Auto-portrait
Le bourgeois – monstre mou des temps prospères – jouit consciencieusement d’une pensée raisonnable – raisonnable jusque dans son arraisonnement de l’excès – raisonnable rigoureusement dans la délimitation des choses les plus abstraites, cercle, folie, vérité, origine de l’homme, métaphysique des moules.
La croyance en une circulation réglée des signes et des corps faits biens, intelligible dans les termes rassurants d’un échange universel, confirme dans son identité un sujet pour qui le point de déviance – est toujours l’autre – et le point d’identification, le droit : au plaisir, à la différence, à la soupe du samedi soir et au coït du dimanche.
L’exigence de précision et de clarté dissout ici la tentation des dehors – les orbites du monde seraient bien mieux gérées si…. Le désordre, c’est les autres. L’efficacité technique, fille d’une pensée droite, se suffit à elle-même et suppure sa propre valeur. Au demeurant, l’adepte des orgies convenues et des joies légalisées sera toujours attentif à montrer son ouverture d’esprit et de cœur en rendant à chacun ce qui lui est dû, dans la jouissance grave du dispensateur d’une justice symbolique. Pas plus que jamais, il ne s’agira de s’engager – « comme si ».
L’encyclopédie se fige dans des savoirs sur la nudité de l’homme, ignorante aujourd’hui de l’excès de sa peau. Nous secrétons une culture de petitesse précise, que le sublime apeure quand il n’est encadré par la loi, et que ne rassure que l’onction de sa propre fatuité, Le bourgeois, c’est cela, se croit arrivé. Temps de gâchis pour tout ce qui croît.