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Honni soit qui troll y pense

Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas nécessairement aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
Je pense : L'encyclopédie est trop bavarde

Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour mardi 5 août 2008 à 02:50)

29/12/2007

29/12/07 - 16:56

De l'insulte - du mal (2/3)

2. Passons à ce mal qu’on dit. De façon très générale, je définirai ici le mal comme ce qui cause une souffrance – ou plus exactement, comme ce qui cause une souffrance indûment élevée au regard des gains éventuels que ceux qui en sont l’objet espèrent en retirer ?

Que signifie aimer à faire du mal ? D’où vient cette dose de sadisme que l’on suppose tout homme en meure d’exercer ? Très honnêtement, je ne sais pas. La psychanalyse aurait sans doute bien des mots à dire là-dessus, mais aussi l’anthropologie – cf. R. Girard, incontournable, même si je n’aime guère l’excès, et l’excès catholique, de ses thèses.

Ce que je crois sommairement, c’est qu’à quelques très rares et remarquables exceptions – celles de la sainteté, par exemple –, le réservoir pulsionnel de tout un chacun contient une possibilité de sadisme, plus ou moins latente. Qu’elle en vienne à s’exprimer dans ce passage à l’acte qui rend jouissive la souffrance de l’autre – ou l’idée de cette souffrance –, c’est une chose complexe qui mêle éducation, valeurs sociales, dynamiques de la croissance individuelle, etc. Bien sûr, ça ne veut pas dire que tout un chacun aime à faire souffrir, mais que la tendance générale est là : l’universalité de cette passion, à mon sens, s’arrête là. Dans nos sociétés malgré tout christianisées, la vision de la souffrance d’autrui, et la réjouissance qu’on peut en tirer, relèvent d’un tabou, levé dans des circonstance bien délimitées, Journal de 20:00 ou projection cinématographique par exemple.

Il y a sans doute un équilibre entre deux fonctions contraires, qui jouent toutes deux un rôle dans la stabilité des groupes humains – et donc dans leur reproduction. D’une part, la nécessité d’assurer au groupe un territoire où il puisse coordonner son activité requiert le déploiement d’une agressivité à la fois interne : gestion du statut, soit de l’accès hiérarchisé aux ressources, éventuellement reproductives ; et externe : défense du territoire contre des envahisseurs d’un groupe étranger ou d’une espèce concurrente, soit de l’accès privilégié aux ressources appropriées par le groupe(2). D’autre part, la nécessité de tisser des liens forts à l’intérieur du groupe interdit que tous les gestes soient de type agressif. Les comportements de réconciliation étudiés par le primatologies, mais encore l’altruisme, longtemps pierre d’achoppement pour les théories sociobiologistes, permettent de développer dans les groupes – et parfois d’un groupe à l’autre – des liens attractifs qui s’opposent aux liens répulsifs agressifs. Il y va là d’une possibilité d’empathie, qui nous permet de nous mettre à la place de l’autre et d’éprouver de façon plus ou moins atténuée et plus ou moins distordue ce qu’il éprouve(3). Tout ça bien sûr de façon sans doute affreusement schématique.

Ce cadre d’un jeu entre forces empathiques et pressions agressives permet de comprendre quelque chose du mal – et par exemple ce qu’on appelle ici ou là un mal nécessaire. Est mal tout ce qui me fait souffrir sans que je puisse espérer en tirer un gain qui compenserait la perte qui m’est faite. La dynamique des groupes humains – et donc les dynamiques interindividuelles et personnelles qui les sous-tendrent – sont indissociables de la lutte pour les ressources qui conditionne la stabilisation d’une espèce qu cours de l’évolution. Une telle lutte a fait de nous des animaux à la fois sociables et agressifs : pacifiques et guerriers. L’appropriation des ressources par des individus dominants ou des coalitions de tels individus, fait partie de notre constitution d’espèce – j’insiste là-dessus : c’est statistique, pas universel. Et les luttes liées à ces appropriations engendrent inévitablement le mal : ça arrive à chaque fois qu’on prive quelqu’un de ressources qui lui sont ou qu’il croit nécessaire à son existence. Et ces ressources, parce que nous sommes des parlants, peuvent être symboliques – mais le lien entre la parole, l’affect, et le symbole ressource est extrêmement complexe à dégager, voir mon précédent. Et si faire/dire le mal peut être source de plaisir, cela ressortit peut-être bien à la satisfaction qu’il y a à assurer sa prise sur les dites ressources, ces objets du désir dont on fait la source de toute jouissance(4).

