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Honni soit qui troll y pense

Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas souvent aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
Je pense : L'encyclopédie est trop bavarde

Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour lundi 30 juin 2008 à 00:24)

11/04/2008

11/04/08 - 01:18

Riddle in the barque


Il y a trois sortes d'hommes, les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer.

Aphorisme qu'un temps j'ai cru composé par une de mes connaissances, philosophe.



Puis j'ai croisé ceci :

« Nous sommes [...] les héritiers de l'Europe, les héritiers riches, comblés mais aussi surabondamment chargés d'obligations millénaires d'esprit européen : comme tels issus également du christianisme et hostiles à lui précisément parce que nous en sommes issus, parce que nos ancêtres furent des chrétiens d'une intégrité chrétienne intransigeante qui ont sacrifié de bonne grâce à leur croyance leur bien et leur sang, leur état et leur patrie. Nous - faisons de même. Pour quoi donc ? Pour notre incroyance ? Pour toute espèce d'incroyance ? Non, vous le savez fort bien, mes amis ! Le oui caché en vous est plus fort que tous les non et les peut-être dont vous êtes malades avec votre époque ; et si vous devez prendre la mer vous émigrants, ce qui vous y pousse, c'est également - une croyance!... »

F. Nietzsche, Gai savoir, §377, "Nous, sans patrie." (je souligne).


La citation initiale serait donc une sorte de cut up ou de raccourci intertextuel. Mais une patiente gogolisation mène à tout autre chose. Car la citation en son entier y est bien référencée, et de nombreuses fois. Mais là commence le mystère mystérieusement mystrifique. Car, cherchant qui avait bien pu écrire cette cholie phrsse, la Gogole nous apprend en effet qu'elle serait :

  • d'Aristote, dans un texte non précisé ;
  • de Platon - ce qui n'est pas incongru –, mais dans le Critias, où je ne l'ai pas trouvée !
  • attribuée à Platon, ce qui est plus prudent mais me fait la gambette élégante ;
  • de Socrate, ce qui confirmerait son absence du Critias vu que Socrate n'y dit quasiment rien ;
  • d'Homère, et pourquoi pas !! mais je ne l'ai encore croisée ni dans l'Illiade, ni dans l'Odyssée...
  • d'Héraclite, c'est bien de son genre, mais ça ne figure pas dans les Fragments de son œuvre qui nous sont parvenus ;
  • d'Anacharsis, "philosophe" grec que je ne connaissais pas jusqu'ici ( pour le contexte) ;
  • de... Victor Hugo, mais oui !
  • mais aussi de Reiner Maria Rilke !!
  • Et tant qu'on y est, de Mallarmé, par boutade, et à propos de The Rime of the Ancient Mariner de Coleridge, encore !
Notre imagination d'internautes et notre capacité à faire confiance au premier ou au second venu n'a décidément pas de bornes.

Une recherche menée Anglais sur l'O3 (***) ne m’a mené à rien : la citation y semble inexistante.



Bilan : je suis pour le moment incapable de l'attribuer à qui que ce soit. Les marins français semblent bien la connaître – ça ressemble même un peu à une tartalacrème du milieu – avec parfois quelques variantes, mais la forme en est dans l'ensemble remarquablement stable. Ceux qui vont sur la mer sonne comme une traduction du Grec, pour le peu que j'en sache. Une attribution à Platon, qui l'aurait dérivée d'Anacharsis n'est pas invraisemblable. Ou une reformulation plus tardive peut-être. Bref. Je ne sais pas d'où ça sort.

J'offre donc toute ma considération, et un éventuel virtuel ou réel poutou-joue à quiconque me convaincra de l'auteur du dit morceau :o)

Hop !

(*) j'ai même trouvé un croquignolesque : Il y a trois sortes d'hommes : les vivants, les morts et ceux qui ont peur de la mer mais qui la courrent [sic] quand même.
Ou, variation : Selon Jacques Brel, il y aurait deux sortes de gens : ceux qui vont en mer et les vivants. Selon Alessandro Baricco, il y aurait plutôt trois sortes d’hommes : ceux qui vivent devant la mer, ceux qui vont sur la mer et ceux qui réussissent à en revenir vivants après être descendu au fond du ventre de la mer.

(**) Extrait de Diogène Laërce : On lui demandait si les vivants étaient plus nombreux que les morts. Il dit : « Mais d’abord, ceux qui sont sur mer, dans quelle catégorie les rangez-vous . Différent donc de la citation recherchée, mais possiblement à son origine. J'ai vérifié, le texte n'est pas dans le Voyage du jeune Anacharsis en Grèce écrit par Barthélémy au XVIIIè s (dixit la Gougle)…

(***) OueurldOuaïdOuaibe

commentaires

11/04/08 - 08:05

(*) Courir la mer, faire la course en mer d'où vient le mot corsaire...

12/04/08 - 00:27

"Dieu est dans le détail".
Borgès
Kurosawa
Mies van de Rohe
Ginzburg
Flaubert
Warburg
Goethe
[...]

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