09/02/2008Annonciation Note liminaire : Je ne devrais sans doute pas publier ça sur GA. Mais ceci reste un blog et il se trouve que j’avais envie d’écrire ce machin, ce soir. Si j’avais droit à me voir exaucé, je souhaiterais que mes lecteurs prennent ce texte comme les autres : une simple trace, qui peut ou non les intéresser. Cette réserve est la seule concession faite au medium.
Il ne s'agira pas d'avant-garde : il n'y a plus rien au devant de quoi il est sans danger possible de venir – c’est partout le même vert-soleil du recyclage des nouveautés. S’annoncer, c’est se vouer à être médiagéré, tôt ou tard statufié, mis à la mode – et modifié jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une forme lavée de ses strideurs transgressives – uniforme d’un conformisme de la différence néo-adolescente, soit : moutonnière.
Le temps-gâchis réduit toute nouveauté à la platitude d’une innovation : variation technicienne et efficace autour de la réponse à une demande faite besoin. Il ne suffit pas de produire de l’information – encore faut-il donner aux individus et aux collectifs indissociablement les moyens de sa métabolisation. Mais nous ne métabolisons plus rien : nous sommes métabolisés – et mis au service des modes, l’individu n’est plus que l’instrument d’une non culture de soi.
[Note du 18/02/08] Ce n'est pas très juste. Nous sommes métabolisés comme métabolisant touours plus vite et toujours mieux ce qu'une culture qui a déplacé l'excès de l'orgie dans la consommation nous pousse à absorber et faire fructifier dans toujours plus d'échanges. Et c'est pourquoi nous tenons. Il n'y a pas en réalité d'effondrement de la culture, bien au contraire. Mais il y a une vitesse de la culture qui pousse à leurs limites nos facultés de productions et de métabolisation du culturel. Nous tenons dans une accélération permanente et ivre, comme aux limites grisantes de nous-mêmes. Ce qui nous empêche de trouver en nous ce qu'il y a de lenteur : ce que je pouvais appeler maladroitement une culture de soi. Cette remarque, en ce sens, n'invalide pas l'idée générale.
Il ne faudra pas s’annoncer, ou pas, en tout cas, comme prodrome d’une révolution. Depuis la fin du XVIIIè siècle, durant tout le XIXè et jusqu’à la fin des années 70, l’Europe est soumise à l’idée révolutionnaire. Les arts et lettres n’y ont pas échappé, jusqu’au structuralisme inclus. Chute des régimes politiques, relève technocratique d’une culture fondée sur les humanités – conséquence non anticipée d’une massification de l’enseignement supérieur –, primauté du droit sur le sens, néo-scientisme hyper-rationaliste se soutenant des très riches avancées dans les sciences de la matière et surtout du vivant : quoiqu’il en soit des causes, le chemin de cette idée au réel est en train de se perdre. Car toute révolution suppose la mise en œuvre d’un noyau irréductible de différence, irréductible, précisément, et donc non assignable, en mouvement toujours, mais en première approche réel ; incompatible donc avec les processus de clarification d’un monde devenu massivement bourgeois jusque dans la normalisation de ses transgressions.
Aucune annonce ne saurait aujourd’hui échapper au cercle de sa récupération – sauf à maintenir une part de secret, sauf à se retirer de ce qu’elle annonce – larvatus prodeo, j’avance masqué, mais non comme Descartes pour échapper aux foudres de l’Eglise, non plus pour fonder la communication minimale nécessaire à toute société secrète, mais bien selon un geste qui manifeste la cacophonie des asservissements au public – publicité, réclame, annonces, petites annonces, bandes annonces, etc. – comme symptôme de l’intangible identité d’un silence réel – une annonciation.
Evidemment, pareil geste ne vient pas de Dieu – Dieu a déjà et depuis trop longtemps, été digéré – mais de l’homme. Evidemment, l’homme n’est pas l’être humain – je ne suis pas en train d’annoncer un nouvel humanisme : l’être humain, digéré, comme Dieu. L’homme, en soi, n’annonce rien. Mais l’annonciation est selon l’homme. Elle n’annonce : rien qui puisse advenir dans un monde assigné à guetter ce qui advient pour s’en nourrir, éperdument – un monde qui a métabolisé jusqu’à la possibilité des révolutions. Elle n’annonce pas un futur possible, et aucune réalisation. Contrairement à une avant-garde, toujours ancrée dans le passé et en lutte de connivence avec lui, elle est le futur. Un futur sans advenue ; mais depuis l’homme déjà advenu, mais sans pourtant qu’aucune venue ne se soit jamais manifestée comme telle ; et pour le monde où sa non-advenue casse les cycles de la digestion anticipatrice de toute nouveauté.
 |
| De quelques films
(notes de -3 : exécrable, à 4 : culte)
Valse avec Bachir- - Waltz with Bachir (3+ à 4) - … Le grand silence- - Die grosse Stille (3+) - Su-perbe. Mais n'y aller qu'à assumer des tendances contemplatives Le Labyrinthe de Pan (3) - Secouant
La science des rêves (2) - maladroit parfois, poétique souvent, très justement terrifiant par certains côtés, très bellement interprété
V pour Vendetta (2) - Je lui préfère la BD, néanmoins
L'iceberg (3) - Délicieux, burlesque, amer, tendre
Le malentendu colonial (2) - Lent à démarrer, puis essentiel.
Le goût du thé (3) - Halluciné, émouvant et requinquant
Le cauchemar de Darwin (2) - L'Afrique qui meurt, vision partiale, néanmoins
Mysterious skin (3) - Extrêmement troublant. Lire encore cela.
Autumn Me  |
10/02/08 - 10:45
Bon avertissement au peuple, Kliban.
Moule?
Parfois je suis frappé par la beauté d'une annonce publicitaire, mais fréquemment il est inutile de me demander quel est le produit à vendre. Le lendemain d'avoir regardé un film, il ne m'arrive pas souvent de me souvenir des détails de cette distraction.
Sans télé, sans doute suis-je moins métabolisé qu'avec.
Sommes-nous peut-être programmés différement? Par quoi? Par qui?
Mode?
Quelle mode?
> Depuis la fin du XVIIIè siècle, durant tout le XIXè et jusqu’à la fin des années 70, l’Europe est soumise à l’idée révolutionnaire.
Toute l'Europe? D'où à où? (Le Danemark?)
On parle parfois d'une révolution industrielle, mais il me semble qu'il s'agit plutôt d'une évolution.
Les Arts et les Lettres, me semble-t-il sont plus souvent dans des mouvements Réactionnaires qu'en Révolution.
(Néanmoins, le Spleen fut un splendide exemple d'une invention sublime et....peu dynamique.)
> Chute de régimes
me fait penser aux Rois Maudits et la tête anglaise coupée de Charles I en 1649.
Sans doute on considéra la roue comme une invention technocratique à un moment donné et la construction d'églises Gothiques comme du dernier cri technologique.
L'Irréductibilité des révolutionnaires de 1789 me semble bien avoir été réduite (obnubilée) par les nouveaux pouvoirs mis en place depuis 200 ans.
Quelles sont les transgressions du monde bourgeois? (Ceux qui habitent en ville ou plutôt ceux avec une certaine mentalité?)
Sur ce, je constate également que le monde est devenu plus "visuel" avec des écrans partout et un soutien constant du Ministère de la Culture pour les événements visibles et frappants. De là à en être formaté.....faut être trop impressionnable.
Vive les Winston Smiths de ce monde.
jsc