Un tel schéma, qui tend à dé-théologiser la notion (pas de faute originelle), permet encore de rendre compte de sa banalité, les chaînes de l’excision d’un sous-groupe d’une société donnée n’ayant pas à manifester la volonté destructrice au niveau de chaque acteur – dit autrement : il n’est pas besoin d’un sadisme généralisé pour en arriver aux camps de concentration, c’est d’ailleurs bien là le problème : le phénomène est bien moins rare qu’on ne voudrait le croire.

Dire le mal, essayer de couper l’autre de lui-même ou de son groupe – Olivier Bruley l’a fort bien écrit dans un commentaire à mon précédent –, c’est une donc attitude standard, qui ressortit de nos gènes. Ce qui ne veut pas dire que ce soit bien : que quelque chose soit naturel ne signifie pas que ce soit bien ou bon – la belladone, c’est naturel et mortel… Et que cela ressortit à une structure générale de nos gène ne signifie pas que cela nous détermine individuellement au mal, du fait d’une part de la variabilité génétique individuelle, qui doit aussi faire la part belle à l’empathie, et d’autre part de l’influence du contexte éducatif et de la valorisation ou non de l’agressivité sadique. – plutôt en hausse de nos jours, j’y reviendrai dans le troisième post.

À mon sens, donc, il n’y a pas de mystère du mal – il n’y en a que si l’on croit en un Dieu créateur et bon, ce qui, on l’aura compris, ne fait pas partie des éléments que je peux mobiliser dans une argumentation : je ne crois pas en un Dieu créateur bon. Il y a des mystères si l’on veut, scientifiques, à élucider : plus que des mystères, au fond, ce sont des problèmes dont la résolution est gage d’une meilleure compréhension du fonctionnement des choses. Mais bien sûr, ça ne nous dit pas grand-chose sur la façon dont nous pouvons nous en accommoder – à cela, le volant pratique et plus spécifiquement spirituel des religions est plus approprié.

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(2) Bien sûr, il faut entendre « territoire » dans un sens symbolique, l’espèce humaine étant à la fois nomade et, depuis l’invention de l’agriculture, sédentaire.

(3) On pense que les neurones miroirs, récemment reconnus dans les capacités d’imitation en jeu notamment dans l’apprentissage, pourraient constituer l’un de relais de cette capacité à l’empathie. Ça n’est encore qu’à l’état d’hypothèses, et ne décrit sans doute pas l’intégralité du paysage sur ce sujet.

(4) Note aux bouddhisants : le samsara, un piège de l’évolution, quoi ;o).

commentaires

29/12/07 - 18:28

De mon côté, je crois que j’ai une définition plus large du mal, selon laquelle, concevoir ou désirer seulement le mal, sans aller jusqu’à le faire aux dépens de quelqu’un, c’est aussi, c’est déjà un mal. En ce sens, vouloir simplement du mal à quelqu’un, par exemple, mais sans aller jusqu’à le lui faire, faute de temps, de moyens, de courage, ou grâce à un efficace surmoi, ce serait déjà, si ce n’est faire DU mal (à ladite personne), du moins faire LE mal, à des degrés différents, certes, selon les cas : ce serait faire le mal en soi, à l’intérieur, être, se rendre mauvais, même très brièvement. On pourrait concevoir (qui sait même si cela n’existe pas ?), des hommes qui, n’ayant jamais rien fait de mal, seraient pourtant entièrement mauvais, mauvais en pensées, en intentions. (Il y a aussi le cas, beaucoup plus fréquent, où, sans rien faire, par peur, par lâcheté, par indifférence, et non par impuissance, on laisse faire le mal. Cela ne revient-il pas, dans une certaine mesure, à participer soi-même du mal, si ce n’est au mal ?) Etant donné qu’être mauvais en pensée seulement ne fait de mal à personne d’autre que soi, n’est-il pas très tentant, pour tout un chacun, de se laisser aller à ce mal virtuel d’apparence, mais d’apparence seulement ? (Mal d’ailleurs peut-être nécessaire, précisément pour ne pas aller jusqu’à le commettre, le projeter hors de soi). Alors, la passion du mal pourrait tout de même bien être universelle, comme j’ai tendance à le croire, en bon pessimiste que je suis.

