30/12/2007Pour des raisons légales de protection des mineurs, cet article n'est accessible qu'aux inscrits. Vous pouvez vous identifier si vous êtes inscrit, ou vous inscrire si vous êtes majeur. Du mal (3/3) – anciennenement "De l'insulte", j'ai dévié3. Dans ce dernier post, la question que je voulais me poser était celle du rapport du mal et de l’Occident. C’est beaucoup trop ambitieux. Je me contenterais de ce que je crois, spontanément, comme ça, sans pouvoir l’argumenter réellement, tant les problèmes que ça soulève sont complexes et devraient faire appel à des disciplines diverses pour leur résolution – discipline que je maîtrise fort mal, en particulier l’histoire et l’anthropologie. Ce seront donc des propositions, souvent outrancières, énoncés sans plus de précaution :
L’Occident, du fait de son expansionnisme, est l’une des civilisations les plus vectrices de mal sur la planète – je ne dis pas la plus intrinsèquement maléfique, mais celle qui a causé le plus de mal partout et dans tous les domaines.
Parallèlement, l’Occident a peu à peu réduit la bipolarisation bien/mal sur laquelle il avait bâti son histoire : sécularisation des savoirs et de la politique, règne des multiplicités démocratiques après la folie de l’unité – règne tronqué du fait du travail en profondeur de cette même folie, encore aujourd’hui –, refus des transcendances au profit des intérêts, individuels et collectifs, consumérisme et capitalisation tout azimuth – contre la valorisation transcendante des œuvres et des biens collectifs -, etc.
La mise à plat du monde engendre de la tension : la mise entre parenthèse symbolique des hiérarchies – et non pas leur disparition : elles sont toujours à l’œuvre – s’oppose sans doute à la façon dont les groupes humains s’organisent plus spontanément.
La disparition des transcendances – et donc de l’intangibilité au moins locale des valeurs – engendre une incertitude quant aux démarches à suivre, particulièrement lorsque les ressources deviennent rares. D’où l’importance aujourd’hui des cerces de délibération rationnelle –ainsi que le poids des lobbies. Tout cela engendre de l’inquiétude – une agression quant au cadre de vie, fût-elle strictement symbolique. Et une plus grande proximité aux mécanismes de production du mal.
Qui plus est, l’éducation occidentale, la formation des individus à devenir des membres du groupe, pâtit plutôt de cette situation. Couvercle trop tôt levé : nous ne maîtrisons plus la perte des transcendances – nous sommes toujours éduqués par rapport à elles, morale, justice, etc. – pas plus que nous ne savons encore maîtriser la levée des interdits sexuels au cours des trois derniers siècles – et surtout du XXè. Globalement, nous restons de grands adolescents, tôt vieillis et désabusés pour ceux qui sont entrés dans le XXè siècle après deux Guerres Mondiales, tout feu tout flamme pour ceux qui sont restent ancrés au XIXè siècle (les USA essentiellement, quoique le 11/09 puisse changer quelque chose à cela).
Et les adolescents, soit c’est malheureux et ça (se) fait du mal, soit c’est trop entreprenant, et ça écrase tout sur son passage. En tout cas, c’est rare que ça s’arrête pour réfléchir un peu – ou alors ça le fait trop ! C’est super, l’adolescence, bel âge, comme tout autre, mais il n’est pas bon que cela dure – c’est épuisant, pour tout le monde. Du coup nous voilà dans un monde épuisé, par nos névroses et nos élans. Et ça, ça, c’est générateur de mal. De Dieu - Une fois encore, mais très courtQue je ne croie pas - du tout - en un Dieu créateur ne signifie pas que je ne crois pas en Dieu.
Simplement Dieu n'est pas un être, ni l'être, ni quoi que ce soit qui se laisserait mettre en récits plus ou moins fantastiques ou rationnels.
Dieu, ça se vit.
Bien sûr on peut avoir besoin de récits, si ça aide à s'approcher d'une vie en Dieu (mokshâ, dans un autre langage, ou nirvâna) - mais quand on vit en Dieu, on n'a absolument plus besoin de toutes ces béquilles.
Le reste, institutions comprises lorsqu'elles ne sont pas directement ordonnées à ça, c'est de la farce. Du bavardage. De l'illusion. De petits arrangements avec les morts et le mal. Strictement mondain, quoi. Profane. 29/12/2007De l'insulte - du mal (2/3)2. Passons à ce mal qu’on dit. De façon très générale, je définirai ici le mal comme ce qui cause une souffrance – ou plus exactement, comme ce qui cause une souffrance indûment élevée au regard des gains éventuels que ceux qui en sont l’objet espèrent en retirer ?
Que signifie aimer à faire du mal ? D’où vient cette dose de sadisme que l’on suppose tout homme en meure d’exercer ? Très honnêtement, je ne sais pas. La psychanalyse aurait sans doute bien des mots à dire là-dessus, mais aussi l’anthropologie – cf. R. Girard, incontournable, même si je n’aime guère l’excès, et l’excès catholique, de ses thèses.
Ce que je crois sommairement, c’est qu’à quelques très rares et remarquables exceptions – celles de la sainteté, par exemple –, le réservoir pulsionnel de tout un chacun contient une possibilité de sadisme, plus ou moins latente. Qu’elle en vienne à s’exprimer dans ce passage à l’acte qui rend jouissive la souffrance de l’autre – ou l’idée de cette souffrance –, c’est une chose complexe qui mêle éducation, valeurs sociales, dynamiques de la croissance individuelle, etc. Bien sûr, ça ne veut pas dire que tout un chacun aime à faire souffrir, mais que la tendance générale est là : l’universalité de cette passion, à mon sens, s’arrête là. Dans nos sociétés malgré tout christianisées, la vision de la souffrance d’autrui, et la réjouissance qu’on peut en tirer, relèvent d’un tabou, levé dans des circonstance bien délimitées, Journal de 20:00 ou projection cinématographique par exemple.
Il y a sans doute un équilibre entre deux fonctions contraires, qui jouent toutes deux un rôle dans la stabilité des groupes humains – et donc dans leur reproduction. D’une part, la nécessité d’assurer au groupe un territoire où il puisse coordonner son activité requiert le déploiement d’une agressivité à la fois interne : gestion du statut, soit de l’accès hiérarchisé aux ressources, éventuellement reproductives ; et externe : défense du territoire contre des envahisseurs d’un groupe étranger ou d’une espèce concurrente, soit de l’accès privilégié aux ressources appropriées par le groupe(2). D’autre part, la nécessité de tisser des liens forts à l’intérieur du groupe interdit que tous les gestes soient de type agressif. Les comportements de réconciliation étudiés par le primatologies, mais encore l’altruisme, longtemps pierre d’achoppement pour les théories sociobiologistes, permettent de développer dans les groupes – et parfois d’un groupe à l’autre – des liens attractifs qui s’opposent aux liens répulsifs agressifs. Il y va là d’une possibilité d’empathie, qui nous permet de nous mettre à la place de l’autre et d’éprouver de façon plus ou moins atténuée et plus ou moins distordue ce qu’il éprouve(3). Tout ça bien sûr de façon sans doute affreusement schématique.
