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Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas nécessairement aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
Je pense : L'encyclopédie est trop bavarde

Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour mardi 5 août 2008 à 02:50)

22/12/2007

22/12/07 - 23:52

Fragments d'éros – Nope, pas de pornographie


Remplissez-moi !

C'est ainsi souvent qu'à vingt ans l'on désire. Remplissez-moi. Dîtes-moi, non, montrez-moi que je suis l'objet de votre désir. Prouvez-le moi. Prouvez-moi ! prouve-moi que tu peux être le dieu qui me donnera à moi-même, la divinité qui me laissera enfin achever cette pénible construction d'enfance et d'adolescence – c'est tout comme –, celui qui me complètera, acceptant enfin sans restriction que je l'aime, absorbant avec bienveillance et amour ces mégatonnes d'amour que je ne parviens pas à déverser, qui n'ont jamais été reçus, ou si mal, et que j'ai besoin de déverser, oh,tant !, et d'offrir à nouveau, et de voir acceptées, pour me sentir entier, allez, laisse-toi aimer !

A vingt ans, oui, souvent, l'on désire ainsi. Longtemps après aussi, parfois.

A partir de 25 ans, lorsque l'influence de la passion-JC s'est faite un peu plus discrète, je me suis trouvé confronté, massivement, à ce désir-là. C'est avec B. que je l'ai exploré. Complexe de Pygmalion inversé(*), je l’appelais alors : je voulais être la statue qu'on modèle, je croyais vouloir apprendre, je désirais accéder aux plus hautes sphères de la connaissance et de la maîtrise. Mais au fond, je résistais ferme à toute espèce en mise en forme, n'étant de tout façon pas dans la condition pour réellement apprendre. Pour cela, il aurait fallu que je parvienne à m'oublier un peu moi-même. Je me vivais de trop confuse et pénible façon pour cela ; à rechercher la clef de la toute-puissance, on se coupe du cœur de tout apprentissage authentique : la possibilité de devenir autre. Non que je ne l’aie voulu ! C’était tout simplement impossible, tant mes fonctionnements mentaux et émotionnels étaient coincées dans une dynamique de défense, qui avait pu avoir son rôle, jadis, mais n’était plus qu’une gène alors même que les stimuli qui l’avaient déclenché avaient depuis longtemps disparu.

Entre tant d'autres choses, je reconnais à B. d'avoir souplement résisté à cela durant trois longues et belles années. D'avoir contenu parfois douloureusement pour nous deux ma soif de signes d'amour et de tendresse – soif exigeante, traduite en demandes permanentes, dont le principal résultat est en général d'obtenir le contraire de l'objet requis. De mon côté, il m’aura fallu notre assez bouleversante rupture pour commencer à saisir quelque chose de la possibilité d’une toute autre façon de ressentir les choses – j’avais 28 ans. C’est le point d’entrée d’une évolution dont je n’ai pas encore achevé l’histoire, je pense. Elle se jalonne notamment d’une série d’essais psychothérapeutiques, qui n’ont abouti qu’en 2007 avec T., au terme d’une fort belle tranche – et « l’Inde » en difficile toile de fond – pour enfin commencer à me sortir de la confusion émotionnelle et affective parfois extrême de toutes ces années.


Désormais, je n’attends pas d’une relation qu’elle s’inscrive dans le cadre du Pygmalion, en un sens ou en l’autre – ou encore du lien éraste/éromène qui était celui de la formation psycho-socio-politique du jeune homme grecque – ces choses-là demeurent cependant clairement encore de l’ordre du matériau fantasmatique. Je n’attends d’ailleurs pas d’une relation amoureuse qu’elle comble toutes mes attentes, comme pourrait le faire l’apparition d’un dieu, le Graal, l’Esprit Saint ou le retour dans le ventre et l’amour de ma mère – pour autant, malgré moi, quelque chose d’un tel désir se manifeste toujours dans le jeu des désirs, par temps de grande fatigue, ou de déprime, ou encore lorsque certaines choses d’enfance affleurent à la surface ; alors se fait évidente la qualité de cette énergie que l’on rencontre dans le désir amoureux pour un (ou une) autre, de conquête de soi tout autant que d’égarement.

Ce que je sais, simplement : c’est que les méandres de la relation amoureuse, cela fait partie intégrante de l’existence, et n’est pas plus à rechercher particulièrement qu’à rejeter. La question n'est pas de savoir si mes attentes seront comblées ou non, mais bien plutôt de continuer à me libérer de la nécessité d'avoir à m'inquiéter de leur comblement. Comme le reste, cela peut être utilisé pour grandir – ou se détruire. Je sais aussi qu'on n’aime bien qu’à s’oublier soi – attention : s’oublier, ça n’est pas se renier ou revendiquer un sacrifice : rien de plus égocentré que cette volonté de sacrifice revendiquée dans l’amour, sauf à la rendre aussi extrême que celle d’une Simone Weil (la philosophe). Et que je ne sais pas encore vraiment bien aimer. Mais je ne m’en culpabilise pas. J'y reste attentif.


(*) On pourrait dire aussi qu’il y va d’un aléa dans la formation du narcissisme secondaire. Bergeret m’a beaucoup aidé à recoller quelque chose du savoir psychanalytique sur mon propre cas, toute détestation de cette malhonnêteté intellectuelle et morale insigne mise à part, qui lui laisse étayer de façon crypto-catholique-rance les position vaticanes sur ce qu’il appelle le préconscient génial de Freud – dans un discours dont la structure conceptuelle est éminemment plus théologique que psychanalytique dès lors qu’on en arrive à ses justifications ultimes. Fin de parenthèse.

commentaires

22/12/07 - 23:57

> je n’attends plus d’une relation qu’elle s’inscrive dans le cadre du Pygmalion
La déception est la suite inexorable de trop d'attente.

Bonne chance, quand même Kliban.

23/12/07 - 00:02

Déception ??? Qui parle de déception ? Il n'est pas question de déception. Pas une seule seconde. Il est question de liberté - et donc de joie. Dire "je n'attends plus", ce n'est pas dire "je me suis résigné", mais c'est dire "je me suis guéri", et c'est bien bien mieux maintenant que ça ne l'était !

Mais merci !

23/12/07 - 00:03

(j'ai donc corrigé "je n'attends plus" en "je n'attend pas", en espérant que c'est plus clair !)

23/12/07 - 00:17

De la joie? En te lisant, je me demandais si tu ne vivais pas enchaïné par les désirs. Liberté??? Ce n'est pas ma lecture.

"Pas" est bcp plus clair. Merci

23/12/07 - 00:36

J'ai donc un peu modifier la fin, il est possible que je n'ai pas été clair. Sinon, oui, j'ai été enchaîné par mes désirs, et le suis encore, quoique dans une moindre mesure. Mais seul le sage n'est pas enchaîné à ses désirs.

23/12/07 - 00:42

Tu sais, avec 20 ans de plus (par exemple) tu pourras devenir sage :)))

> continuer à me libérer de la nécessité d'avoir à m'inquiéter de leur comblement
Oui, je crois que ce genre de procédé pourrait être utile en bien de domaines.

23/12/07 - 13:17

L'âge ? En quoi l'âge a-t-il quelque chose à voir avec la sagesse ? Les regrets aussi, l'inconfort, la résignation, sont certains des attributs - non nécessaires - de l'âge. La sagesse, c'est le rayonnement intérieur de toute-joie, permanente, immédiate, évidente.

23/12/07 - 13:55

Mon "par exemple" m'exempte d'une critique trop rude.

Ta sagesse est.... une très jolie phrase.

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