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Honni soit qui troll y pense

Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas souvent aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
Je pense : L'encyclopédie est trop bavarde

Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour lundi 30 juin 2008 à 00:24)

07/02/2008

07/02/08 - 22:28

En-passant (1)

Quand on s'installe dans la croyance que vivre n'a pas de sens au-delà du simple fait de vivre – pas de chose cachée derrière la face étale du monde, pas de but ultime assigné à l'homme par quelque puissance étrangère, quelque totalité transcendante – reste à réaliser, pour de bon, qu'on n'a besoin d'aucun sens pour vivre.

Réaliser qu’on ne peut alors vivre sereinement qu’en remplissant ce seul besoin : n’avoir besoin d’aucun sens pour vivre – besoin qui ne se maintient que le temps de sa dissolution.


Comment faire comment faire comment faire ? Ne pas trop s'en inquiéter sans doute. Se poser en soi le plus chaleureusement possible. L'impatience aussi tirera sa révérence, si on la regarde avec bienveillance. Inflexiblement. C'est ce qu'on dit.

commentaires

08/02/08 - 00:18

D'aucun sens, sans doute. Mais quand même, d'amour, d'acomplissement, d'espoirs, d'engagements. C'est déjà pas mal. Ca occupe...

08/02/08 - 19:58

Chacune de ces choses-là a sa façon de faire sens et secrète son propre besoin.

Chacune de ces choses-là a sa façon de se délivrer du sens - mais c'est plus difficile à concevoir - il suffirait de n'en revendiquer aucune, ni aucun des objets qu'elles se donnent.

08/02/08 - 19:59

(Bien évidemment, rien n'est ici imposé à personne,et tout se tient de l'hypothétique - "quand on s'installe...)

09/02/08 - 17:17

"Vivre n'importe comment, mais vivre !" (Dostoëvski)

"La croyance que vivre..." et l'alternative, alors : l'athéisme ? Vivre sans en chercher le sens (ce qu'ont su faire d'ailleurs certains grands croyants, marchant parfois dans leur longue nuit).

09/02/08 - 17:25

Un athéisme non-thétique, en ce cas.

"Vivre sans en chercher le sens", c'est bien cela, in fine, oui - au-delà du sens et du non-sens.

09/02/08 - 17:57

Au-delà, en-deça voire à côté : cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas un (ou des) sens, mais ne pas se (pré)occuper de le chercher. Vivre, quoi.

09/02/08 - 22:44

S'installer est bien réflexif.
On le fait à soi-même.
Si c'est un choix, il y aurait d'autres possibilités à choisir.

Qu'est ç'un besoin?

09/02/08 - 23:33

Un besoin, si tu le remplis pas, tu vois rapidement tes degrés de liberté diminuer, et puis tu deviens fou, ou tu meurs. En tout cas, tu souffres beaucoup.

(s'installer n'est pas réflexif. C'est juste pronominal : je m'installe n'est pas équivalent à "j'installe moi-même" - tout comme je m'assois n'est pas équivalent à "j'assois moi-même" - ce qui serait le cas si s'installer était réflexif)

10/02/08 - 10:20

Pour remplir un verre, il faut que le verre soit plutôt vide.
C'est pareil avec un besoin?

Pronominal/réflexif: un faux ami peut-être.
Un pronom remplace un nom, ou un pronom; dans ce cas "je". J'installe je. Personne d'autre t'installe.

10/02/08 - 13:11

Que personne d'autre n'installe "je", ne signifie pas que "je" ait besoin d'un complément d'objet pour installer "je". Stricto sensu, "s'installer" est un verbe intransitif : le " s' " n'est pas un complément d'objet et "s'installer" n'est pas le même verbe qu'"installer quelque chose". (Pour plus de précision, Vincent Descombes, "Le complément de sujet", Paris : Gallimard,2004)

En outre, si tu veux lateral thinker sur toutes les métaphores plus ou moins fixées dans l'usage du langage, e trouverais plus sain que nous parlions directement de la culture des agrumes hypotestostéronées de Vénus. Ca serait plus direct. Mais le fait est que ce n'est pas de cela que je parle. Donc sur la question du besoin : je te laisse répondre seul à ta question - en particulier : en déplier le sens.

10/02/08 - 22:37

J'aime beaucoup l'idée que la vie n'aie aucun sens. L'idée qu'il n'y ait juste rien après la mort, non plus. Deux idées qui ont l'avan tage d'être d'une très grande simplicité, parfaitement franches, et contraires à tout un pan de notre éducation...

10/02/08 - 22:47

Le TLFi (ou refl. est ajouté au pronominal) http://'est pas plus d'accord que le Petit Robert! (SE mettre à une place déterminée ou d'une façon déterminée.)

Pour information, j'ai téléphoné à mon amante sur Vénus. Elle nie l'existence des tes AHdV!!

D'après mes expériences, les croyances durent moins lontemps généralement que les installations....bien qu'en Art, on ait des installations impermanantes.

Au fait, Winston Smith pense juste. C'est que la majorité d'autres personnages en "1984" ne pense plus comme lui.