Ce cadre d’un jeu entre forces empathiques et pressions agressives permet de comprendre quelque chose du mal – et par exemple ce qu’on appelle ici ou là un mal nécessaire. Est mal tout ce qui me fait souffrir sans que je puisse espérer en tirer un gain qui compenserait la perte qui m’est faite. La dynamique des groupes humains – et donc les dynamiques interindividuelles et personnelles qui les sous-tendrent – sont indissociables de la lutte pour les ressources qui conditionne la stabilisation d’une espèce qu cours de l’évolution. Une telle lutte a fait de nous des animaux à la fois sociables et agressifs : pacifiques et guerriers. L’appropriation des ressources par des individus dominants ou des coalitions de tels individus, fait partie de notre constitution d’espèce – j’insiste là-dessus : c’est statistique, pas universel. Et les luttes liées à ces appropriations engendrent inévitablement le mal : ça arrive à chaque fois qu’on prive quelqu’un de ressources qui lui sont ou qu’il croit nécessaire à son existence. Et ces ressources, parce que nous sommes des parlants, peuvent être symboliques – mais le lien entre la parole, l’affect, et le symbole ressource est extrêmement complexe à dégager, voir mon précédent. Et si faire/dire le mal peut être source de plaisir, cela ressortit peut-être bien à la satisfaction qu’il y a à assurer sa prise sur les dites ressources, ces objets du désir dont on fait la source de toute jouissance(4).
Un tel schéma, qui tend à dé-théologiser la notion (pas de faute originelle), permet encore de rendre compte de sa banalité, les chaînes de l’excision d’un sous-groupe d’une société donnée n’ayant pas à manifester la volonté destructrice au niveau de chaque acteur – dit autrement : il n’est pas besoin d’un sadisme généralisé pour en arriver aux camps de concentration, c’est d’ailleurs bien là le problème : le phénomène est bien moins rare qu’on ne voudrait le croire.
Dire le mal, essayer de couper l’autre de lui-même ou de son groupe – Olivier Bruley l’a fort bien écrit dans un commentaire à mon précédent –, c’est une donc attitude standard, qui ressortit de nos gènes. Ce qui ne veut pas dire que ce soit bien : que quelque chose soit naturel ne signifie pas que ce soit bien ou bon – la belladone, c’est naturel et mortel… Et que cela ressortit à une structure générale de nos gène ne signifie pas que cela nous détermine individuellement au mal, du fait d’une part de la variabilité génétique individuelle, qui doit aussi faire la part belle à l’empathie, et d’autre part de l’influence du contexte éducatif et de la valorisation ou non de l’agressivité sadique. – plutôt en hausse de nos jours, j’y reviendrai dans le troisième post.
À mon sens, donc, il n’y a pas de mystère du mal – il n’y en a que si l’on croit en un Dieu créateur et bon, ce qui, on l’aura compris, ne fait pas partie des éléments que je peux mobiliser dans une argumentation : je ne crois pas en un Dieu créateur bon. Il y a des mystères si l’on veut, scientifiques, à élucider : plus que des mystères, au fond, ce sont des problèmes dont la résolution est gage d’une meilleure compréhension du fonctionnement des choses. Mais bien sûr, ça ne nous dit pas grand-chose sur la façon dont nous pouvons nous en accommoder – à cela, le volant pratique et plus spécifiquement spirituel des religions est plus approprié.
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(2) Bien sûr, il faut entendre « territoire » dans un sens symbolique, l’espèce humaine étant à la fois nomade et, depuis l’invention de l’agriculture, sédentaire.
(3) On pense que les neurones miroirs, récemment reconnus dans les capacités d’imitation en jeu notamment dans l’apprentissage, pourraient constituer l’un de relais de cette capacité à l’empathie. Ça n’est encore qu’à l’état d’hypothèses, et ne décrit sans doute pas l’intégralité du paysage sur ce sujet.
(4) Note aux bouddhisants : le samsara, un piège de l’évolution, quoi ;o). De l'insulte (1/3)Dans un récent commentaire, Olivier Bruley écrit ceci :
J'ai souvent l'impression que la seule passion des hommes est de faire du mal. Mais comme la plupart d'entre eux n'ont pas tout à fait le courage de faire, d'agir, de s'exposer, ils se contentent de dire du mal, inconscients qu'ils sont, les pauvres, que dire et faire du mal sont une seule et même chose.
Ça me suscite plusieurs commentaires, d’abord sur le lien du dire au faire dans l’insulte, ensuite sur ce mal qu’on aime à faire, enfin sur l’universalité de cette « passion du mal ». En trois post – si je tiens la distance !
1. Dans l’insulte, et plus largement, dans l’attentat verbal – calomnie, etc. –, dire, c’est faire (du mal), pour plagier un titre, célèbre dans son domaine, du philosophe Britannique John L. Austin.
« T’es qu’un pauve con ! » n’est pas une description d’un état du monde ; ça ne réalise pas une action en tant que telle (décréter que quelqu’un est con ne le rend pas con, en tout cas pas de la même façon que déclarer ouverts les Jeux Olympiques les ouvrent effectivement si c’est la bonne personne au bon es endroit et moment qui le fait !) ; en revanche, ça entend obtenir un effet sur l’interlocuteur – je ne parle ici que de l’intention première : parce qu’au fond, « pauve con », dans une certain mesure, décrit bien quelque chose et entend aussi assigner quelqu’un à n’être qu’un « pauve con » ; mais ce n’est qu’à titre secondaire : le premier enjeu est de blesser. (*)
L’insulte est un énoncé qui entend avoir un impact sur celui à qui elle est destinée. Mais comment ça marche ? Pourquoi le simple fait de prononcer un mot, une phrase, peut avoir un tel effet sur le flux de nos émotions ? A quoi sommes-nous sensibles ? Au mot ? Sûrement pas : si c’était le cas, nous n’aurions pu nous faire de queer ou pédé des titres de gloire. Au ton ? À l’intention derrière le ton/le mot ? Mais comment apprenons-nous – et y a-t-il bien apprentissage ou est-ce inné et en ce cas dans quelle mesure ? – à déchiffrer l’intention, et pourquoi une intention nous affecte-t-elle, au point parfois de pouvoir nuire à notre développement émotionnel ?
Plus largement, on sait comment l’opprobre peut être difficile à supporter – il y faut un caractère bien trempé, ou une grande innocence, tiens. Il me semble qu’il y a derrière ces phénomènes un mécanisme assez vaste de contrôle interne aux groupes de primates humains, qui leur permet de négocier par la force non pas physique mais psycho-sociale, les comportements acceptables en leur sein : ce qui est acceptable ou pas se transmet dans le lot des valeurs intériorisées par l’éducation, le jeu de la parole (et/ou de la contrainte physique) fournissant le moyen d’action nécessaire pour que ce qui est mal soit sanctionné, ce qui est bien, récompensé – les scénarios d’application des moyens de sanction/récompense étant eux aussi l’objet d’une transmission par le biais des récits (contes, littérature, cinéma, faits divers, etc.) et de l’éducation.
Mais tout ça ne dit pas sur quels processus psychologique la parole peut bien agir pour avoir les effets émotionnels de l’insulte. Mon hypothèse est que c’est lié
- à des structures cérébrales sélectionnées dans notre lignée animale, et nécessaires à la cohésion des groupes que nous formons – l’espèce humaine est grégaire.
En ce sens, il est fort possible qu’il y ait des interactions fortes à ce niveau entre la nature de l’insulte et la conquête et/ou de la conservation du statut social – qui est une constante dans les groupes de primates, aussi variées les stratégies soient-elles. Et sans doute encore aux logiques territoriales inter-groupe et à la guerre. Bref : etc. Pas une question simple.
- à un apprentissage de la contrainte lié au rapport entre l’enfant et la mère ou entre l’enfant et ses pairs dès qu’il est en âge de socialiser – on sait à quel point les enfants peuvent être sensibles à l’insulte : « Il m’a traité !!! ». Je ne sais pas s’il y a des études là-dessus – sûrement !
En tout cas c’est à creuser, pour moi, ça reste mystérieux.
