27/04/2007Lecture de NS Pas de politique dans ce post. Si vous en attendez, n'allez pas plus loin. Juste un mise au point sur mes précédents articles et certains arguments idiots qu'on fait peser un tout petit peu trop lourd dans la balance du débat, je trouve - ils y ont néanmoins leur place. Un authentique démocrate ne trouvera rien que de très banal dans les lignes ci-dessous.
Je viens de terminer (merci lllll) le bouquin de NS sur les rapports des religions et de l'Etat. Je n'y vois rien de monstrueux. Un certains nombre d'idées que je trouve même plutôt intéressantes - conséquences de la conception d'une laïcité qui ne se construit plus comme arme de guerre contre les Eglises, mais comme outil de paix entre elles, les non-croyants, les autrement croyants, etc., chacun à égalité. Je crois à la fécondité du dialogue avec les religieux, pour peu que les règles du jeu républicain soient respectées. Et en ce sens, NS ne cesse d'en réaffirmer le primat.
Il y a également des idées au sujet desquelles je suis plus réservé : les subvention de l'Etat aux cultes demandent précautions, a minima -, et des orientations que je trouve sommaires - la notion de "grande" religion, l'incompréhension du bouddhisme (dont l'image de l'homme est trop éloigné des grandes religions d'origine sémitiques), une définition sommaire et lénifiante de "spiritualité" dans un sens qui rejoint vaguement celui de "croyance", l'espérance conçue comme simple espoir de quelque chose après la mort, etc.)
Mais rien qui me choque, dans la logique du débat républicain. J'irais plus loin : la vertu des opinions exprimées permet au moins de poser les termes d'un débat, de se reposer quelques questions afin de vérifier si tiennent toujours les conclusions issus de combats passés. Je crois que cela est essentiel au fonctionnement d'une démocratie, régime politique dont la force tient en cette faiblesse qu'il doit en permanence à s'assurer de lui-même.
Je suis très sceptique à l'égard de la curée ad hominem du moment contre NS - je ne trouve par exemple pas beaucoup de faits dans l'article de Mariane, ou en tout cas de mesure dans la présentation des faits, et je ne suis pas en mesure de déterminer s'il est toujours objectif ou non : je le retiens comme une pièce du dossier, à recouper avec d'autres, à un moment où tout recoupement est idéologiquement orienté... De toute façon, je ne vote pas pour ou contre un individu - sauf cas exceptionnel.
A cela, mes précédents posts ont sans doute participé, et dans cette mesure, je n'en suis pas très fier. Non que je ne maintienne mes analyses - il y a du christique dans ses façons d'être, elles sont une de ses facettes, que je n'avais pas détectée avant le grand stress que doit représenter une période d'élection présidentielle. Certes, le bonhomme est un volcan - mais que dire de son adversaire ? Cela ne signifie en rien qu'il soit fondamentalement dangereux - soit : antirépublicain (il ne l'est pas) ou anti-démocratique (pas plus). Le reste est de la politique et mérite débat - l'Edito de GA du moment en ce sens me plaît assez : des faits vérifiables et, comme tous faits, interprétables.
Dans le cas contraire, je ne pense pas que le processus démocratique en ressorte en rien renforcé. Ma voix ira très clairement à gauche, et, la gauche viendrait remporter cette élection, j'espère pouvoir en être fier. 24/04/2007Interprétation de NS (4)In fine, son attitude quasi-religieuse à l'égard de la nature humaine motive les jugements de NS en matière de moralité publique. Et cela seul est bien plus effrayant que sa profession de foi innéiste – qui n’en est à mon sens que la conséquence.
C'est à la lumière de cela qu'on peut interpréter cette autre citation [faite en début du post de PacoRabanne] :
Que l'être humain peut être dangereux. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons tant besoin de la culture, de la civilisation. Il n'y a pas d'un côté des individus dangereux et de l'autre des innocents. Non, chaque homme est en lui-même porteur de beaucoup d'innocence et de dangers.
NS, Philosophie Magazine, op. cit., p.34b.
