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Honni soit qui troll y pense

Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas nécessairement aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
Je pense : L'encyclopédie est trop bavarde

Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour mercredi 17 septembre 2008 à 22:58)

01/01/2008

01/01/08 - 23:29

Couci couça

Dans le texte, la séduction. Captation d'une ressource : moi, cherché dans un regain d'attention venu d'ailleurs – Narcisse adolescent.

Beaucoup d'importance, il a, ce moi. Lampe a bout de souffle qui grésille et dont la lumière tremble d'un trop d'intensité.

Écrire : donner corps à ce qui peut faire jeu - tout le cortège d'un passé moins collant, enfin - dans un simple ecce homo.

Mais là, la rechute. Chercher dehors, alors, ce qui ne joue plus dedans. Passé gluant comme un mauvais sperme. Et me sentir indigne d'exister même.

Non, non, je ne songe pas à en finir. Vouloir n'exister pas n'est pas désire mourir. Je n'ai pas envie de mourir. Je n'en ai jamais eu envie. Mais l'envie de vivre se fait plus difficile à mesure que se ravive ce sentiment, de mon indignité.

Sentiment sans cause aisée à retranscrire. Ancien, sans doute, issu d'obscure enfance. Je vais essayer, quand même.

Je suis indigne. C'est tout. J'en fais jamais assez pour être digne, je veux dire, vraiment digne, au point que la question de la dignité ne se pose pas. En faire assez. Ou en être assez. C'est pareil, ici : présenter au juge interne incarné dans le terrible imago maternel les signes, tous les signes, qu'on est à la hauteur des attentes. En faire assez ou en être assez, c'est être projeté à l'extérieur, dans la production des signes qui combleront le juge. Et moi, je suis fatigué, fatigué, de tous ces labyrinthes à traverser avant de pouvoir être vraiment - de n'avoir plus rien à faire, à prouver, à bâtir, pour être aimé, tout simplement !

Ah oui, les labyrinthes... Je ne vous ai pas raconté les labyrinthes. Ce n'est pas facile, il faudrait que je vous parle de mes rêves, des actions qui n'y aboutissent jamais, et du terrible sentiment... d'urgence coupable qu'il y a pourtant à les faire aboutir - fermer une valise, aller à l'aéroport, rejoindre quelqu'un, etc. Avec tous les obstacles et toutes les répétitions qui viennent s'intercaler, on n'arrive jamais nulle part : il y a toujours quelque chose à faire en plus avant d'arriver à la chose même oui, c'est sexuel, bien sûr, ça l'est devenu, explicitement, avec la puberté - la chose même : l'objet par quoi l'on jouit. J'appelle ça "des rêves-labyrinthes". C'est banal, sans doute, tout le monde en fait, mais de 10 à 37 ans, ce sont quasiment les seuls que j'aie jamais faits. Parfois ce sont de vrais labyrinthes, physiques, je veux dire. Pour le coup, là, c'est vraiment bien : je rêve des villes vraiment extraordinaires, vous savez, des Prague et des Paris comme vous n'avez jamais vu. Mais le plus souvent, ce ne sont que des labyrinthes d'actions, vides de tous personnages identifiables, sinon moi. Ce n'est que depuis peu qu'il y a des gens dans les labyrinthes de mes rêves.

Il faut dire aussi que le sentiment de panique, l'affolement, exactement, que je contacte dans le monde des rêves est le même lorsque je me retrouve à devoir faire face, réveillé, à une situation inconnue : personne que je ne connais pas, nouveau cadre de travail, première expérience de ci ou ça, dès lors qu'y est impliqué le regard d'autrui. Parce que tout regard, c'est une évaluation : une instance du juge qui dira si l'on est digne ou pas. On comprendra l'importance de devenir premier de la classe - et les galipettes intellectuelles pour me justifier de ne l'être pas en gym, ou de ne l'être pas absolument partout, du moment que ma moyenne générale était supérieure à celle des autres... Derrière tout ça, il y avait : dîtes-moi que je suis digne. Bien sûr, ça signifie : aimez-moi, je veux dire, aimez-moi enfin sans me demander rien en échange.

Voilà, la rechute. C'est ça. Me sentir indigne, à nouveau, collé à mon passé. Bien sûr, vous ne pouvez en général pas faire grand chose pour m'aider. JC y arrive parfois - pas en ce moment, il est trop mal, lui aussi. Et B., surtout, oui, B. a ce rare talent là de me déscotcher de ce sentiment qu'au fond je ne parviens pas à lâcher parce que je ne veux pas vraiment le lâcher parce que si je le lâche j'abandonne et j'accepte d'être indigne donc je serai jamais aimé et le seul fond qui me reste à éprouver est celui du terrible désespoir que je sens là, du bébé qui pleure et qu'on ne prend pas dans les bras, même si on lui parle - je ne dis pas que c'est le traumatisme initial, juste que ça reconnecte avec ça - et la tétanie de tout le corps et la sensation d'être en Enfer qui va avec et le hurlement qui ne vient pas qui reste enfermé dans la poitrine qui ne vient pas sinon dedans et qui ravage oh ! bien des choses dedans ce hurlement silencieux qui se réveille chaque fois que je n'ai pas été accueilli totalement alors que ça n'allait pas, que j'avais fait des efforts pourtant, oh ! accueilli oui, avec beaucoup beaucoup de tendresse mais cette pointe toujours d'insatisfaction, de non validation de ce que je suis, de peux mieux faire, de feras mieux ! cette pointe enfichée dans l'imago la terrible imago, la maternelle, double, marâtre et sucre.