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(*) Austin distinguait sur ce modèle trois forces dans toute énonciation (le fait de prononcer une phrase en situation, dans une conférence, dans la rue, etc.) :
- locutoire (ou illocutionnaire) : ce que la phrase décrit du monde ;
- illocutoire (ou locutionnaire) : ce que la phrase fait dans a situation où elle est énoncée : arrêter quelqu’un au nom de la loi, éliminer un candidat, etc. ;
- perlocutoire(ou perlocutionnaire) : ce que la phrase fait faire à autrui, les effets qu’elle entend avoir sur le comportement d’autrui.
AffolementsLorsque je suis coupé de mon corps comme en ce moment, ce sont ma tête et ma bitte qui dirigent. Quelque vive que puissent être les émotions, elles sont toutes détournées au profit soit d’un orgasme à venir, soit d’une hyper-intelectualisation, sorte de discours théorique intérieur assourdissant, étourdissant.
Je ne parviens pas à leur faire face, à les laisser être ce qu’elles sont, à les goûter, toute bonnes ou mauvaise qu’elles soient. Et comme une émotion, c’est toujours quelque chose qui se passe dans le corps, ben corrélativement, je suis coupé de ce qui se passe dans mon corps. Ca ne veut pas dire que je ne sens rien, simplement que la sensation n’est pas intégrée dans une émotion perçue comme telle – mais détournée dans le flot des pensées ou la recherche de l’orgasme.
Du coup, les ressentis dominants vont d’une euphorie nerveuse qui me donne la sensation de flotter, signe d’un abattement à venir, jusqu’à des compulsions sexuelles assez impérieuses. Elles me prennent avec violence, étau dans le bas-ventre, pas nécessairement accompagné d’érection d’ailleurs, mais souvent de ce refroidissement des mains qui traduit une très grande excitation. Tout ça s’achève au sauna derrière un glory hole ou devant un film porno : dans une décharge de la tension sur des objets partiels, oraux et scopiques (oui, oui, je l’fais ekseprès ;o) parce que c’est exactement comme ça, je veux dire de façon aussi contournée et conceptualisée, que je parle de moi lors de ces accès d’hyper-intellectualisation).

T. appelait ça un affolement. C’est très juste : je suis tout simplement largué, vraiment comme un enfant qu’on lâche trop tôt dans un monde d’adulte qui le dépasse, et qui n’a pas reçu la dose de rassurance qui lui permettrait de métaboliser convenablement le stress de l’émancipation émotionnelle – ce qui se passe quand on s’éloigne de ses parents. Dit autrement : je suis toujours prisonnier de (papa-)maman – je ferai un post là-dessus un jour.
Bon. C’était pire il y a dix ans. Bien bien pire. Pendant les années noires de ma vingtaine, je n’aurais pas même pu dire que j’étais coupé de moi-même. Je me vivais coupé, sans savoir l’être. J’étais tout simplement par moment terriblement mal, ou intellectuellement hyperactif, ou poussé au sexe, sans savoir exactement ce que je cherchais réellement – au fond : ce lien de rassurance qu’on trouve d’abord dans le corps de sa mère, puis dans le sien propre.
Je ne voudrais pas laisser croire que j’ai été maltraité. Ce n’est pas le cas. Mes parents se sont montrés des aimants. Ils ont fait avec les moyens du bord. Je n’ai jamais été un enfant secure, sinon dans les univers lointains de mon imaginaire. Je le leur dois, jusqu’à un certain point. Mais je leur dois aussi la possibilité de m’être construit de façon à, un jour, commencer à régler tous ces problèmes. Ce que je ressens aujourd’hui – le trop-chaud au ventre alors même que je suis en train d’écrire, et l’envie de jouer au scalpel avec les concepts –, c’est un murmure par rapport à la cacophonie de jadis. Ça n’est pas agréable pour autant. Et ça me donne envie de m’excuser en permanence du manque de transparence de ma présence – évidemment, il n’y a guère que moi que ça gêne…
Du coup je sais quel cloaque cache le couvercle aux pulsions. Je n’ai exploré qu’un peu de la surface de ce qui se trouve en dessous - ce qui fait que je peux suivre en pensée certains qu’on juge excessif dans leurs jeux avec la régression (le sexe, la merde, la confusion des liquides et des humeurs, etc.), mais jusqu’à un certain point seulement, au-delà duquel je risque de flirter avec les noyaux psychotiques de ma personnalité (on a tous des noyaux psychotiques), ce que je ne souhaite à personne de faire.
En vérité, oui, tout ça c’est des machines. Le tout est de parvenir à les régler.
27/12/2007ÉcorchéMerde, je suis encore coupé de moi-même – ça fait toujours ça quand je reviens d'un séjour avec mes parents, et d'autant plus s'il y a mon frère. C'est atténué par rapport à d'habitude, mais c'est bien là.
Je sais pas combien de temps je vais mettre pour retrouver mon corps, du coup. Je risque d'être assez pénible d'ici là, comme tous ceux qui naviguent au concept – faut bien compenser.
M'énerve !
26/12/2007Des réactions assassinesC'est amusant comme parfois on vous demande raison de ce que vous laissez sur un blog. Tu te prends pour quoi, toi, etc. ?
Ca m'a toujours amusé de voir le temps qu'on passe à laisser des commentaires assassins à des gens qui ne vous demandent rien et, au fond, ne s'adressent à vous que si vous prenez le temps de les lire - et cela va très vite de décider qui on lit et qui on le lit pas, en parcourant le journal des inscrits.
Faut croire qu'il y a là une importante fonction de régulation sociale, sans quoi je ne vois pas comment des comportements aussi dispendieux énergétiquement auraient pu être sélectionnés. Ou alors c'est aussi pour rigoler -troll attitude. Ou alors c'est parce que ça fait mal quelque part.
En tout cas, c'est pas mon trip, d'aller dire aux gens combien ça m'irrite, qu'ils existent de la façon dont ils existent - et ça ne me gène pas pas non plus outre mesure qu'on puisse s'irriter des traces laissées par mon existence - enfin, ça dépend qui ! - et d'autant moins que je les juge pour la plupart franchement insignifiantes. Sans aucune fausse modestie - mon orgueil est ailleurs. En passant sur GAC'est amusant de trouver que quelqu'un a bon goût parce qu'on trouve son ex à son gôut à soi...
25/12/2007Silhouette – tata-me-myself-and-I que c'en est affligeantTant que je ne me suis pas senti sûr de moi, je n'ai pas attiré le moindre regard, fût-ce au coeur de tataland – ou alors si, mais ils avaient 60 ans et cherchaient l'ange que je n'étais pas – j'ai toujours détesté que, se prévalant de mes boucles-blondes, on s'autorise de cette privauté au fond fort peu séraphique.
Pour prendre de l'assurance, il m'a fallu passer 1. par l'armée, qui m'a fait sauter les dites boucles-blondes et donné le look militaire-de-20-ans (j'en avais 23) sinon la carrure
(et 2. par les saunas, qui m’ont plus ou moins décomplexé d’avoir à assumer comme un potentiel objet de désir ce corps par moi tant déprécié, à ne se pouvoir réclamer de celui ni de Thor ni d’Apollon).
N'ayant jamais eu l'habitude d'attirer le regard, ou plus justement : n'ayant jamais considéré que les regards qui se posaient sur moi pouvaient être attirés par ma silhouette – ils devaient me trouver une tare quelconque, bizarre, mal foutu, avoir oublié leur nunettes à la maison, etc. –, l’effet d'un changement de silhouette tout bête m'a plusieurs fois sidéré.