Il y a là peut-être un geste politique vers certaine droite ou gauche inquiète de sa sécurité. Mais je crois, essentiellement, que cette réplique témoigne d'une croyance de NS qui se fonde sur ce qu'il a déjà éprouvé en lui-même. Interprétation psychologisante qui ne vaut pas grand chose, guère plus qu'un des éléments d'un faisceau de présomption. Cette dangerosité de l'homme méchant, dangerosité que seule la civilisation peut canaliser - on nage dans les thèses darwinienne du XIXè, donc parfois américaines du XXIè siècle, aussi - ce serait en lui que NS l'aurait d'abord rencontrée, ou contre lui, peut-être encore.
A relire la stratégie Ender, d'O.S. Card, NS me rappellequelque chose de Peter, le terrifiant frère d'Ender, dont seule l'accession au pouvoir politique suprême fera un authentique démocrate. Suffisamment lucide, il se trouve dans la politique un dérivatif à son inquiétant sadisme, soit : de son désir de domination.
Donner la Présidence à NS pour l'empêcher de devenir un serial killer, ou pire ? une graine de Dictateur ? lol, on nage ici bien sûr dans le grotesque, et il ne faut voir dans ces dernières lignes qu’un portrait à la limite d’un personnage réduit à un seul de ses traits : une allégorie de nos propres peurs, croquemitaine que certains parmi nous – et moi, à l’occasion – nous amusons à convoquer pour jouer avec nos propres peurs.
Il n’empêche… "chaque homme est en lui-même porteur de beaucoup d'innocence et de dangers." Petite phrase dont on fait les saints et les monstres. Dualisme qui n'aurait pas d'incidence réelle sur le jugement qu'on peut porter sur l'homme politique – et sur celui-là seul – n'était qu'il a valeur de fondation d'une grande partie de son action politique, ancré qu'il semble se trouver dans une croyance profonde en ce qu'est l'homme. Croyance plutôt inquiétante, comme à chaque fois que le pouvoir s'encombre de grandes convictions sur la nature humaine. L'innéisme n'est ici qu'un peu d’obsidienne. Ne la confondons pas avec le volcan d'où elle a pu jaillir. On peut certes vivre à côté d’un volcan. Il convient cependant d’être vigilant. Interprétation de NS (3)Non que la modernité occidentale n’ait elle aussi porté un idéal utopique de fin de l’histoire – idéal issu de la sécularisation directe de l’anthropologie chrétienne d’un retour du Christ et d’une fin des temps. Mais il me semble que NS mélange les termes issus d’un projet démocratique républicain (société de la pleine citoyenneté, République fraternelle) et d’une eschatologie religieuse et à proprement parler christique. C’est l’un des sens que prend, sous cette lecture, le premier paragraphe de la Déclaration précédemment citée : s’adresser explicitement à tous ceux que l’existence brise (Je veux parler à…) en parlant de leur redonner l’espérance (l’une majeure des vertus de l’Eglise ; eût-on plus sobrement parlé d’espoir qu’on n’aurait pas réveillé ces connotations), de les intégrer dans une famille protectrice des droits du plus faible. Ainsi NS – prophète ? Pape ? Messie ? Non : présidentiable, remettons les choses à leur place - se présente-t-il là comme celui qui parle aux pauvres, aux faibles, aux déchus, pour leur donner une famille qui les protège et leur redonne l’espérance.
Mais espérer en quoi ? En l’avènement, enfin, de la République idéale – forme de Paradis sur terre – : une France de rêve, un rêve français : paragraphe suivant. Belle utopie dont les accents républicains et fraternels sont tempérés par le ton du paragraphe précédent. Parce que de l’utopie républicaine à la croyance religieuse en l’avènement d’un monde meilleur, il n’y a pas loin. Dans un petit livre de 1968 – mes sources sont anciennes,, amis on pourrait je pense sans difficulté réactualiser -, le témoins de Jéhovah écrivaient :
Désirez-vous vivre dans la paix et le bonheur ? [..] Attendez-vous avec impatience le jour où il n’y aura plus de méchanceté, plus de souffrances ? Toute personne au cœur honnête recherche ces choses. Mais aujourd’hui, partout dans le monde, la criminalité, la faim, la maladie ne cessent d’augmenter.[..] Existe-t-il de bonnes raisons de croire que de notre vivant les conditions s’amélioreront ?
Oui, il y a lieu de nourrir un tel espoir, etc.
La Vérité qui conduit à la vie éternelle, Watchtower Bible and Tract Society of New York, inc., New York, 1968 ?
