De l'expérience dite "mystique"
Dans l’Introduction aussi magistrale que brève de son Aux sources du bouddhisme (1), Lilian Silburn tente une définition de l’expérience que les textes bouddhistes s’essaient à recueillir, soit encore de celle que l’on trouve résumée sous les termes de nirvâna, mokshâ – libération, vie divine ou mystique, naissance du Christ en l’âme, etc.
Au vu de son intérêt intrinsèque et dans la mesure où s’y trouve résumée, bien mieux que je ne saurais le faire, ma position du moment sur la question, une fois n’est pas coutume, je vous en livre de larges extraits :
« [Cette expérience est] une expérience d’une telle simplicité qu’elle en échappe à l’entendement : contact immédiat avec la Réalité, elle ne se réduit nullement à une philosophie, à une morale, à une sagesse ou à un yoga. Tant que l’on ne découvre pas sa vraie dimension, elle reste incompréhensible.
[…] La définir de façon conceptuelle est déjà une contradiction. Pourtant elle n’a rien d’intellectuel. Toute spéculation sur la réalité est l’obstacle même qui empêche de la toucher ; non parce que l’idée qu’on s’en fait serait fausse, mais essentiellement parce que c’est une idée […], c’est-à-dire une représentation. L’activité noétique (2) en constitue l’écran. Il est dit pourtant que le mystique (3) obtient la Connaissance ultime ainsi que l’Éveil. Mais cette connaissance n’a rien de mental ; elle est évidence, pure intériorité au sens où il n’y a aucune différence entre extérieur et intérieur, entre soi et non-soi, connaissance nue, informelle, sans particularité, sans objet, sans vérité ni erreur, dépouillée de tout attribut, de tout jugement de réalité ou d’irréalité, sans limite et sans absence de limites. Elle est sans Dieu, sans moi, et donc sans relation.
[…]
[Dès lors, les textes du bouddhisme] n’analysent pas les données d’un savoir, d’un jeu de concepts ou de systèmes, mais veulent décrire l’expérience dans sa réalité concrète globale. De par la nature de celle-ci, ils sont amenés à chaque moment à tout dire à la fois, car la Réalité ne se décompose pas et ce serait la trahir que la ramener à une claire énumération d’idées. Ainsi est-ce la même expérience qui est évoquée d’un texte à l’autre, mais appréhendée à des niveaux différents, par des tempéraments différents, à des époques différentes et dans des langues différentes.[…]
Les expériences décrites dans nos textes […] s’expriment par un ensemble de termes qui constituent un véritable langage technique […] que l’Inde a élaboré en se fondant sur l’observation répétée de tous ceux qui suivaient ce chemin.[…] Un tel ensemble constitue un matériel unique, quasi intraduisible […]. Le vocabulaire mystique de l’Occident ne peut servir pour la simple raison qu’il ne forme pas un langage précis et commun. L’expression de la mystique dans nos pays est restée individuelle et élémentaire (ce qui ne préjuge pas du niveau des expériences elles-mêmes). »
(1) Lilan Silburn Éd. – Aux sources du bouddhisme – Paris : Fayard, 1997 – 538 p.
(2) ou intellectuelle : du grec nous (prononcer « nousse »), l’esprit, on tire l’adjectif noétique. [NdK = Note de K]
(3) C’est par ce terme de LS choisit de traduire l’ârya, le noble au sens du bouddhisme. [NdK]
02/01/07 - 21:47
Chacun a sa façon de voir la religion bouddhiste et du moment que l'on vit bien avec soi même et sa conscience religieuse c'est l'essentiel...
Comme disait Bouddha:
"Ne suivez pas mon expérience mais la vôtre, qui sera aussi riche et différente que la mienne... Toutefois respectez une certaine forme de discipline de vie..."
Et surtout ne m'idolatrez pas :)
bouddha_eyes