La première fois, je le disais, c'était avec grâce à l’armée. Mon cheveu ras s’est mis à m’attirer les faveurs scopiques de tout un tas de gens qui ne se retournaient pas sur l’adolescent chevelu que j’étais trois mois plus tôt. Inutile de dire que je n’ai pas su quoi en faire : il m’a fallu un paquet de temps pour admettre qu’on me zieutait, non parce que j’étais ridicule ou whatever, mais parce que j’étais devenu une proie potentielle apte à rassasier la faim exigeante qui nous prend tant au bas-ventre qu’au Narcisse – exhiber son amant étant un bon moyen de se rassurer sur soi-même : une façon de comparer la taille de son zizi avec celui des autres. Bref. En me passant la tondeuse, l’armée m’a obligé à rompre avec les boucles-blondes dont la coupe était un héritage d'enfance (papa-maman) dont je n’aurais jamais osé me défaire par moi-même. Il m’a fallu l’excuse de l’armée et la satisfaction narcissique de tous ces regards – il y en avait suffisamment pour que j’aie fini par me dire qu’ils devaient bien me trouver quelque chose de sympathique ! –, pour que, cheveux courts pendant quelques années, j’ose affronter la légère et tristounette réprobation du Dragon Famille, forme sourde et inconsciente de chantage affectif qui m’a fragilisé une partie de l’enfance.
La seconde fois d'importance, c'est récemment, quand j’ai changé de nunettes. J'ai un peu douté, mais JC et quelques collègues de bureau m'ont convaincu qu'elle était très bien, cette nouvelle tête. Et là, ce sont aussi les nanas dont je me suis mis à attirer le regard dans le Métro. Pas que je sache en faire quoi que ce soit de plus, d’ailleurs !
Evidemment, après avoir tant d'années cru que c’est sur la qualité du moi-dedans que se jouait toute la bataille de la séduction – parce que le moi-dehors était tellement nulalche –, je regarde tout ça avec à la fois une satisfaction égotique non dissimulée, et un amusement certain. Qu’une coupe de cheveux et une paire de lunettes puisse à ce point du jour au lendemain modifier l’attitude des autres à mon égard est un truc qui me laisse un peu ébahi, malgré tout surtout aussi que ce soit à ma portée ! – mais ça paraîtra sans doute banal à quiconque a pu grandir en vérifiant que les choses de l’attraction se font aussi pas mal à la silhouette, à ce qu’elle promet déjà du comblement d’un manque dans le récit d’une nuit ou d’une vie qu’on écrit par avance. La séduction, c’est aussi par la fidélité que nous entretenons à des plaisirs d’enfance et d’outre-enfance qu’elle agit – ce sur quoi se construisent en partie nos récits d’une vie réussie. La logique du désir, qui n’est que partiellement une logique amoureuse, est souvent affaire de ce qui nous promet un comblement des trous de l’âme, sinon de la sensualité.
Evidemment, tout ça reste trop sobre. Au ras un peu plat du réservoir à pulsions. Au dedans, c'est... moins lisse. Engagement - En réponse à un récent post d'ElesithOn est toujours engagé dans quelque chose. Ce n'est pas nécessairement dans une relation durable. Le fait est qu'on se sent rarement comme engagé au présent - sauf à être tenu par une promesse. Le problème, ici, c'est cette pensée de l'engagement sur le mode de la promesse - de la mise à disposition de soi au futur. Quitte à se faire mentir soi-même le jour où cette promesse ne pourra plus être tenue. Et c'est la peur de ce mensonge à venir - ou de la lutte contre lui - qui fait penser l'engagement comme enfermement, enchaînement, abandon d'une liberté au profit d'une autre. Une forme de sacrifice, donc - d'acte sacré.
Je suis loin de dire que cela n'a pas d'importance, cette ascèse que peut imposer la promesse : consacrer une partie de soi pour l'avenir, en supposant que ce ne soit pas par calcul ou contrainte, cela demande de travailler à ce que cette mise à disposition puisse être effectuée le moment voulu - si toutefois on entend honorer la promesse faite. Mais c'est secondaire par rapport à l'engagement de soi au présent - de tout soi.
Dans une relation à autrui qui se fait durable, et non qui se promet telle, il n'y a pas de privation. Le sacrifice n'est pas un acte d'abandon, mais de consécration du présent (bon oui, d'abandon de son ego : ce n'est pas une perte, ça, c'est un gain). Et cela parce qu'il n'y a pas de promesse, juste une évidence. La question de la fidélité ou de l'infidélité ne peut pas même se poser - la fidélité se constate, elle est simplement secondaire, elle ne peut se réclamer et ce n'est de toute façon pas une question d'exclusivité physique.
Il y a de ça, dans ce que je vis en ce moment avec JC - le JC de la rupture d'il y a un an, pas le bonhomme-Christ (!) ou le JC de mon adolescence. C'est d'une telle évidence ! Et les appétits de mon corps, vifs encore - parce que mon corps m'a toujours réclamé pas mal de sensualité - sont clairement d'un tout autre ordre, ils sont d'un autre ordre que ce ça va de soi que je ressens en sa compagnie - même si dans la relation elle-même, que nos humeurs colorent parfois plus négativement, tout n'est pas toujours rose bonbon.
C'est peut-être ça, être engagé : quand le récit qu'on pourrait faire d'une relation ne rentre dans aucun schéma, quand ce que l'on considère habituellement devoir constituer la relation - et l'armature des histoires qui s'y rattachent - est absent, la relation continue quand même, parce qu'elle n'est pas fondée sur une promesse - espoir d'un récit qu'on écrira un jour - mais sur quelque chose de plus profond et de plus immédiat, qui s'exprime comme une évidence malgré des tas de pseudo évidences contraires. Parce que c'est lui, parce que c'est moi. 23/12/2007Portnawak de 17:00 – non, ce n'est pas codéCes choses-là sont bien ennuyeuses, se dit Poképic le porc-épic en se curant le nez avec un de ses piquants – commune souplesse partagée avec cousin-'risson. Mais vu comme tout ça s'est embringué... Un petit ver pour la route et hop ! dans le brouillard. La Fortuite et Désastreuse Rencontre qu'il fit de Rusé Pékan nous empêchera d'en savoir plus.
Selon toi, qu'est-ce qui a poussé Poképic hors de chez lui dans le froid brumeux du Vieil Hiver ?
Mais le mystère au fond, c'est comment le por-épic a trouvé ses piquants. ConceptAucun concept ne capture dans toute son intensité l'instantané organique d'une odeur de guerre et d'amour, la soupe de maman, la paluche de papa dans mes cheveux, la fine crispation panique que je ressens encore, s'atténuant, radiculaire, lorsque je suis en contact avec à mon frère, le goût de mon corps après l'effort, le choc d'un poème, ma ta bouche, une douleur au niveau du coccyx, la peau fripée des mains après le bain – sensation de coton doigt contre doigt.
Un concept, ça agit plus large – c'est une synthèse condensant une pluralité de choses-trucs-machins dans un mot lui-même ordonné à d'autres mots. Un concept, c'est déjà histoire de dire, de bâtir des récits, de se nourrir d’un sens à vous envoyer un peu plus loin que la vie organique du présent(*). Le concept a toujours un pied dans l’incompréhensible, dans le trop large. Ses limites ne sont pas nécessairement floues, mais imaginaires, toujours. C’est le poème, en revanche, qui brouille les contours, fait s’interpénétrer les sens, et peut se permettre de mimer la compréhension organique que nous avons aussi des choses. Le concept – comme unité philosophique du sens, philosophème, comme on dit encore –, de façon un peu caricaturale sans doute, ça renvoie aux bords tranchés et clairs des choses sures et de la connaissance indubitable : arrêtes et angles, plutôt que courbes et bosses charnelles.

