Un rêve - Interprétation, comme ça
Je jure par tous les Saints Lacamphré et Ioung-Eudes que la fin de ce post n'était pas préméditée, ni en son contenu, ni même en son projet : je voulais juste décrire le rêve de cette nuit. Elle m'est venue en écrivant, et je la laisse ici pour cette raison là - aussi toujours pour montrer comment ça fonctionne là-dedans ma tête, ce dont on se fout peut-être, mais c'est un problème qui n'est pas mien pour le coup :o)
Cette nuit, au petit matin peut-être, là où les songes se font solides un peu plus dans leur recherche de cohérence, j'ai fait un rêve. Jusqu'à récemment, je ne faisais pas souvent de rêves très réalistes - rêves labyrinthes sans queues ni têtes, le plus souvent. Là si. Atroce.
C'était Harry Potter. Il n'avait pas ses lunettes. Mais les cheveux raides emmêlés, c'était bien lui, oui. A peu de choses prêt, la tête de Daniel Radcliff, sans lunettes. Il ne devait avoir 16 ans, je pense, à un an prêt. Je ne voyais que sa tête. le haut de son cou, une épaule. C'était comme dans une bande dessinée, une case après l'autre. Mais toutes au même endroits : une succession de diapositives, donc. Sa tête était dirigée vers la gauche, en diagonale. Mur blanc gris.
Il était terrifié. Atrocement terrifié. Case après case. Bloqué contre le mur, les yeux partant vers la gauche, la tête essayant de se tourner vers l'arrière. Il n'y avait aucun son. Mais on devinait des poursuivants. Monstrueux. Invisibles. C'était suggéré par son expression. Mais moi, bien sûr, je le savais. Des horreurs. Prêtes à déchirer. Entailler . Éviscérer. Disséquer. Case après case. Je le savais bien, qu'il se ferait rattraper. J'ai dû revoir la scènes plusieurs fois. Cette terreur, je me disais qu'on ne verrait pas la fin. Qu'elle serait suggérée. Je l'ai vue plusieurs fois. Terreur sans nom. Ni espoir. Jusqu'à ce que je m'autorise à la voir, cette fin-qu'on-ne-doit-pas-voir. Case après case. Le sang qui jaillit de derrière la joue droite sur le mur, gerbe autour de la bouche. Cri. Pas de son. Le sang qui jaillit de la bouche, éructé en bouquet sur le mur. Cri. Pas de son. Le visage qu'on tire vers l'arrière et qui s'arrache juste sous le nez. Pas de son. Puis qui redevient entier pour un autre déchirement, ailleurs. Pas de son. La tête qui tombe, hors du cadre. Avec la mort. Pas de son. Une main obscène crochue griffue peau tannée dans le cadre, avec cette écœurante sensation de mouvement. Pas de son. Une main qui passe dans le cadre emportant quelque chose comme un bout de colonne vertébrale sanglante. Ou un œsophage. Ou une tranche de gros intestin. Je ne sais pas.

Jusqu'ici je ne m'étais jamais autorisé les rêves gore - je ne m'autorise pas non plus à voir les films gore, trop impressionnable, je risque de rester hanté par les images pendant bien trop de nuits. Là. Je n'ai pas eu peur. Non. Ce qui est atroce dans ce rêve, ce n'est pas la scène. C'est le plaisir. Ce qui me mets franchement mal à l'aise - au bord de la nausée - quand j'y repense, c'est le plaisir que je rencontre, localisé entre le ventre et le diaphragme, dans l'estomac, donc, indéniable, brut, brutal.
Je ne vous dirais pas
qui est en fait Harry Potter - parce que ce n'est pas lui, dans le rêve, enfin si, vraiment, sa tête et tout, mais au fond, non, ce n'est pas lui. Je ne suis pas tout à fait sûr encore de qui c'est. Et ce que je vois n'est pas le fin mot de l'histoire. Et de toute façon, JE NE VEUX PAS LE DIRE, JE NE VEUX PAS LE VOIR. Pas encore. Cette part là... cette part là, je ne l'assume pas, au fond. Pas là. Pas comme ça. C'est moi, bel et bien, à n'en douter pas. Je savais que ça existait. Mais que je ne l'avais pas rencontré sous cette forme aussi immédiate.