10/02/08 - 23:54

(Ce qui serait intéressant, jsc, c'est : plutôt que d'incessants décentrements dont tu ne tires rien de ferme, de noue donner quelque chose de plus substantiel, qu'on puisse au moins s'appuyer sur quelque chose que _tu_ soutiens. Là, sincèrement, je n'ai rien à dire.

Fortitou : ce n'est pas simple d'être réellement à la hauteur de cette idée : nous vivons d'ordinaire tous les jours comme si la vie avait un sens, c'est inscrit par exemple dans nos façon de désirer, d'avoir peur, dans nos colères, dans l'attachement que nous avons à nous-même, etc. Non, ce n'est pas simple...)

11/02/08 - 16:58

En matière de spiritualité, je donne le nihilisme perdant.

Il ne s'agit à mes yeux que d'une impasse réactionnaire, qui pour nous libérer du Mystère, ne fait que le nier. Mais comment nier une question ?

11/02/08 - 21:27


C'est le reproche même que l'on fait encore parfois au bouddhisme que tu me fais.

Il n'y a là _aucun_ nihilisme. Essentiellement parce qu'il n'y a là aucune vérité générale. Le nihilisme se présente comme une métaphysique. Je ne fais pas de métaphysique.

On ne confondra pas le nihilisme - qui est souvent une pose intellectualiste à visée universelle - avec l'affirmation positive de la vacuité - qui se cherche comme posture/pratique vécue.

(Il n'y a d'ailleurs - au fond du fond - _aucun_ mystère. Mais le fond du fond, pour un temps, est un mystère.)

12/02/08 - 14:33

Bon, je ne suis pas du tout d'accord.
(dsl si c'est ésotérique, c'est une vieille discussion entre Marc et moi)

Mais c'est bien je pense parce que j'ai des divergences de fond avec le bouddhisme.
Je me demande maintenant si d'une certaine façon le bouddisme n'est pas une doctrine dont l'hypothèse de départ, reformulée selon mes axiomes, est l'inexistence d'une identité absolue, alors que ma recherche s'oriente de plus en plus sur le fait que l'existence de l'identité absolue se manifeste à travers le Mystère.

C'est pour cette raison que j'ai tendance à considérer que le bouddhisme est une mystique dont la métaphysique est nihiliste : face au Mystère, elle lui retire son caractère sacré pour en faire une question plus qu'accessoire.
Néanmoins, le bouddhisme, contrairement au Nihilisme absolu, je le reconnais, porte finalement une question sacrée :
"la croyance que vivre n'a pas de sens au-delà du simple fait de vivre" => il y a du sacré ... dans le fait de vivre.

Cela est à mes yeux un peu facétieux dans la mesure où justement, la progression personnelle via le bouddhisme, progression hors de la souffrance, est une forme de connaissance qui à mon sens s'appuie aussi sur l'exploration du Mystère, à travers des expériences vécues inintelligibles.

Il n'est pas mince le Mystère qui pour être exploré peut employer des voies qui le nient aussi bien que des voies qui le nomment.
Et donc pour autant, le bouddhisme ne m'apparaît comme fondamentalement invalide, juste comme prenant les apparences paradoxales. Celles-ci sont peut-être riches sur le plan de l'expérience, je n'en sais rien.

13/02/08 - 15:47

kliban et capitaine, une bonne discussion (subtile, complexe, claire, vécue), Merci ! ( sauf ... les mots "Mystère" et "Nihilisme" me sonnent très français ... mais chacun à sa manière de parler ^^ ), capitaine, je viens de regarder votre profil ... et sur le coup un mystère de langage -- vous aimez "aymerics" -- ??

13/02/08 - 18:59

On peut dire ça comme ça, en effet. Ce qui me frappe - et sans doute motive certains de mes choix - c'est que cela t'oblige à bien des subtilités pour conserver au Mystère - je conserve sa majuscule à ton vocabulaire - son rapport à la parole, justement. Là où de mon côté, je me contenterais de parler en fonction de ce qui, non mystérieux, n'engendre pas de frustration de nomination, mais n'a pour autant aucune prétention - ni qualification - pour être nommé.

Ainsi tu me dirait "nihiliste" (je répondrai tout à l'heure à ton autre commentaire - là où je te dirais "ésotérique" :o)). Evidemment, ce name calling ne résout rien, encore faut-il comprendre ce qui dans ces deux attitudes nous réveille les défenses.

Je suis à ce titre très sensible à tes efforts de traduction - rendus nécessaires, peut-être, par ton attachement à la totalité - de ce que les bouddhistes appellent d'un nom mystérieux (vacuité : sunyata), ais qui n'a rien d'un mystère, et moins encore avec une majuscule - disons qu'on pourrait dire que la vacuité, c'est le réel, vécu hors toutes les filtres des réalités inventées par la culture (le couple réel/réalité pouvant en première approximation jouer le rôle du couple expérience/représentation).