Alors quoi ? Pourquoi s’entêter dans l’aride imaginaire des philosophes ? Très sincèrement : je ne sais pas. Je n’en comprends toujours pas bien l’ivresse : libération ou flatterie des intérêts propres ? S’installer dans l’imaginaire pour (re)trouver le réel ? N’est-ce pas contradictoire ? Au fond, toutes les histoires des hommes ne sont-elles pas de ce tonneau, et l’amour en premier lieu, prises entre le fantasme et ce qui y résiste, le « réel » ? Mouais… Le réel – c’est ça que je cherche, le réel. Mais je ne crois pas que ça se trouve (ni encore moins se découvre). Ça ne peut pas être un objet. Sans doute que ça se vit, sur un mode qui reste homogène avec cette impossibilité de sortir de l’imaginaire par le seul moyen du langage. Sans doute même que le réel est indifférent à la distinction ordinairement faite entre réel et imaginaire au profit de l’un ou l’autre terme. Si je n’ai pas de difficulté intellectuelle à intégrer ce type de schéma – je le trouve même assez clair –, c’est son articulation avec ce qu’il essaie de désigner qui me fait encore problème : continuer à développer une compréhension rationnelle des choses peut-il à terme aider à dépasser les limitations inhérentes à tout usage du concept ?
(*) Sauf à sentir la vie du concept dans le creux de ses tripes. Mais c’est là autre chose : non plus ce que le concept cherche à capturer – ce qu’il vise, sa référence, si l’on veut –, mais comment on se laisse prendre, soi, à la vie du concept lui-même, cette vie qu’il peine à restituer.
22/12/2007Fragments d'éros – Nope, pas de pornographie Remplissez-moi !
C'est ainsi souvent qu'à vingt ans l'on désire. Remplissez-moi. Dîtes-moi, non, montrez-moi que je suis l'objet de votre désir. Prouvez-le moi. Prouvez-moi ! prouve-moi que tu peux être le dieu qui me donnera à moi-même, la divinité qui me laissera enfin achever cette pénible construction d'enfance et d'adolescence – c'est tout comme –, celui qui me complètera, acceptant enfin sans restriction que je l'aime, absorbant avec bienveillance et amour ces mégatonnes d'amour que je ne parviens pas à déverser, qui n'ont jamais été reçus, ou si mal, et que j'ai besoin de déverser, oh,tant !, et d'offrir à nouveau, et de voir acceptées, pour me sentir entier, allez, laisse-toi aimer !
A vingt ans, oui, souvent, l'on désire ainsi. Longtemps après aussi, parfois.
A partir de 25 ans, lorsque l'influence de la passion-JC s'est faite un peu plus discrète, je me suis trouvé confronté, massivement, à ce désir-là. C'est avec B. que je l'ai exploré. Complexe de Pygmalion inversé(*), je l’appelais alors : je voulais être la statue qu'on modèle, je croyais vouloir apprendre, je désirais accéder aux plus hautes sphères de la connaissance et de la maîtrise. Mais au fond, je résistais ferme à toute espèce en mise en forme, n'étant de tout façon pas dans la condition pour réellement apprendre. Pour cela, il aurait fallu que je parvienne à m'oublier un peu moi-même. Je me vivais de trop confuse et pénible façon pour cela ; à rechercher la clef de la toute-puissance, on se coupe du cœur de tout apprentissage authentique : la possibilité de devenir autre. Non que je ne l’aie voulu ! C’était tout simplement impossible, tant mes fonctionnements mentaux et émotionnels étaient coincées dans une dynamique de défense, qui avait pu avoir son rôle, jadis, mais n’était plus qu’une gène alors même que les stimuli qui l’avaient déclenché avaient depuis longtemps disparu.
Entre tant d'autres choses, je reconnais à B. d'avoir souplement résisté à cela durant trois longues et belles années. D'avoir contenu parfois douloureusement pour nous deux ma soif de signes d'amour et de tendresse – soif exigeante, traduite en demandes permanentes, dont le principal résultat est en général d'obtenir le contraire de l'objet requis. De mon côté, il m’aura fallu notre assez bouleversante rupture pour commencer à saisir quelque chose de la possibilité d’une toute autre façon de ressentir les choses – j’avais 28 ans. C’est le point d’entrée d’une évolution dont je n’ai pas encore achevé l’histoire, je pense. Elle se jalonne notamment d’une série d’essais psychothérapeutiques, qui n’ont abouti qu’en 2007 avec T., au terme d’une fort belle tranche – et « l’Inde » en difficile toile de fond – pour enfin commencer à me sortir de la confusion émotionnelle et affective parfois extrême de toutes ces années.
Désormais, je n’attends pas d’une relation qu’elle s’inscrive dans le cadre du Pygmalion, en un sens ou en l’autre – ou encore du lien éraste/éromène qui était celui de la formation psycho-socio-politique du jeune homme grecque – ces choses-là demeurent cependant clairement encore de l’ordre du matériau fantasmatique. Je n’attends d’ailleurs pas d’une relation amoureuse qu’elle comble toutes mes attentes, comme pourrait le faire l’apparition d’un dieu, le Graal, l’Esprit Saint ou le retour dans le ventre et l’amour de ma mère – pour autant, malgré moi, quelque chose d’un tel désir se manifeste toujours dans le jeu des désirs, par temps de grande fatigue, ou de déprime, ou encore lorsque certaines choses d’enfance affleurent à la surface ; alors se fait évidente la qualité de cette énergie que l’on rencontre dans le désir amoureux pour un (ou une) autre, de conquête de soi tout autant que d’égarement.
Ce que je sais, simplement : c’est que les méandres de la relation amoureuse, cela fait partie intégrante de l’existence, et n’est pas plus à rechercher particulièrement qu’à rejeter. La question n'est pas de savoir si mes attentes seront comblées ou non, mais bien plutôt de continuer à me libérer de la nécessité d'avoir à m'inquiéter de leur comblement. Comme le reste, cela peut être utilisé pour grandir – ou se détruire. Je sais aussi qu'on n’aime bien qu’à s’oublier soi – attention : s’oublier, ça n’est pas se renier ou revendiquer un sacrifice : rien de plus égocentré que cette volonté de sacrifice revendiquée dans l’amour, sauf à la rendre aussi extrême que celle d’une Simone Weil (la philosophe). Et que je ne sais pas encore vraiment bien aimer. Mais je ne m’en culpabilise pas. J'y reste attentif.
(*) On pourrait dire aussi qu’il y va d’un aléa dans la formation du narcissisme secondaire. Bergeret m’a beaucoup aidé à recoller quelque chose du savoir psychanalytique sur mon propre cas, toute détestation de cette malhonnêteté intellectuelle et morale insigne mise à part, qui lui laisse étayer de façon crypto-catholique-rance les position vaticanes sur ce qu’il appelle le préconscient génial de Freud – dans un discours dont la structure conceptuelle est éminemment plus théologique que psychanalytique dès lors qu’on en arrive à ses justifications ultimes. Fin de parenthèse.
21/12/2007Words words words bla bla blaBeaucoup trop de mots, dès que je veux dire les choses dans la détail du concept, pour en cerner quelque chose de la vérité. C'est lassant. Je ne parviens pas à me satisfaire du brouet que je me sers. Autant je l'aime chez autrui - et je peux me plonger avec délices dans Husserl, Heidegger, Kant, Spinoza, Descartes même, Deleuze, Derrida, Quine, Wittgenstein, Fodor, et autres Pangloss à la crème -, autant je le supporte mal chez moi.
C'est un jugement moins sur la qualité du résultat - qui vaut ce qu'il vaut, je peux me surprendre, parfois - que sur la nature de l'exercice, je veux dire, sur la façon de m'installer dans les mots qu'il suscite, cette impression labyrinthique de n'être pas en prise sur la chose même - et de rater la vérité, au fond.
