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Le blogueur est dans l'escalier. Blog-cadavre, plus ou moins zombi le temps d'une résurrection

Stase

Attention, je ne répondrai pas souvent aux commentaires postés sur les articles au titre tildé (~).

J'écoute :
Je regarde : le ciel au soir venu
Je lis : tu roses il tulipe nous bégonions vous pétuniez ils violettent
Je mange : mal
Je bois : l'air du temps
Je pense : L'encyclopédie est trop bavarde

Je rêve : (je pleure, en fait)
(mis à jour lundi 30 juin 2008 à 00:24)

08/05/2008

08/05/08 - 00:43

Porneia - Kâma - La luxure

Les actes sexuels dits luxurieux - essentiellement : effectués en vue de la seule obtention du plaisir - n'ont pas de valeur peccamineuse en soi. Ce n'est que dans la relation à (dieu) (pour nommer cet infiniment subtil et élusif qu'on trouve au terme des nuits obscures et des illuminations), ce n'est qu'alors, oui, qu'il peut y avoir un péché quelconque.

On ne l'a pas assez dit : c'est en acclimatant à une pastorale mondaine les valeurs ascétiques des Pères du Désert que l'Église a inventé les péchés (ou vices) capitaux. Ce qui valait, oh combien, dans l'intense lutte psycho-spirituelle de ceux qui cherchaient la paix au delà de l'ivresse en Dieu, n'avait aucune chance de se voir compris par le siècle - par le commun des hommes engagés dans les buts ordinaires de la vie en société. Mais il fallait quelque chose de solide aux évêques pour assoir la foi : on emprunta au désert sa très-sure connaissance des forces qui s'opposent à l'ascèse et à la vie divine - démons ou vices - pour en faire le brouet d'une gestion des moeurs ordinaires. On sauvait un savoir spirituel en l'ancrant dans un savoir commun, on en subvertissait la valeur en prétendant qu'il était praticable dans la vie ordinaire.

Que le passage soit possible, des valeurs de la vie érémitiques aux valeurs mondaines - modulo une différence bien plus quantitative (d'intensité) et non qualitative (de nature) - relève sans doute de la corrélation de nombreux facteurs, liés à l'implantation du christianisme en monde romanisé. Entre autres :

  • un rigorisme moral en vigueur dans l'Empire Romain, qui empruntait aux stoïciens - lequel avait trouvé résonance dans une certaine nostalgie pour l'austérité supposée d'un Caton, par exemple ;
  • cette passion de l'unité que le christianisme hérite, via Alexandrie, d'une théologie fascinée par le néo-platonisme, de Plotin notamment : unité du principe, unité des valeurs - raccourci qui demanderait justification ;
  • ...
Pour ce qui concerne l'implantation mondaine de la luxure - mais de tout autre "péché capital", tout autant - il faudrait faire la part de l'évolution des moeurs dans l'Empire, de la façon dont le christianisme s'y est implanté, du développement de l'ascétisme érémitique - ce martyr hors l'arène -, des recrutements des évêques dans les communauté monachiques (Augustin, par exemple), de la demande théologique portée par eux, des héritages des modes de conceptualisation païens, etc.

La luxure n'a de sens vivant que dans un monde d'anachorètes ou de cénobites (siouplé !). Elle n'en acquiert un socal ("mondain"), boiteux et incompréhensible, que dans une opération de traduction qui rend cryptique ce qu'elle condamne et le fait même qu'elle condamne ; là où il s'agissait de poser les étais et les guides - les limitations farouches - nécessaires à d'éprouvants exercices ascétiques, on ne trouve plus que les frontières de la condamnation morale ; là où était visée la vie éternelle, on ne rencontre que la crainte - ou l'espoir - de quelque rétribution post-mortem. L'orthodoxie d'Orient n'a pas la même position là-dessus que le catholicisme romain, du fait notamment d'un statut,pour ce que j'en sais, différent du monachisme et de l'emprise au plus long court de la philosophie grecque sur la théologie. Passons. Mais la question demeure : pouvait-il en aller autrement de la parole des Pères du Désert qu'elle se perde en poncifs lénifiants et délétères ?

Toujours est-il : la luxure, ça coupe du (divin), pour de bon. Je ne dis pas "l'acte sexuel". Mais bien la luxure : la seule recherche du plaisir sexuel pour le plaisir sexuel. C'est tout. Ce n'est pas un mal en soi. Ca ne le devient que si on cherche quelque chose du (divin). Et encore, mal n'est pas le terme. Mauvais le serait sans doute un peu plus. Mais surtout : contradictoire - je cite l'Ashtavakra Gîtâ (III) :

4. Ayant appris que son Soi est pure Conscience, et d'une attraction supérieure, pourquoi reste-t-il encore attaché à la luxure qui engendre une conscience accrue du corps ?
[...]
6. Il est étrange que celui qui, établi dans la grande vérité de la non-dualité, et désireux de se libérer, puisse encore s'affaiblir dans des distractions amoureuses.
7. La luxure est radicalement opposée à la connaissance.[...]


Comme tout "péché", la luxure éloigne, coupe, retranche de (dieu). Flatte notre sentiment de nous-même, ce par quoi l'on s'approprie une part du monde aussi petite soit-elle - s'approprier : marquer de sien telle ou telle chose, fût-ce ce qu'on appelle son propre corps ou ses pensées. Sans doute l'acte sexuel en toute spontanéité n'est-il pas luxurieux. Et encore cela dépend-il des chemins de traverse que l'on emprunte vers le (divin).