- à l'écrire, comme ça, je
viens de réaliser de quoi il s'agit. Coup d'interprétation dans le bide, comme en analyse, ça ne trompe pas. Oh là là !!! Distortion d'la scène primitive, noyau psychotique sans-nom du Père, projection masochiste, introjection du r'gard d'la mère dévorante, et la jouissance de mes viscères ; en fait ya que moi dans cette scène... et les imagos, comme d'hab. Et c'est un truc que je me fais à moi, mais depuis une position que je n'connaissais pas, sadique-(orale)-maternelle ; donc si ce n'est totalement moi, c'est donc mon frère, aussi. Et tout-ce qu'il-y-a-de-garçon ; ce que je fais au masculin, donc ; dévoré par des viscères (oui, les créatures monstrueuses ont pris cette consistance là, dans l'interprétation : ils n'ont rien de solide) - c'est féminin les viscères, dans ma géographie ; mais le devenir inhumain, c'est l'imago du père : Kronos féminin, donc; ou plutôt Kronos féminisé ; réduisant le héros à un tas de tripes ; pareil que les métamorphoses du père ; mais ça on ne le voit pas, on le devine ; je suis devenu la mère dévoratrice dans ce rêve, et c'est un bout de moi que j'ai déchiqueté : l'adolescent que j'aurais voulu être - oué non pas Harry Potter, je ne saisis toujours pas pourquoi lui, ah si, garçon brun, oui, c'est un truc comme ça, garçon brun qui se construit tôt un destin, oui, un idéal du moi, ça, un héros de bibliothèque verte, au moins ; et la vengeance nette contre ce héros qui m'a torturé tant parce que je ne pouvais pas être lui ; oh ! oh.... Putain, l'émotion ! dans la gorge, oui, c'est encore ça, ça vient de là, de l'émotion que je ressens depuis deux ou trois jours, oui, du fond de détresse sans fond sinon celui des Enfers de tout-abandon, oui, c'est ça, je me venge de ça, de ce type que j'aurais dû être et que je n'étais pas, de cette image obsédante de moi, séparée de moi, et si j'avais été elle, alors ma mère m'aurait aimé comme je rêve encore qu'elle m'ait aimé - je dis ça brut de fonderie, ma mère m'a beaucoup aimé, mais (toujours un "mais") j'étais sans doute trop sensible pour ne pas me déliter peu à peu - je dirais ça plus tard, c'est pas le moment ; et je m'en venge, de cette image putain, avec tout ce que j'ai, les formes folles des imagos maternels et paternels (j'avais écrit
de ma mère et de mon père, la première fois) - le regard dévorateur et la métamorphose inhumaine. C'est ça c'est ça ! Ca explique aussi pourquoi je pouvais pas me détacher de la sensation que Harry Potter dans ce rêve, c'est aussi ma mère - ça me paraissait trop téléphoné, et je me suis dit que j'imaginais, mais un bout de HP, c'est elle, oui, la partie gentille de la double imago maternelle; et du coup c'est aussi une revanche de mon père sur l'ordre des mères,
sive des femmes ! C'est tordu mais ça marche !
Pourquoi tu es morte ? , c'est ça que crie le père, oui, oui, oui,
pourquoi tu es morte, tu n'avais pas le droit, etc. et il détruit (
zerricht,
rips off HaRIPotter) l'ordre des fils sous le regard dévorateur - le mien - maternel ; pour se venger des mères ; lui aussi. C'est un rêve ou le masculin féminisé se venge de l'ordre des femmes (j'aurais dû écrire "des mères", j'ai écrit "des femmes", je laisse, interprète qui voudra), en disloquant sadiquement le corps des fils ou des héros imposés par la mère. Quel magma ! Mais c'est ça, dans le ça, qu'il y a, quand ça rencontre le langage. Je m'attends pas à ce que vous compreniez, d'ailleurs, j'ai presque écrit ça d'une traite - le
presque est de trop, je sais, mais c'est comme ça, quand on tape, c'est pas non plus comme quand on parle).
Je m'en sens plus libre de ce rêve d'un coup, tient, c'est marrant, il colle plus, enfin, pour l'instant. -
07/01/08 - 22:35
ça s'écoute dans l'instant, comme sur le divan. On suit.
ned