Corridors de givres
Sur la vitre offerte au vent
Le feu danse, fol
(je n'avais pas pensé à ce tableau de Rembrandt, au moment où s'est imposée ce petit rythme. L'image est venue d'elle-même.)20/12/2007Identité (notes à suivre...)La situation ne peut jamais être totalement investie, sauf à ce qu'on y soit totalement ou pas du tout : deux extrêmes qui définissent deux façons de considérer un dépassement des circuits d'identification selon lesquels nous nous reconnaissons tel ou tel au regard des uns et des autres - selon lesquels nous forgeons nos identités.
Une identité, dès lors que ce mot recouvre la série des récits dont nous nous reconnaissons, que nous nous attribuons, voire que nous revendiquons, ce n'est pas grand chose d'autre qu'un faisceau d'habitudes acquises, plus ou moins harmonieusement coordonnés.
Une identité, du coup et plus fondamentalement, c'est ce germe polaire d'où se synthétise l'unité de ces faisceaux, en tant qu'ils sont miens, en tant que je les revendique tels - revendication qui peut prendre les formes subtiles, dès lors que je reconnais cette main comme ma main, cette pensée comme ma pensée – l'emphase sur le possessif indique un rapport particulier qui s'instaure à cette main ou cette pensée, en tant qu'elle sont dites mienne, ce d'une façon d'ordinaire considérée comme triviale et qui ne me semble pourtant pas aller de soi.
Dès lors que la situation est investie par une identité, elle échappe. Le propre de toute identité, dans le sens précédemment esquissé, est de découper le monde en moi et pas-moi. En ce sens, elle est relationnelle. Une conversation en cours avec jsc sur ce sujet laissait apparaître ceci (je glose, largement, à ma sauce) : une identité s'assure d'elle-même (de son identité) dans le rapport d'identification qui la relie à autrui. Dit autrement, le faisceau des habitudes est consolidé et synthétisé comme unité de mon identité dans le rapport constituant à un autre, image support ou modèle : papa, maman, pour les imago fondamentales, mais il en est d'autres.
En situation, une identité n'a d'autre choix que de se confronter à ce qui n'est pas elle : elle a si tôt pris pli de tout ramener à soi, pli essentiel de la vie de et en relation dont elle a tiré son identification comme moi-même ! Confrontation, affrontement, effronterie : c'est le régime du conflit, inséparable du tri qui doit se faire entre moi et non-moi et reste soumis à l'approbation de l'instance identificatrice : tatsoin ! autrui sous une forme ou une autre – ici, autrui peut n'être que la fidélité raide à une habitude.
Or. Or or or. La situation est souple. La situation est diverse. La situation n'est jamais deux fois la même – comme certain fleuve, héraclitéen. Cela, nous sommes en mesure de le reconnaître. Il nous est bien plus difficile d'y accorder notre action : le plus souvent, c'est notre identité, qui aborde la situation – je-ingénieur, je-philosophe, je-petit-poucet, prince-charmant ou hautbois-dormant. Blogodo plouf, dès lors, messieurs et dames de la compagnie, situation-la pati, fini ! Situation : c'est devenu récit d'identité, avalée par identité, découpée en petits-morceaux hachés de viande à dévorer par identité vorace, moi d'un côté, pas-moi de l'autre. La situation, là, c'est plus rien d'une situation : c'est un bout de monde que je porte à la lutte, que je charcute et met en case : ce qui me plaît, ce qui ne me plaît pas, moi, pas-moi. Tout ce qui n'entre pas dans ce schéma, je ne le vois plus. La situation n’et que très partiellement investie.
Elle ne l'est totalement que lorsque s’apaise la lutte de l'identité pour le maintien de ses habitudes. Cesser de lutter, cela demande à ce que le réseau des habitudes soit considérablement distordu – essentiellement : qu'on cesse de s'y accrocher. J'y vois au moins deux directions : l'indo-européenne et l'indo-asiatique.
L'indo-européenne renchérit sur le sens de l'identité : Soi (atman) védantique ou âme chrétienne ; mais au point de la dilater la rendant égale à l’absolu – identité du brahman et de l'atman, naissance du Christ en l'âme vidée de toute détermination mondaine.
L'indo-asiatique au contraire gomme l'identité, la vide de tout sens, la rend homogène au flux de ce qui flue (et tout flue, loi de la coproduction conditionnée du bouddhisme, pratityasamutpada ou panta rhei, héraclitéen encore – mais la moitié d'Héraclite seulement, attention) et parle de vacuité (sunyata).
Le style au fond ne diffère que parce qu'il y a des identités qui s'y engagent en quête non plus de l'identification de soi, mais de la réalisation de leur propre nature – ce qui signifie : ce qu’elles sont chacune réellement et non plus en tant qu'identifiées par et dans le réseau des habitudes issues de la pression d'autrui. Ceci : qu’on puisse espérer se détacher de ce qui nous a constitué, est moins mystérieux qu'il y paraît : parce que nous sommes capable de nous rendre compte que tout flue - et que nous savons voir aussi parfois à quel point les habitudes qui nous habillent nous contraignent et ne nous rassasient pas - et que nous avons accès à un espace de jeu où la satiété est la trop fugace récompense.
La situation ne peut alors être totalement investie que si rien de ce qu’elle présente n’est gommé. Et cela n’est possible que si on (en tant qu’identité identifié à ses récits) n’est pas là ou que si on (en tant qu’identité identifiée au tout du monde/de l’âme ou au rien du monde/de l’âme) est totalement présent à tout ce qui, là, flue.
Bien sûr, en son essence, c’est très simple – je veux dire vraiment très simple : c’est nous, parlants depuis des identités diverses, qui compliquons tout. Et puis le cours de ma pensée n’a jamais été simple. Cela dit, il n’y a rien d’original dans ce que je raconte ici. C’est même tout à fait de la seconde main, je ne parle pas depuis l’expérience de la situation, mais de croyances (à partir des habitudes, donc) confortée par un milieu, des lectures, des cogitations, quelques agitations, le souvenir de choses qui me sont arrivées. Et une espérance.
Je voudrais enfin conclure sur trois choses – le présent post, fort théorique, semblant rompre mon récent et inédit élan biographique.
1. Ces sujets-là m’intéressent depuis tout petit – n’en aurais-je que depuis assez récemment la compréhension (intellectuelle) que j’expose ici. Il y a deux raisons à cela : cela promet des paradis ailleurs que dans l’expérience ordinaire, et j’ai détesté – et me suis détesté dans – l’expérience ordinaire.
2. C’est en lien avec « l’Inde », dont je parlerai peut-être un jour, au moins factuelllement (mais il n’y pas de sujet sur lequel je puisse me montrer plus pudique, à défaut d’être réservé quand à cette pudeur même), et dont la rencontre ne me fut en apparence pas facilitée par cette même recherche du paradis ailleurs qu’ici maintenant – dans la situation, donc.
3. C'était rare, jusqu'ici, que les textes me viennent aussi explicitement biographiques. Un peu comme si je pouvais à présent cettre cette identité en partage. Non que je m'en dévête, non. Mais qu'elle soit plus fluide, peut-être, ou moins collante, en tout cas plus facile à mettre à disposition – moins couplable, je crois, moins problématique, et mieux intégré à ma silhouette. 18/12/2007Pour des raisons légales de protection des mineurs, cet article n'est accessible qu'aux inscrits. Vous pouvez vous identifier si vous êtes inscrit, ou vous inscrire si vous êtes majeur. 17/12/2007J.-Ch.Le mot homosexuel est entré dans ma vie, j'avais 16 ans. Je m'en souviens plutôt bien, ce qui est plutôt rare – ma mémoire des événements est déplorable, inversement proportionnelle à celles de machins très éloignés de la vie de tous les jours, en fait. C'était l'été. Juin avait transformé les cours de langue en grands goûters de fin d'année, pour le plus grand plaisir d'à peu près tout le monde, professeurs y compris.
