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Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas nécessairement aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
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Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour mardi 5 août 2008 à 02:50)

29/12/2007

29/12/07 - 01:37

De l'insulte (1/3)

Dans un récent commentaire, Olivier Bruley écrit ceci :

J'ai souvent l'impression que la seule passion des hommes est de faire du mal. Mais comme la plupart d'entre eux n'ont pas tout à fait le courage de faire, d'agir, de s'exposer, ils se contentent de dire du mal, inconscients qu'ils sont, les pauvres, que dire et faire du mal sont une seule et même chose.

Ça me suscite plusieurs commentaires, d’abord sur le lien du dire au faire dans l’insulte, ensuite sur ce mal qu’on aime à faire, enfin sur l’universalité de cette « passion du mal ». En trois post – si je tiens la distance !

1. Dans l’insulte, et plus largement, dans l’attentat verbal – calomnie, etc. –, dire, c’est faire (du mal), pour plagier un titre, célèbre dans son domaine, du philosophe Britannique John L. Austin.

« T’es qu’un pauve con ! » n’est pas une description d’un état du monde ; ça ne réalise pas une action en tant que telle (décréter que quelqu’un est con ne le rend pas con, en tout cas pas de la même façon que déclarer ouverts les Jeux Olympiques les ouvrent effectivement si c’est la bonne personne au bon es endroit et moment qui le fait !) ; en revanche, ça entend obtenir un effet sur l’interlocuteur – je ne parle ici que de l’intention première : parce qu’au fond, « pauve con », dans une certain mesure, décrit bien quelque chose et entend aussi assigner quelqu’un à n’être qu’un « pauve con » ; mais ce n’est qu’à titre secondaire : le premier enjeu est de blesser. (*)

L’insulte est un énoncé qui entend avoir un impact sur celui à qui elle est destinée. Mais comment ça marche ? Pourquoi le simple fait de prononcer un mot, une phrase, peut avoir un tel effet sur le flux de nos émotions ? A quoi sommes-nous sensibles ? Au mot ? Sûrement pas : si c’était le cas, nous n’aurions pu nous faire de queer ou pédé des titres de gloire. Au ton ? À l’intention derrière le ton/le mot ? Mais comment apprenons-nous – et y a-t-il bien apprentissage ou est-ce inné et en ce cas dans quelle mesure ? – à déchiffrer l’intention, et pourquoi une intention nous affecte-t-elle, au point parfois de pouvoir nuire à notre développement émotionnel ?

Plus largement, on sait comment l’opprobre peut être difficile à supporter – il y faut un caractère bien trempé, ou une grande innocence, tiens. Il me semble qu’il y a derrière ces phénomènes un mécanisme assez vaste de contrôle interne aux groupes de primates humains, qui leur permet de négocier par la force non pas physique mais psycho-sociale, les comportements acceptables en leur sein : ce qui est acceptable ou pas se transmet dans le lot des valeurs intériorisées par l’éducation, le jeu de la parole (et/ou de la contrainte physique) fournissant le moyen d’action nécessaire pour que ce qui est mal soit sanctionné, ce qui est bien, récompensé – les scénarios d’application des moyens de sanction/récompense étant eux aussi l’objet d’une transmission par le biais des récits (contes, littérature, cinéma, faits divers, etc.) et de l’éducation.

Mais tout ça ne dit pas sur quels processus psychologique la parole peut bien agir pour avoir les effets émotionnels de l’insulte. Mon hypothèse est que c’est lié

  • à des structures cérébrales sélectionnées dans notre lignée animale, et nécessaires à la cohésion des groupes que nous formons – l’espèce humaine est grégaire.
    En ce sens, il est fort possible qu’il y ait des interactions fortes à ce niveau entre la nature de l’insulte et la conquête et/ou de la conservation du statut social – qui est une constante dans les groupes de primates, aussi variées les stratégies soient-elles. Et sans doute encore aux logiques territoriales inter-groupe et à la guerre. Bref : etc. Pas une question simple.