Alors oui, je ne peux pas facilement me déscotcher de ça, reconnecter avec d'autres ressources - j'en ai d'autres, bien sûr. Alors je fuis. Dans ma tête. Dans le sexe. Dans l'appropriation de toutes ces choses extérieures qui me rendraient digne. Le savoir absolu. Le corps des garçons.

Écrire, non, pas pour séduire - je n'écrirais pas comme ça, si je n'écrivais que pour séduire. Mais avec le fantasme que ça peut séduire. Parce que bon, on le comprendra, là, j'en ai besoin. Ce n'est pas vital - sinon je ne pourrais même pas vous le raconter. C'est juste un besoin énorme, que je regarde, là, œuvrer en moi, là, où il y a le hurlement silencieux, toute la solitude glacée de l'Enfer - désespéré.

Je ne sais pas trop quoi en faire, de ce besoin - tout net : il me pourrit la vie. JC me dit d'en faire une offrande. Il a raison, mais c'est difficile. Offrir son désespoir comme on offre sa joie. Offrir sa nudité. Il faut y perdre un paquet d'orgueil avant de pouvoir faire ça - il y a sans doute de l'humilité dans une telle offrande quand elle parvient à se faire.

Il y a aussi un paquet de courage : offrir ça, c'est affronter le désespoir, en face. Or on lutte contre lui - tout contre, voui ! On ne veut tout simplement pas le laisser nous envahir un seul instant - c'est trop douloureux. Mais pour l'offrir, il faut le regarder entièrement, l'accueillir pour de bon - parce que de toute façon, il est là. Moi, je ne parviens encore à le voir que de biais - mais je le vois, au moins, enfin : ça a mis du temps !

Alors bon. Je ne sais pas. J'écris, en attendant. Avec la conscience claire que, coupé de mes émotions parce que je me défend contre ça, je suis aussi coupé de vous. C'est comme ça, pour l'instant.

Et là, j'aurais voulu écrire "excusez-moi", mais bon, il vous aurait été clair d'où cela venait. Il n'y a rien à excuser. Juste ce si grand besoin que j'ai de venir me perdre dans vos bras, qui ne seraient que ceux, absolus et fantasmés, de ma mère de quand j'étais tout petit petit petit petit ...

commentaires

02/01/08 - 00:49

De mon côté, c'est à peine si je me sens digne, intellectuellement, de parler avec vous. Quant à vous ouvrir mes bras, n'en parlons pas... Vous voyez que vous n'êtes pas seul ! Si vous me permettez cette pirouette, c'est probablement le sentiment que vous avez de votre petitesse qui fait toute votre grandeur. Je vous assure que vous êtes très séduisant (ne serait-ce qu'à mon goût) et qu'à n'en pas douter vous en séduisez sûrement beaucoup d'autres qui, comme vous peut-être, ressentent ce besoin de s'excuser qui les paralyse. Le besoin que vous ressentez, c'est sans doute ce vide, ce manque, cette absence, qu'on trouve au creux de tout homme, et qu'il est impossible de combler, c'est du moins ce que je crois moi, qui suis un grand pessimiste, comme je vous disais l'autre jour.

02/01/08 - 10:06

Vous me touchez beaucoup, merci, et de ce commentaire, et des récents, et de ce qu'ils témoignent, tous, de vous.

Je ne crois pas non plus cette absence comblable, en tant que telle. Elle fait partie de l'état des lieux. En revanche, je reste persuadé qu'il est possible de la considérer comme un simple élément du décors, et qu'il est un lieu où le désagrément qu'elle procure n'est guère plus embarrassant qu'un trou dans une chaussette qui ne nous appartient pas. Je suis bien moins pessimiste que vous, donc, même si le monde peut m'apparaître, ici et là, comme cette "histoire pleine de bruit et de fureur racontée par un enfant".

02/01/08 - 22:43

Il est possible de la considérer comme un simple élément du décor, comme un trou dans une chaussette, même si, à la longue, le trou s'agrandit, même si c'est une chaussette dont on ne peut pas changer...

02/01/08 - 22:58

Elément du décor, le trou ne s'agrandit pas. Il ne s'agrandit que si on fait tout pour l'ignorer. Alors il s'enkyste, caché sous les coussins et les tapis des faux-semblants.

Je n'ai pas dit que c'était facile.

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