J'étais amoureux de lui. Ca faisait un an, oui, que ça durait. Grande gueule aux cheveux en rogne, la tronche mobile de ceux qui sourient aussi vite qu'ils s'emportent, et une sensibilité bien planquée - mais ça, on a rarement pu me le cacher :o) J'en étais amoureux, voui. Mais je ne le savais pas.
Ca m'était tombé dessus comme une fièvre indécise, en la seconde, je crois, je ne sais plus trop. A l'époque, c'était juste une attirance vague, mon regard aimanté, une envie de rester dans son sillage. J'étais tellement esseulé, et persuadé que ça ne pourrait pas changer, que je laissais ce sentiment se noyer dans tous les autres, sans lui accorder d'importance – c'était à peu près du même ordre que ce que j'éprouvais au collège en regardant les mecs courir et se battre dans les cours de récré : fascinants et totalement inaccessibles. A cette époque, j’avais déjà une sexualité masturbatoire intense, mais aucun fantasme explicitement homo.
Notre histoire scolaire commune nous a rapprochés. Je partageais la tête de classe avec un petit groupe, dont il faisait partie. Premier groupe où je me retrouvais intégré. Dès la 1èS, nous nous étions rapprochés, tissage d'une amitié à mes yeux totalement improbable mais dont je me laissais griser. Je n'avais pas vraiment de désir physique, et aucune idée de la nature du sentiment qui me poussait vers lui : amitié platonique, je me disais, innocemment, vraiment.
Je crois que je l'ai raccompagné chez lui pratiquement tous les soirs, peu s’en faut. Je me souviens de ces conversations qui pouvaient s'éterniser au pas de sa porte. Je me souviens aussi de ces silences, si longs, dont je n'ai jamais compris pourquoi il les faisaient durer, alors qu'il lui aurait suffit d'un "ben, bonsoir !" pour rentrer chez lui. Je me souviens de cette fin d'après-midi, au pas de sa porte, où je lui fis une déclaration d'amitié. Je me souviens qu'il accepta, et comment je volais, à vélo, en rentrant à la maison le coeur plus large que toute poitrine. Je me souviens de ces après-midi chez moi, malade d'un téléphone qui ne sonnait pas, qui sonnait parfois. Je me souviens recueillant avec fierté - il se confiait à moi ! - l'évolution de ses histoires amoureuses. Je me souviens aussi que j'aurais bien aimé une accolade de lui, juste ça, reposer dans ses bras – mais ce n'était pas un tactile, plutôt un garçon pudique, jusqu'à ses sentiments.
Et puis je me souviens de cette petite note que je lui laissais pendant un de ces fameux goûters de salle de classe, en juin 1986, lui demandant en substance de passer un peu plus de temps avec moi, que c'est pas parce qu'il avait une copine qu'il fallait me négliger. Et jusque là, je me sentais totalement légitime. Un ami qui cause à son ami. Ce n'est que lorsqu'un copain commun est venu me demander Mais qu'est-ce que t'as dit à JC, il est furax ! Il est parti dans le couloir flanquer des coups de pied dans le mur !?, ce n'est que là, précisément, que je me suis dit quelque chose ne va pas, que je me suis dit c'est de la jalousie que je lui fais, que je me suis dit c'est pas de l'amitié, c'est de l'amour, et que j'ai vu que lui l'avait compris, bien avant moi, depuis je sais pas quand.
Je suis rentré à la maison. Je l'ai pas attendu. Je suis rentré tout seul. Foudroyé. Tout trouvais sa place. Les engouements. Les désespoirs. La tristesse. Le plaisir de son contact. Les jours passés à penser à lui. Je suis resté bien une heure assis dans un fauteuil du salon, à regarder le plancher et mes idées qui se réorganisaient enfin. C'est alors que le mot est entré dans mon existence. A ce moment-là. Homosexuel. Ca ne m'a pas fait mal, ça m'a juste anéanti et aussi, quoique plus secrètement, ça m'a excité – c'était ça en plus du reste, mais ça, c’était quelque chose, au moins, quelque chose de différent, de pas banal, et dont je pouvais me prévaloir, albatros malmené par les marins, une vraie originalité. J'avais quand même aussi assez lu pour savoir que certaines amours adolescentes peuvent suivre cette voie, puis évoluer vers un choix d'objet plus conforme aux attentes sociales.
Mes parents n'avaient pas de malveillance – ni non plus de bienveillance particulière – envers ça. Ca ne les concernait simplement pas - ils avaient juste avertis leurs enfants de prendre garde aux vieux Messieurs qui ne rêvent que sodomie sur chair fraîche (si, si, z'avaient dit, ça pas dans ces termes-là, mais l'esprit y était , y peut mettre son zizi dans ton derrière et ça fait pas du bien !!). Pas de climat appuyé d'homophobie. Et par ailleurs, de façon réitérée, la promesse qu'ils seraient là en cas de coup dur – promesse tenue. Je ne leur ai de toute façon pas parlé de tout ça tout de suite. J'ai attendu de voir comment évolueraient ces euh amours adolescentes.
Il y eut les grandes vacances. Plutôt malheureuses. Puis la rentrée. Je le retrouvais. Nous étions toujours amis. Je savais désormais ce qui m'animait, ce fut plus facile d'en contrôler les débordements. Il n'en fut pas question, d'ailleurs. Mais cela ne me rendit pas heureux pour autant. Je me mis à explorer mes fantasmes, découvrant toujours un peu plus à quel point ils pouvaient me pousser vers un corps de garçon, et vers le sien. Je me souviens de ce Nouvel An passé à dormir le nez dans un de ses pulls - il avait une odeur corporelle qui imprégnait tous ses vêtements et qui me rendait fou. Je me souviens de ce voyage scolaire en Hollande, où je m'enivrais de culture pour oublier à quel point j'étais malheureux, malheureux, malheureux, comme on peut l'être à 17 ans paumés quand le type qu'on aime vous accompagne... avec sa copine. Je me souviens que j'écoutais le Te Deum de Berlioz, en boucle. Et Sting, Dream of the Blue Turtle, qu'il m'avait fait découvrir, tout comme Depeche Mode, et quelques autres, alors que je n'écoutais que du classique. Je me souviens de nos longues promenades le long du Chemin des Douanier et sur la plage, à débrouiller ses difficultés psychologiques, avec ses parents, ses amies - j'étais une excellente oreille, au fond.
Et il y eut un soir, et un matin. Mais ce n'était toujours pas bon. Baccalauréat, vacances, puis histoires divergentes. Il m'a fallu 8 ans, jusqu'à 25 ans en gros, pour me sortir, non, pas JC de la peau, mais de la souffrance que son passage avait laissée. Il m'a été totalement impossible de tomber amoureux pendant tout ce temps là. Non qu'il n'y ait eu des aventures, à partir de 19 ans. Toutes furent de courtes durée, souvent expéditives. J'ai largué, malgré moi, tous les mecs qui m'ont abordés : une relation qui s'annonçait durable me faisait très rapidement tomber en désamour, au point de ne plus supporter le corps de l'autre à mes côtés. Et je ne savais pas anticiper ça. Je croyais toujours que ça passerait, que ce n'était pas le bon. Répétitions sur répétitions. Juste le fantôme de JC : la douleur et l'inaccompli. J n l'ai compris que lorsque les choses ont commencé à cicatriser. Et alors j'ai rencontré B.