  • à un apprentissage de la contrainte lié au rapport entre l’enfant et la mère ou entre l’enfant et ses pairs dès qu’il est en âge de socialiser – on sait à quel point les enfants peuvent être sensibles à l’insulte : « Il m’a traité !!! ». Je ne sais pas s’il y a des études là-dessus – sûrement !

En tout cas c’est à creuser, pour moi, ça reste mystérieux.


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(*) Austin distinguait sur ce modèle trois forces dans toute énonciation (le fait de prononcer une phrase en situation, dans une conférence, dans la rue, etc.) :
  • locutoire (ou illocutionnaire) : ce que la phrase décrit du monde ;
  • illocutoire (ou locutionnaire) : ce que la phrase fait dans a situation où elle est énoncée : arrêter quelqu’un au nom de la loi, éliminer un candidat, etc. ;
  • perlocutoire(ou perlocutionnaire) : ce que la phrase fait faire à autrui, les effets qu’elle entend avoir sur le comportement d’autrui.

commentaires

29/12/07 - 03:00

Il me semble que nos ‘‘pensées’’ (avec tous les guillemets de rigueur) se rejoignent quand vous parlez de l’instinct grégaire et de la guerre. J’écrivais tout récemment dans mon journal, à propos de quelqu’un qui avait beaucoup nui à ma sœur par ses paroles : « Faire le mal ou dire du mal, c’est tout un ! Comme tant d’animaux de cette terre (l’homme est un animal politique, dit Aristote), ayant l’instinct grégaire, il [le méchant homme dont je parlais] a besoin d’être d’un clan : il lui faut donc des ennemis naturels, contre qui rallier sa troupe ». Il le faisait en disant du mal de ma sœur, en la signalant à l’attention et aux mauvaises intentions de qui voulait bien l’écouter. Que le mal qui était dit de ma sœur fût fondé ou non importait peu, finalement. Une autre fois, j’écrivais, à propos de moi, cette fois-ci, qui ne suis pas moins homme ni moins mauvais qu’un autre : « Moi aussi, j’ai tenté de rallier contre lui [quelqu’un d’autre, avec qui j’ai eu maille à partir] ma troupe (sans grand succès, il est vrai), et moi aussi, je l’ai fait en [le] désignant à la vindicte d’autres lâches. » Il me semble que, souvent, dans mon journal, quand je parle mal des quelques personnes que je n’aime pas, que j’ai d’ailleurs tendance à considérer comme de véritables ennemis, c’est en des termes très guerriers que je le fais. Ceux que je sais penser comme moi me deviennent alors une espèce de clan, auquel il me plaît d’appartenir. Ceux qui prennent la défense de ma bête noire constituent à mes yeux une clique à laquelle je suis très heureux de ne pas appartenir. Comme quoi, moi qui ai tenté de consacrer plusieurs articles, ici, sur GA, à dénoncer l’esprit moutonnier des hommes, je n’en ai pas moins l’instinct fort grégaire !

30/12/07 - 17:26

C'est le mot qui véhicule l'intention : sens et émotion. C'est au mot que nous sommes sensibles, me sembl-t-il et si nous employons queer ou pédé entre nous, c'est bien parce que nous sommes sensibles à ce que ces mots véhiculent dans la société ; en les employant, nous nous les ré-approprions, nous les vidons de leur charge négative pour les remplir d'autre chose.

30/12/07 - 17:39

Le mot seul ne suffit pas - me semble-t-il. Ou alors il faut l'entendre comme pris dans une énonciation. En ce cas oui : on peut vider un contexte énonciatif - insultant - pour le remplacer par un autre - valorisant.

Il est certains mots qui portent leur contexte avec eux, il est vrai. D'où l'enjeu qui consiste à montrer qu'on peut les dégager de ce contexte pour les faire sonner - émotionnellement - autrement.

30/12/07 - 18:11

Nous sommes faits d'eau et de mots.

30/12/07 - 18:26

:o))

as dreams are made on!

Méduses spirituelles, quoi !

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