Bien sûr, les conclusions que tirent de ces prémisses les Témoins de Jéhovah sont fort différentes, mais le ton est fondamentalement le même. Je ne suis pas en mesure de dire si NS réactive les ressorts religieux du politique au XIXè siècle – ce qui expliquerait mieux encore sa proximité d’avec certains USA, ce coin du monde qui nous renvoie l’image dérangeante de notre propre passé politique. Il est certain cependant qu’il exploite les messages du religieux contemporain : entrez dans l’espérance, n’ayez pas peur, etc. sont désormais, pace NS, des témoins de la confusion des genres politiques/religieux. Interprétation de NS (2)Le propos de NS me semble témoigner d'une peur viscérale de ce qui pourrait rendre la moindre raison de ce qu'il faut bien nommer à sa place - lui ne le fait jamais ! - le mal. Comme si le travail de l'historien ou du psychologue devait buter, aux extrêmes de la nature humaine, sur quelque chose qu'il ne saurait plus, ne pourrait pus, ne devrait (!!) plus pouvoir comprendre, une forme de solution de continuité (de rupture) dans la chaîne des raisons explicatives. Et cela : c'est le mal, qui passe tout entendement, et, dès lors, dont les tentatives d'explications ne peuvent paraître que suspecte à ceux qui ont cette sensibilité à sa reconnaissance en tant que tel ; le mal : ce qui horrifie au point qu'il ne faut même pas, surtout pas, chercher à comprendre. Je glose, bien sûr, mais pas si largement que ça.
Onfray essaie bien de rectifier : expliquer n'est pas justifier. Mais on sent bien que pour NS, donner des raisons au mal, c'est déjà le justifier. A preuve l'utilisation théologiquement marquée de mystère - mot usuellement employé pour certains épisodes de la vie du Christ, mais que l'on rencontre encore pour rendre compte de l'inexplicable présence de la méchanceté, de la douleur, de la souffrance dans un monde créé par un Dieu bon.
S'il ne s'agit plus de comprendre, il convient néanmoins de combattre et mettre en ordre : éliminer ce mal, ou plutôt : cette méchanceté - le mauvais dans l'homme - que l'on a identifié comme tel. Non pas rendre raison, mais réduire, tenir à l'écart, se protéger et protéger les autres :
Je veux les protéger contre la violence, contre la délinquance, mais aussi contre la concurrence déloyale et les délocalisations, contre la dégradation de leurs conditions de travail, contre l’exclusion.
NS - déclaration citée.
On est ici aux antipodes de ces acquis de la tradition occidentale depuis l'époque Moderne (XVIè, XVIIè sicèle, avant les Lumières, en fait, qui n'en sont que l'idéologisation quelque peu massive), et en parfaite opposition avec les tendances des sciences humaines au XXè siècle. En consonance par contre avec les courants très profondément anti-modernes aux EU d'Amérique.
Interprétation de NS (1)Une fois n'est pas coutume. Je me rendormirai bien vite dans mon sommeil "politique".
Pour l'heure, on partira de cette belle citation-là :
Je veux parler à tous ceux que la vie a brisés, aux accidentés de la vie, à ceux qu’elle a usés, à ceux qui sont dans la détresse. Je veux parler aux malades, aux handicapés, aux personnes âgées, à ceux qu’une pression trop forte a épuisés, à ceux qui ont trop souffert. Je veux leur redonner de l’espérance. Je veux leur dire que la France dont je rêve est une France qui ne laisse tomber personne, une France qui est comme une famille où le plus faible, le plus vulnérable, le plus fragile a droit a autant d’amour, autant de respect, autant d’attention que le plus fort, une France où même dans celui qui n’a plus de force on reconnaît la dignité de l’homme et du citoyen.
Je veux m’adresser à tous les Français pour leur dire que la société du plein emploi est un moyen et que l’objectif c’est la société de la pleine citoyenneté. Je ne souhaite qu’une chose : rassembler le peuple français autour d’un nouveau rêve français, celui d’une République fraternelle où chacun trouvera sa place, où personne n’aura plus peur de l’autre, où la diversité sera vécue non comme une menace mais comme une richesse.