15/12/2007BigleTiens, à propos - pour introduire quelque chose qui n'a rien à voir avec ce qui précède - j'ai changé de nunettes :
 étonnant, non ? (c) P. Desproges
Dead end...Le dire et le redire : je n'écris que pour moi-même. Peu de choses trouvent grâce à mes yeux, de ce qui se donne ici - ce post pas plus que les autres. Rien en tout cas qui vale une écriture - on m'accordera au moins la lucidité :o)
Du texte et du mot, je suis un besogneux. Matière rétive : je n'en trouve le fil qu'avec peine, ce qui s'en dégage n'a souvent pas même la grâce d'une ébauche.
Ce que j'aime au fond, c'est contempler - me fondre aux récits et aux vérités des autres. Le croirait-on : j'ai longtemps cru que je n'avais pas de personnalité, trop-plein de savoir sans invention.
Je me relis encore à la troisième personne, sans doute, through the eye of the beholder, là où il faudrait simplement habiter ses tripes. Cela se fait, j'ai plus de mal aujourd'hui à regarder mes états intérieurs comme autant d'insectes épinglés dans la collection d'un autre. Quelque chose d'organique. Mais qui n'est garant ni de style, ni d'invention. Seul fertile : l'imaginaire - pour l'instant sans issue qui me satisfasse. 14/12/2007Un bout de bio Depuis tout petit, je suis un affamé de contact. Mais j'ai tout bloqué. Cela s'est fait rapidement, je pense. Dans l'enfance déjà – trop tôt trop sage, enfant sans problème, scolarité de comète, amitiés rares, sauf parmi les livres, dans un isolement douloureux autant qu'indispensable. Je n'ai jamais été un vrai grand frère, ou trop rarement. Mon frère en a souffert, plus sans doute que je ne parviens à me l'imaginer aujourd'hui. Univers clos sur une soif toujours plus grande de savoir, et la peur souvent panique des autres – les autres : bolides de désirs insatiables, impossible à lire et contenter – le savoir : ce qui me donnerait accès à la maîtrise de leur vitesse. J'ai remplacé les ivresses des accélérations physiques par celles des jeux de l'esprit : mondes imaginaires, contes, mythologies, science-fiction, objets improbables des sciences physiques, mathématiques, ou biologiques, connaissances des discours adultes à l'âge des conneries et du foot. Cultiver l'ailleurs, les mots et les images de l'ailleurs, fut la grande affaire de mon enfance ; je n'ai jamais aimé le sport et moins encore le vertige des grands manèges, tout ce qui demande trop au corps.
J'ai longtemps été pétrifié par les autres. Quelques amis et amies avant mes 10 ans. Par la suite, j'ai surtout fréquenté les filles – fort sentiment de faute de mieux. A l'âge où on pelote ses premiers bourgeons de poitrines, je n'avais d'yeux que pour l'énergie pleine d'insensibilité et d'héroïsme crâne des garçons. Dieux, que ces corps me fascinèrent, solaires, brutaux, inaccessibles ! Ce n'est que très longtemps après, récemment en fait, que j’ai pris conscience de ce qu’ils véhiculaient de mon propre corps à moi, de l’image désirée ce corps que j’ai tant détesté, enveloppe malingre et voûtée que je trouvais sans beauté, trop féminine – on m’a souvent pris, et tardivement, pour une petite fille ; je ne me suis jamais senti petite fille, au demeurant ; tout cela, malgré l’habitude et du fait de l’habitude, était subtilement blessant – et qui n’attirerait jamais personne.
On occulte vite. J'ai un peu de mal aujourd'hui à bien me souvenir de mes sensations dans ce grand esseulement, traversé de quelques amitiés fulgurantes ou étranges, avec des filles et de rares garçons. Et des livres en pagailles. Je tombais amoureux – mais je n’avais pas de nom pour ce sentiment, pas celui-là, en tout cas – de personnages de romans, premières effusions sentimentales sur des héros de Bibliothèque Verte. Vers les 12-13 ans, convaincu de ma grandeur d’âme – hypersensible, en fait –, je me suis aussi un temps vécu sur le mode angélique, si pur dans un monde si rude, puis, comme par destin, détaché des choses du sexe et de l’amour – alors que je suis une foutue pile de sensualité.
Mon enfance, et mon adolescence, c'est en bonne partie une tentative globalement réussie de détournement vers les univers intérieurs des énergies dont se nourrissent les appétits d’exploration du monde et de rencontre des autres . Stratégie robustement névrotique, qui ne devint payante que vers 17 ans, quand j’entrai en Terminale – période à laquelle le contenu de ma tête se mit à intéresser les copains de classe. L’histoire qui suit, toujours en cours, est celle du ravaudage de ma sensibilité, un assez long chemin pour retrouver le contact avec les autres, avec mon corps aussi – trouver la possibilité de l’habiter de façon paisible et joyeuse.
J'ai été longtemps comme étranger aux autres. Cela été bien plus déterminant que cette homosexualité découverte à 17 ans comme la première foudre, et dont j’ai pu penser – le souvenir en est très net, sous le préau d’Albert Vinçon, à Saint-Nazaire, vers mes 12 ans – Pourvu que ce truc là ne me tombe pas dessus, en plus du reste, à un âge où je n’avais conscience d’aucun désir particulier en ce sen, mais où tapette ne m'était pas une insulte inconnue...
D’où, aujourd’hui encore, ma fascination pour vous autres, vivants bien plus que, plus jeune, je ne l’ai été, et bien plus divers que mes grands schémas n’ont jamais pu vous réduire – réduire pour tenter de maîtriser la peur, le désir, le chemin vers un corps de mouvement et de jouissance. Alors je me laisse encore prendre au piège du spectateur. Ca crée en moi, ces fragments de vie que vous offrez – textes, photos, etc. – un sentiment d’ouverture tout à fait artificiel par rapport à la situation – nous ne nous connaissons ni d’Abel ni de Caïn – mais à la fois un abîme et une évidence. C'est très physique - la sensation est localisé dans le plexus, comme si la cage thoracique cherchait plus large. C’est sans doute comme cela que l’on tombe amoureux sans réellement bien connaître l’autre – pas de panique, aujourd’hui, je ne peux plus être pris (que je crois :o) ) au piège de l’at first sight : j’en ai foutrement souffert des conséquences de 17 à 25 ans à peu près, et depuis : totalement vacciné !
Il y a de quelque chose d'infini dans ce sentiment d’ouverture. Je le sais, depuis que je suis tout petit. J’ai juste la sensation d'avoir dû faire un putain de détour pour seulement m’en rendre compte. Maintenant, je voudrais bien m’ouvrir pour de bon à la connaissance qu’il y a dans cet infini-là.
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| De quelques films
(notes de -3 : exécrable, à 4 : culte)
Valse avec Bachir- - Waltz with Bachir (3+ à 4) - … Le grand silence- - Die grosse Stille (3+) - Su-perbe. Mais n'y aller qu'à assumer des tendances contemplatives Le Labyrinthe de Pan (3) - Secouant
La science des rêves (2) - maladroit parfois, poétique souvent, très justement terrifiant par certains côtés, très bellement interprété
V pour Vendetta (2) - Je lui préfère la BD, néanmoins
L'iceberg (3) - Délicieux, burlesque, amer, tendre
Le malentendu colonial (2) - Lent à démarrer, puis essentiel.
Le goût du thé (3) - Halluciné, émouvant et requinquant
Le cauchemar de Darwin (2) - L'Afrique qui meurt, vision partiale, néanmoins
Mysterious skin (3) - Extrêmement troublant. Lire encore cela.
Autumn Me  |