30/12/07 - 00:40

En effet, oui, je suis assez d'accord avec cette analyse des précurseurs de mal agi.

Je consteste peut-être votre faire LE mal, puisque dans mon sens, le mal n'est fait que s'il y a souffrance infligée. En revanche :
1. penser du mal - sans le faire - c'est peut-être se préparer, les circonstances le rendant possible, à en faire ;
2. Je n'ai pas du tout évoqué la question de savoir si faire du mal était ou non un mal pour celui qui le faisait : dans bien des traditions, c'en est un, et, dans la mesure où penser du mal de quelqu'un s'accompagne de sentiments négatifs, je pense que c'en est un.

Et en ce sens, en effet plus large, on peut dire que le mal est universel : conception fort proche dans sa forme de l'avidyâ hindoue, de la souffrance bouddhiste et du péché origine chrétien. Le fait est que je me gardais dans ce post d'aller jusqu'à une conception internaliste du mal, lui préférant une analyse externaliste, seule à même d'en comprendre les origines sans recourir au mythe.

Mais - c'est la surenchère ! - j'ai alors une définition bien plus large du mal ou des sources du mal : l'attachement que l'on a pour soi, à quelque degré que ce soit. Ce qui définit la sainteté - la vraie, pas l'officielle vaticane - comme ce qui est exempt du mal.

16/01/08 - 16:13

Est-ce qu'en définissant le mal par la souffrance, on ne s'enferme pas tout de suite dans une conception "internaliste" ?

J'essaye de définir le mal par un fait ne ressortant pas de la reflexivité du vivant sur lui-même quand j'y réfléchis, ce qui est essentiel pour me permettre d'en avoir une conception universaliste qui est la pierre d'achoppement entre deux conception de ce mystère. (qui n'est un problème que si tu le prend sur un plan "internaliste" justement, non ?)

16/01/08 - 19:05

Internaliste ? Subjective ppeut-être ? Oui, sans doute. Et alors ? Je ne vois ps le problème en fait - ni en quoi il y aurait là un enfermement.

Plus précisément, je pense que la définition du mal par le vivant qui l'éprouve - ce qui est une définition _formelle_ du mal, somme toute - relève de quelque chose de bien plus universel que toute définition matérielle du mal. Etant entendu que, fondamentalement, je ne crois pas en des essences immuables indépendantes de la vie humaine.

Le mal n'est un mystère que parce qu'on s'imagine qu'il y a quelque chose de bon qui sous-tend le monde. Je ne vois pas en quoi ma définition fait du mal un problème - au contraire, même ! Tu peux préciser ta réserve ? Mais je ne suis pas sûr de bien comprendre la fin de ton deuxième paragraphe - ni d'ailleurs ton deuxième paragraphe.

16/01/08 - 20:27

J'étais obscur, mais grosso modo, je butais sur ce fait précisément évoqué par toi :
j'envisage le Bien et le Mal comme des essences immuables (ce qui est un changement d'il y a 3/4 ans, ... enfin bref)

En fait, je n'aime pas le fait de réduire le mal à la perception "objective" que nous pouvons en avoir, car je crois qu'il est avant tout un fait indépendant de notre perception, car "sensé" :

Le mal est perçu, mais l'est-il avec exactitude ? Notre perception l'altère-t-il ?
Si tu part de ce que nous percevons du mal (c'est à dire principalement notre souffrance), le problème n'est-il pas de réduire le mal à un artefact de notre rapport au monde (à la vérité, ou ce que tu ceux ...), alors qu'il pourrait tout aussi bien exister indépendamment de notre perception ?

Nous avons une divergence de vue sur cette questiuon : le rapport du sujet au monde
et cela affecte beaucoup des questions existentielles que tu traites.