NS - Déclaration - 1er tour de l'élection présidentielle - Dimanche 22 avril 2007
Je ne prétends pas en donner la vérité, et surtout pas m'inscrire dans les termes immédiats des débats politiques en cours. Il sera essentiellement question de certains des ressorts symboliques en jeu dans ce que je sais de deux des interventions récentes de NS. Ce que je vais développer est tellement patent que je m'étonne de ne rien avoir lu/entendu à ce sujet - c'est sans doute faute de m'être assez documenté.
Dans ce qui suit, on aura donc soin de se rappeler qu'il ne s'agit que d'un éclairage partiel, quoique à mon sens non négligeable, et que si je le trouve pour ma part déterminant en matière de vote, je laisse chacun se déterminer en conscience.
Mon commentaire s'appuiera sur ceci, du même, quelques jours auparavant :
Qu'un grand peuple démocratique participe par son vote à la folie nazie, c'est une énigme. Il y a beaucoup de nations à travers le monde qui traversent des crises sociales, monétaires, politiques, et qui n'inventent pas la solution finale ni ne décrètent l'extermination d'une race. Mieux vaut admettre qu'il y a là une part de mystère irréductible plutôt que de rechercher des causes rationnelles.
Confidences entre ennemis - dialogue avec M. Onfray - Philosophie Magazine n°8, p. 34a.
Je reprendrai très largement dans les posts suivants le commentaire que je faisais dans un post consacré à NS du blog de PacoRabanne, en y insérant quelques éléments d’éclairage de l’extrait de la Déclaration ci-dessus.
22/04/2007Trouver goûtSouvent, ce ne sont que solitudes face à solitudes. Ce que le printemps exacerbe. Cela : le trop-plein de soi, trop-plein de murs, trop-plein d'attente d'une colonne dont les vertèbres tardent. On déborde d'une fragilité tendre et de l'impérieux désir d'asservir tel ou tel à la précision douloureuse de caresses en gésine, toujours. Et l'on se sent si vulnérable, dans le vent abrasif des hormones. Les pollens irritent le ventre lourd des paupières. Il y a des bandaisons qui ne trompent pas - elles mentent simplement par excès de candeur : je t'aime - c'est la part du pauvre.
Alors : le goût. Laisser se déployer l'arôme de cela, qui vient de jadis, aujourd'hui fossilisé en telle croyance du corps et de l'esprit qu'elle nous en semble nature. Ne pas chercher à fuir les choses désagréables, ne pas se précipiter vers les choses dont on anticipe déjà et toujours trop du plaisir. Mais laisser d'abord, dans une infime et très-légère intention de résistance à ce mouvement qui nous précipite de-ci, de-là, laisser se manifester fût-ce un tout petit peu du goût de ces états, si plaisants, si déplaisants.
Quel goût, à l'ennui, à l'envie, au désir, au rire, à la chaleur et au vent ? Quel plaisir, et quel déplaisir ? Laisser juste la sensation comme elle se manifeste, ici, ou là, dans le corps, et sentir quelle impulsion cela engendre, à la contingence de quelle explication on la rattache. Surtout : ne pas mentaliser : ressentir, ressentir, ressentir seulement - oh, ce garçon aux yeux verts ! Et ne pas juger - c'est bien, je recommencerais/je voudrais/toujours/etc. ; c'est pas bien, je n'en veux plus/je veux pas/plus jamais/etc.
Alors solitude perd de sa dureté. Quelque chose vient, d'une connexion plus intime à ce qui est. Alors on respire un peu mieux dans les nuits ce qui coule des étoiles, grand flot où mon corps trouve sa place.  |
| De quelques films
(notes de -3 : exécrable, à 4 : culte)
Valse avec Bachir- - Waltz with Bachir (3+ à 4) - … Le grand silence- - Die grosse Stille (3+) - Su-perbe. Mais n'y aller qu'à assumer des tendances contemplatives Le Labyrinthe de Pan (3) - Secouant
La science des rêves (2) - maladroit parfois, poétique souvent, très justement terrifiant par certains côtés, très bellement interprété
V pour Vendetta (2) - Je lui préfère la BD, néanmoins
L'iceberg (3) - Délicieux, burlesque, amer, tendre
Le malentendu colonial (2) - Lent à démarrer, puis essentiel.
Le goût du thé (3) - Halluciné, émouvant et requinquant
Le cauchemar de Darwin (2) - L'Afrique qui meurt, vision partiale, néanmoins
Mysterious skin (3) - Extrêmement troublant. Lire encore cela.
Autumn Me  |