D'où l'importance spirituelle du mariage - je veux dire : notamment en dehors des liens économiques qu'il instaure - que d'accorder à la sexualité une place où elle ne s'exerce plus pour elle-même, mais, d'une certaine façon, en oblation à (dieu). Mais en ce sens, l'union maritale devient un chemin de sainteté, et en ce sens seulement qui est celui d'une authentique pratique spirituelle - et non pas une gestion des sentiments, de la ressource sexuelle, des liens inter-générationnels ou que sais-je, toutes choses relevant de la santé ordinaire plutôt que de la sainteté.

Pour les homos, le problème est le même. Il ne me semble pas qu'il y ait là de différence, à ceci près que souvent - c'est en tout cas mon cas - la sexualité et la plaisir qu'on en tire ont joué un rôle important dans la constitution de notre identité. Il ne s'agit pas de renier cela, non, mais de ne pas se voiler la face sur ce que la part de notre sexualité dans notre construction de nous-même contre le groupe peut nous pousser à la revendiquer comme un bien propre, revendication qui est contradictoire sans doute avec le terme d'une vie spirituelle authentique. Mais là encore, on n'enseigne rien à qui a faim : il ne s'agit pas de condamner - à mon sens ici influencé par le bouddhisme - mais de se faire conscient des ordres de conséquences.

Sinon, comme toujours, se préparer à la grâce - que faire d'autre - mais sans l'espérer - tout espoir de quelque chose lui étant incompatible...

(Ne pas trop penser à la luxure : c'est aussi dans la résistance qu'on lui oppose qu'elle se fait valoir et croît malgré qu'on en ait. Ces outils ne sont pas pour les novices, parmi lesquels je me compte. Je me tais.)

commentaires

09/05/08 - 19:48

qu'on scie en désordre de qu'on séquence
sublime "se faire conscient des ordres de conséquences."

14/05/08 - 10:51

Quand j'étais petit, mon père, pétri de Françoise Dolto, me demandait à qui je donnais mon caca (à Maman ? à Papa ? à Mammie ou Papi ? à mon frêre ? etc.).

Devrons-nous demander à nos enfant à qui ils donnent leur branlette ? (à Maman ? à Papa ? à Mammie ou Papi ? à mon frêre ? etc.)

14/05/08 - 17:59

[Ce serait un bon sujet pour un forum sur GA :o)) ]

19/05/08 - 23:03

Et l'on retombe parfois, le sachant, c'est-à-dire oubliant de quoi l'on est ainsi coupé. Il faudra y revenir, pourtant. Mais cela ne peut se forcer. Il faut que s'imprègne assez le désir d'autre chose pour que l'envie passe, seule, spontanément.

Aimer jusqu'à ses démons les plus hideux. Mais cela ne se peut qu'à n'avoir plus à y succomber.

19/05/08 - 23:20

ET la bête est à nouveau tapie au bas du bide. Je la sens, presque, après un orgasme encore, plutôt que le plaisir - car j'ai depuis trois ans trop et mal joui. A en avoir mal.

27/05/08 - 21:55

Que le sexe soit la première étape et non la dernière.

29/05/08 - 21:20

(pas même une "étape" ou un "stade", je crois. Quelque chose qui est là, comme le reste.)

31/05/08 - 15:21

La bête ou l'ange... ah ces dichotomies cathos !!!!! Mais aucune bête n'est luxurieuse, tudieu!!!! La luxure (ou ce que l'on nomme tel) c'est signe de notre bien réelle humanité.
L'amour des garçons : une vie ne suffira pas à en apaiser la soif. On peut donc voir le goût de la luxure (ou de ce qui est considéré comme tel) comme la manifestation d'une quête spirituelle. Enfin, c'est comme ça que je l'entends pour moi.

02/06/08 - 22:21

(Nous ne parlons pas de la même chose, lorsque nous disons "spirituel". Je veux dire : comme si l'un disait "beau" en visant un travail de l'accord intime des sentiments avec les percepts, et l'autre, en visant la bouillonnement du geste créateur. Je ne dis pas qu'une synthèse soit impossible - mais cela suppose un nouveau geste, un point d'effectuation de la synthèse. Je ne dis pas même que ce soit contradictoire. Ce n'est simplement pas _le même_.

Ne pas oublier : parlant de spiritualité, il faut - c'est la meilleure approximation - me considérer comme un bouddhiste. Cela ne devrait troubler personne : je n'ai pas vocation à convaincre qui que ce soit que j'ai raison, ou qu'il a tord :o)

Quant à "catho", sans plus... Bon. Autant dire stoïcien, ou puritain. Il me semble avoir essayé de dégager deux régimes d'usage des mots : le monachique, qui a pour visée une expérience d'un type tout à fait singulier - et qui ne saurait se réduire à l'extase, ce serait trop long d'en causer - et le mondain, importé à injuste titre du désert par le christianisme ancien en mal de justifications théoriques. Ainsi "luxure" a un sens _technique_ bien précis dans le premier usage, et un non-sens presque total - en tout cas un _flou_ qui autorise toutes les emprises névrotiques - dans l'autre.)

(mais je n'ai pas parlé d'ange, en plus :o). Il n'y a pas de dichotomie ange/bête dans ce que je raconte. Qui fait l'ange fait la bête, ce n'est que trop vrai.)

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