16/01/08 - 21:43

Nous aurons du mal à nous rejoindre, donc. Il nous faudra traduire dans nos conceptions ce que l'autre dit : je ne suis pas en mesure de comprendre ce que sont mal et bien comme des essences immuables - ni ce qu'_est_ une essence immuable, d'ailleurs, ce qui aussi est un changement pour moi ;o)

Tu dis le mal est perçu", je dis "le mal est construit" (à partir de la souffrance). Je ne suis donc pas du tout en mesure de répondre à cette question sur l'exactitude, qui ne renvoie à rien, pour moi.

Comme pour moi le mal n'est pas un objet existant, mais un concept subsistant dont la référence est une généralisation à partir notamment de la souffrance, il n'y a pas de sens à dire que nous le percevons - comme on perçoit un objet.

Nous avons ici la même dissention qu'en philo des mathématiques : un objet mathématique existe-t-il indépendamment de nous ou pas ? Et il faudrait s'entendre sur la nature de ce "nous".

Je crois qu'il en va de même du mal. C'est un universal, comme - mais sur un autre mode - une fonction ou un espace de Hilbert peuvent l'être. "sur un autre mode" implique aussi que la réponse donnée dans les maths ne vaudra pas nécessairement du mal (les affects notamment ne sont pas impliquées du tout de la même façon).

Mais que ce soit un universal n'implique pas que ce soit une essence immuable existant indépendamment de "nous" (nous sommes des individus, ou nous espèce humaine, entre autres ?)

18/01/08 - 20:29

Ce avec quoi j'ai du mal dans tes raisonnements, c'est que tu considéres la plupart de tes objets d'analyse comme des "construits", tout en interrogeant le fait même du sujet.

Je crois à l'existence comme qqch de relatif, et je crois à une existence relative du sujet et à l'existence relative de ses relations avec d'autres existants, relations communément appelées des perceptions.
Mon point de départ n'est pas (jamais) scientifique : je ne part pas d'un fait, qui pour moi ne témoigne que de notre perception, mais plutôt de paradigmes métaphysiques cohérents autour des faits : fait(=objet) perçu, sujet percevant, relativité du fait, relation du sujet à l'objet, existence = tissu de relation =/- épais, etc.
De ce point de vue, la désagrégation des relations est un phénomènes des plus puissants dans cet univers, je l'appelle le mal, car elle semble une forme de pattern commun à la plupart des maux que les identités relatives peuvent identifier dans l'univers de leurs perceptions.

18/01/08 - 20:58

Il n'y a pas besoin d'un sujet pour qu'il y ait un construit - pas de complément d'agent (construit par) qui soit individualisable, c'est tout - c'est même très exactement la loi de coproduction conditionnée du bouddhisme : pas de sujet, juste des aggrégats enchaînés les uns aux autres par une loi de cause à effets sans intention. Ce qui n'empêche pas qu'on croie qu'il y ait un sujet, qu'on se vive comme tel. Mais ne signifie pas qu ce soit le fin mot de l'histoire - ni même que l'histoire se close d'un fin mot - puisque tous les mots relancent les histoires.

Nous sommes donc d'accord sur cette chose minimale d'une existence relative : une notion qui me plaît assez, oui - parce que cela peut se tordre, à ce stade encore flou, dans à peu près tous les sens, sauf celui d'un sujet massif et absolu.

Merci, en tout cas, c'est plus clair. Si je peux réagir, ceci :

Il est des désagrégations de relations qui ne sont pas des maux - la relation que j'entretiens avec les imagos de mes parents est une relation que je travaille à désagréger, c'est plutôt un bien - moins de souffrance. Bien sûr, tu pourrais botter en touche en disant que cette "relation", alors, n'en est pas une. Ce à quoi je serais dans l'obligation de te demander ce que tu appelles une relation.

(on part toujours de présupposés métaphysiques, dès lors qu'on se rattache à ce que l'on perçoit du monde, même la science y est tenue. Ce que tu indiques cependant, c'est que ta démarche est idéaliste, alors que la mienne se méfie de tout idéalisme qui ne se fonde pas en son niveau le plus profond sur un matérialisme bien entendu - ce qui suppose que, de la matière, cad du réel, on ne puisse parler).

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