On excusera beaucoup aux commencements. Il faut du courage, de l'inconscience et une franche jeunesse pour se lancer dans quoi que ce soit. Rien de ce qui débute ne le fait dans la subtilité, on défonce les portes, on enfonce les murs, on croit à la facilité des cheminements et à l'inépuisable de ses propres forces. On vit, invulnérable, dans l'horizon des mouvements perpétuels et surabondants et dans la guérison de toute blessure.
Mais qui est assez rigoureux passera le cap de l'infinitude. Les espoirs des commencements, ceux qui nous font croire à la proximité des paradis d'enfance, trouvent toujours leur limite dans la lente érosion des constances, dans l'impossible, parfois, dans le poids de nos désirs, toujours. Nuit dont la traversée est périlleuse pour l'innocence, nuit où l'on se confrontera à son propre pouvoir de nuisance et d'échec, à toutes les acédies et aux démons entropiques, aux ancêtres et aux morts voraces et raisonnables. On excusera beaucoup à ceux de la nuit.
Nul gage de succès.
Mais hors la nuit, là où ont été brûlés tous les espoirs d'un retour matériel, fétichiste presque, aux enclos de l'enfance, hors le séjour des morts et les terres gastes sans soleils ni étoiles, là jaillit l'espérance, qui ne se nourrit de rien que de l'infini accord à la finitude qu'on crie "amour". Et là se tiennent - où nul excuse n'a plus de sens -, dans une félicité aussi simple qu'un robinet qui goutte ou la table mise pour le repas du soir : l'enfant, l'adolescente, l'homme, la femme mure, le vieillard et sa mort, disponibles et offerts à ce qui ne commencera jamais et n'a jamais commencé.
18/05/08 - 20:27
comme un acide ronge
parfois les mots éclairent
ou pas
victor