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Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

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(mis à jour lundi 30 juin 2008 à 00:24)

18/03/2008

18/03/08 - 23:59

Du travail intellectuel "Méditation" décousue et sans poésie

Je n'ai pas encore rencontré d'intellectuel qui ne soit prisonnier de sa matière : lacis de concepts, de jugements, d'arguments, de réseaux de faits, d'engagements dans telle ou telle image du monde, dans telle pratique de la parole ou de l'écriture.

Prisonnier : à la fois ivre d'une liberté qui se compte en degrés d'assurance ou de certitude, et pris dans l'occultation du sans-pourquoi. Somme toute : les mots lui sont, toujours un charme, une incantation ; aurait-il pour vocation de dégriser d'un certain usage hyperbolique du langage, le discours de l'intellectuel porte toujours une charge d'enchantement - jusqu'au philosophe-logicien le plus froid, et ses extases grises de vérité.

La vérité n'est pas dans la parole. Je veux dire : pas plus qu'ailleurs – là sans doute : une forme de « théologie » négative et athée de la vérité. Le lieu de la vérité : ce qui hante l'Occident, chrétien, pour avoir historiquement pensé en Dieu le lieu de toute perfection - et je ne pense pas que nous en soyons réellement sortis. Mais l'Occident, pas plus que l'Orient ou tout autre monde imaginaire, n'a de réponse à ses questions fondamentales.

Bien sûr, bon, le travail est toujours possible – le travail qui forge les habitudes, et, pour l'intellectuel, donne sens aux affects qui le traversent – à mon sens le plus haut sens du travail intellectuel, le plus haut et le plus dangereux [canada-dry de Heidegger] : de et dans la pensée, le travail tord aussi bien les concepts que les affects.

Le travail, oui, dès lors qu'on n'y fantasme pas la vérité. Ou plutôt non. C'est un point très délicat – obscur. On peut y fantasmer tout son saoul, la vérité comme autre chose. Ce qui compte, pour autant, ce n'est pas l'objet du fantasme – toujours en deçà du réel, entendu ici comme expérience directe de la chose. Mais peut-être l'effort pour débroussailler ce qui se dresse entre nous et la chose en sa nudité. Quoi que ce puisse "être". Et dans cet effort : rencontrer un point où ça « lâche ». Hors la prison des images enivrantes.

Trouver un point de « lâcher » jusque dans le travail intellectuel. Pas simple. Sans doute moins encore ici qu'ailleurs : la dépense d'énergie physique a de bien meilleurs effets sur le métabolisme, les affects et les capacités de lâcher que le travail de la tête - mon expérience me montre qu'ils sont souvent opposés. Le travail que cela requiert peut tout autant mener en bordure de folie ou achever de rigidifier la machine pensée en dogmatisme stérile : sans cette simplicité suave et violente des affects qui accompagne le lâcher comme accessoirement son shibboleth. De toute façon, travail intense, nécessairement. Je veux dire : investissement intense - concentré, comme une essence de bouillon de poule avant la dissolution, ou le taupin pendant la colle, ou la rose sans-pourquoi.

Alors bon oui, le travail intellectuel, comme ça, je vois. Prendre le temps de lire Platon, lentement, de le lire vraiment plutôt que d'en engranger les philosophèmes : de le travailler comme on travaille la glaise. Et ce que je dis de Platon vaudrait encore de Damascius, de Spinoza, d'Eckhart, de Descartes aussi et d'autres et coetera - le Badiou de L'Être et l'événement, Lévinas, et quelques grands contemporains célèbres ou moins mais non moins décisifs - plus quelques analytiques récents en guise de gymnastique, tout comme on fait des maths pour le plaisir (ben oui). Pour aller vers quoi ? Le sens, en sa fulgurance dégrisée, tient ! Mais ça n'a de sens que dans le dépassement de soi et donc dans une forme de parole qui ne se satisfait pas du savoir : poésie, je dirais bêtement - dans le sens le plus large que j'aie jamais donné à ce mot, et qui, pour une fois, recouvre une adresse à autrui, l'entretien du maitre et du disciple en tant qu'ils se dépassent l'un l'autre vers une parole inouï (Lévinas) étant aussi de ce ressort là. Sinon mieux vaut s'en tenir à une tradition religieuse et se faire moine - une plus efficace voie de silence.


[C'était accompagné de ça, qui s'y raccorde plus ou moins ] C'est la corde raide. Pourquoi alors continuer à se perdre dans le jeu intellectuel ? Comme s'il suffisait de choisir, tient Autant essayer de ne pas parler pendant un mois, pas même seul, pas même à soi-même. C'est possible bien sûr. Travail d'ascèse – changer les habitudes. Mais quel intérêt – puisque l’ascèse est inévitable ? Pourquoi ici plutôt que là ? Il y a une chose qui me frappe, aujourd’hui que mes plaisirs se font plus tristes : il est sans doute essentiel de faire effort vers autre chose que le soi-même habituel - conclusion parfaitement banal, qu'il fallait bien qu'un labyrinthe occulte pour que je n'en prenne conscience qu'aujourd'hui...

commentaires

19/03/08 - 00:28

L'intellectuel est une variété de bipède déséquilibré qui a oublié d'utiliser ses mains autrement qu'à tenir un stylo ou taper sur un clavier... ;-)

21/03/08 - 22:08

Avec des images, c'est plus sympa.

27/03/08 - 10:08

Je ne comprends pas complètement ton texte. Je sens un ton désabusé, une déception des joies cérébrales. La recherche du savoir ne mène pas loin si elle n'a pas de but autre qu'elle-même. Mais c'est comme pour tout. Et le bonheur serait donc la recherche d'un but autre que tout, autre que ce que nous savons. Mais tu le savais déjà.

De toute façon, je ne crois pas au travail. Ces temps-ci c'est un terme un peu galvaudé.

Le travail intellectuel, c'est quoi ?
Tu parles du travail intellectuel ou de ses motifs avoués et obscurs ?

27/03/08 - 20:04

Le travail ? Si, j'y crois, tout comme à la vertu de faire effort. Bien sûr, évincer de tout ça la poix économique et morale qu'on y a versé. Ma position est systématiquement éthique soit : de l'ordre de la recherche individuelle de l'agir juste - le souci de soi, à la Foucauld, en relève, mais pas uniquement.

Le travail intellectuel : produire du texte qui ait un sens, dans un espace intertextuel en situation dans une conjoncture. Je ne pense pas que l'on puisse séparer le travail et ses motivation - c'est un fétichisme de l'oeuvre, hérité peut-être du christianisme, qui nous pousse à séparer le produit de la production. Je ne pense pas, donc, que l'on doive détacher le travail de ses motifs - ce qui est une thèse éthique sur la nature du travail.

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