Kartikkeya et leurs armées sont pareillement défaits. C’est que Ganesha n’est plus seul : Parvatî, que l’on a tenu au courant des assauts sur son fils, a créé de sa fureur ses deux plus grands avatars : Kalî et Durgâ – les crée ou les recrée : ce ne sont jamais que les formes terrifiantes de sa colère – de femme, de mère, de reine, de déesse : non, il n’est pas d’autre colère que celle de Parvatî.

Ainsi, tandis que les deux déesses contiennent le gros des armées, Ganesha peut-il continuer à affronter la puissance des dieux lancés contre lui. Le voyant invincible, Vishnu suggère la traîtrise. Et c’est de derrière que Shiva parvient à lui couper la tête alors que Vishnu retient son attention en un combat passionné, où même le redoutable disque solaire qu’il sait manier avec tant d’efficace contre les
asura ne le protège qu’à peine. Un coup de trident envoie bouler le chef de l’enfant à l’autre bout du monde, terrible à mesure de la crainte du dieu que sa force n’y suffît pas.