Simplement ceci enfin : qu'il y ait du sacré, bien sûr, mais le fait de dire qu'il y a du sacré, cela est-il sacré, et/ou nécessaire au sacré ? Je précise : cela relève-t-il d'un discours d'engagement dans le sacré - à la première personne, donc - ou d'une discours objectivant, en troisième personne ? Et pour aller un peu plus en direction du fond : comment ferais-tu pour résoudre ce qui pour moi reste un problème : la dissociation des discours d'engagement et des discours objectivant (la première et la troisième personne) ? Je peux inventer plein de systèmes pour ça, mais ils ne me convainquent pas vraiment.

13/02/08 - 19:35

Pour Ira, la réponse à ce si petit mystère est que le pseudo de mon copain est aymerics, et que nous portons le même prénom.

Pour Kliban : je pense que ma réponse se trouve dans le fil de discussion de ton post suivant.
Le discours sur le sacré n'est pas de façon évidente une expérience du sacré, ce qui ne signifie pas qu'il est dénué de toute valeur comme expérience.

Je ne comprends pas que le bouddhisme puisse ne pas nommer Mystère une chose si difficile à atteindre.
Je comprends bien que le bouddhisme refuse de nommer Mystère une chose si importante à chercher.
J'en déduit que le bouddhisme est intelligent sur le discours.

Que sur le sacré, il ne prétend pas grand'chose, il y conduit simplement. Que le discours sur le sacré se voit par cette voie assez ridiculisé, que pour autant, lorsqu'il est vécu il ne s'en formalise pas vraiment.
Si le discours sur le sacré est dissocié du vécu et de l'engagement dans le sacré, il n'est rien a priori, mais il est toujours, d'une façon ou d'une autre porteur d'une expérience. Si tu ressens un besoin ou une compulsion vers ce discours, c'est qu'il produit sur toi un effet intéressant, qui même stagnant, peut être une parade à une angoisse existentielle paralysante.
L'engagement dans le sacré, c'est de vaincre cette angoisse. En cela le discours peut être un paravent qui la masque.

13/02/08 - 20:20

Ce n'est pas mystérieux, en fait, pour e bouddhisme : d'une certaine façon, le samsara - la succession des vies et des naissances, accompagnée de l'illusion de se croire soi - est plus mystérieux que le nirvana, qui est sans mystère du tout. Bien sûr, je te rejoins : "il n'y a - au fond du fond - _aucun_ mystère. Mais le fond du fond, pour un temps, est un mystère", écrivais-je plus haut.

Sur la question du discours, nous sommes d'accord : poison et remède, tout à la fois (pharmakos, quoi, dixit Platon/Derrida).

Bien entendre de toute façon que je ne condamne rien dans l'absolu. J'indique parmi les possibles ceux qui me touchent. Et je suis touché par certains discours - ce serait étonnant du contraire, au vu de mon engagement dans les mots !

20/02/08 - 21:41

Je viens de penser qqch qu'il serait peut-être intéressant d'écrire ici :

Sunyata : la vacuité bouddhiste.
Je le traduirais avec facétie, mais je pense que c'est très pertinent : "circulez, y'a rien à voir !"

le mystère : dans l'entendement courant, signifierait qu'il y a une sorte de vérité secrète derrière l'apparence de Sunyata. C'est ce que pense le common understanding de la magie.

Le Mystère : au sens ésotérique, signifie le non sens qui est en soi porteur d'un sens inacessible. Il n'y a pas une vérité simple au delà d'un écran de fumée. C'est la qualité même de cette vérité qui ne nous est pas appréhensible et en cela, l'ésotérisme s'oppose au bouddhisme, puisqu'il dit : sunyata, absorbez-vous dedans, tout y est.

Mais exprimé ainsi, les deux attitudes sont finalement très semblables : explorer un vide ou un plein, cela revient à chercher une définition.

20/02/08 - 23:45

Le bouddhisme dit mla même chose - à détails près - de cette absorption dans la vacuité : nirvana.

"Circulez ya rien à voir" est une traduction assez juste, je crois, de la façon de travailler d'une des branches extrêmes-orientales du bouddhisme : chan puis zen. Mais ce ne serait pas le cas du bouddhisme thibétain.

En revanche, ce que tu dis d'un "non-sens porteur d'un sens inaccessible" mériterait d'être développé, si l'on voulait réellement comparer les voies - cette idée que la vérité a des qualités n'est pas nécessairement étrangère à la pensée indienne, par exemple.

(Je précise que je suis plutôt un dilettante en ces questions, je ne pratique pas le bouddhisme, je ne le connais que de loin, et ma connaissance de la pensée indienne est plutôt superficielle. D'autant qu'il est fortement déconseillé de trop chercher à réconcilier les voies - je ne fais cet exercice qu'avec des amis.)

21/02/08 - 09:49

De toute façon il n'y a pas à réconcilier : pour ma part, ces questions m'intéresse comme approfondissement de ma propre perception du Mystère, mais je ne cherche pas le syncrétisme. C'est plutôt que l'ésotérisme mange volontiers à tous les rateliers du moment qu'il trouve à y appliquer ses fondements, un peu comme un virus.

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